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Humour et ironie

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L’ironie est très dogmatique. Celui qui ironise détient la vérité. Il l’a détient tellement qu’il fait semblant même d’épouser la thèse inverse. Il est tellement sûr de lui qu’il joue avec la thèse contraire. Par conséquent, pour lui, c’est un jeu. C’est quelqu’un qui est tout à fait sûr de lui. L’ironie suppose l’extrême assurance ou, en tout cas, qu’on détienne la vérité. Si j’étais Montesquieu, si j’avais à défendre la thèse de l’esclavage des noirs, voici ce que je dirais : “Ces gens-là sont noirs depuis les pieds jusques à la tête ; il n’est pas possible que Dieu ait mis une âme humaine dans un corps tout noir, etc, etc.” Il se moque d’une thèse qu’il sait fausse.
Tel n’est pas l’humour. L’humour ne détient pas la vérité, il ne sait pas où est la vérité, il ne sait même pas s’il y en a une. Elle est toujours au-delà. Il ne suffit pas de prendre le contraire. Si, au lieu d’ironiser, j’humorise, il ne suffira pas que vous preniez le contraire de ma thèse pour dire la vérité, parce que le contraire non plus n’est pas la vérité. Le contraire est je ne sais où, au delà , toujours plus loin.

Vladimir Jankélévitch -16 janvier 1974 – Le Grand échiquier 

Ceci est la fidèle transcription d’une interview de Jankelevitch. La rapidité de sa pensée et celle de son débit verbal sont bien connues. Personnellement, je pense, avec tout le respect qui lui est dû, qu’emporté par son irrésistible élan, il a un peu mélangé les mots, et toute modestie mise à part,  je dirai qu’au lieu de ” si j’avais à défendre la thèse de l’esclavage “, il voulait dire ” si j’avais à lutter contre la thèse de l’esclavage“. De la même manière, au lieu de “Le contraire est je ne sais où, au delà , toujours plus loin.” il voulait dire “La vérité est je ne sais où, au delà , toujours plus loin.

Bientôt publié

Aujourd’hui, 16:47 Rendez-vous à cinq heures au Bon Marché
Demain, 07:47 Je hais le théâtre
27 Jan, 07:47 Jean-Pierre et Gisèle (10)
27 Jan, 16:47 Rendez-vous à cinq heures : tout le monde sur le plateau
28 Jan, 07:47 TABLEAU 428

Dérision

Les extrêmes se rejoignent ; et comme on désespère d’être pauvre et seul, on s’ennuie d’être trop riche ou trop heureux ; tout se change en or, et l’on crève d’indifférence, comme les hommes pauvres et seuls meurent d’indigence. Si tout est permis, rien n’est permis. Cette âme neurasthénique par trop grande liberté, trop grande virtuosité, trop grande oisiveté, ressemble à un navigateur qui meurt de soif au milieu de l’océan. Car l’abondance avilit : telle est la dérision de la concurrence. L’ennui est donc le désespoir renversé, le désespoir des millionnaires, des acrobates et des humoristes ; c’est la façon qu’ont les riches d’être pauvres. Quelle dérision !
Vladimir Jankélévitch – L’ironie – 1964

L’extrémisme

Déduire impitoyablement toutes les conséquences de certains présupposés philosophiques, quoi qu’il puisse en résulter, et ne gauchir devant aucun paradoxe, devant aucun scandale, aller froidement jusqu’au bout de toutes les absurdités, se comporter en géomètre dans les choses de finesse, tel est le syndrome de l’extrémisme décadent.

Jankélévitch   L’austérité de la vie morale