Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Prendre l’Amérique en bloc

morceau choisi

Death Valley et Las Vegas sont inséparables : il faut accepter tout ensemble, la durée immuable et l’instantanéité la plus folle. Il y a une affinité mystérieuse entre la stérilité des espaces et celle du jeu, entre la stérilité de la vitesse et celle de la dépense. C’est ça l’originalité des déserts de l’Ouest, dans cette juxtaposition Continuer la lecture de Prendre l’Amérique en bloc

Un pianiste de trente centimètres

Après « Country club » que vous pourrez relire en cliquant sur le lien suivant :
https://www.leblogdescoutheillas.com/?p=18114
après Country Club donc, voici la deuxième histoire drôle de toute l’histoire du JdC. 

*

C’est l’histoire d’un type qui frappe à la porte d’un impresario et qui lui dit :

— J’ai un numéro de music-hall extraordinaire à vous montrer

— Ah bon, fait l’impresario. Et c’est quoi, ce numéro ?

— J’ai un pianiste de trente centimètres, déclare le type

— Un pianiste de trente centimètres ? Et il joue vraiment du piano ? demande l’impresario.

— Tout ce que vous voulez, du classique, du jazz… tout ! affirme le type

— Faites voir, dit l’impresario.

Alors le type ouvre sa valise et il en sort un pianiste de trente centimètres qu’il pose sur le bureau de l’impresario. Ensuite, Continuer la lecture de Un pianiste de trente centimètres

Chronique des retours amoindris

Morceau choisi

Les parisiens reviennent de vacances. Suivi de leurs chiens et de leurs enfants. Les vieillards poussent l’automobile. Les époux portent le transistor. Il étonna la vache au sommet du Mont-Blanc et la sardine au fond de la baie des Trépassés ; il fit danser sur un air de cha-cha-cha la vague noire de la pointe du Raz. De longues files se sont formées aux portes de la capitale. Grandes migrations, poussières, sueurs, matelas pliants. Chacun, en ville, attends sur le pas de la porte un être cher avec des boissons réconfortantes. Mais comment reconnaître son monde ? Les vacances ont tout transformé. La tante Josiane, qui était une magnifique personne, une blonde abondante et laiteuse, une vraie réclame pour les vins et fromages, est revenue comme un hareng saur. Il a fallu bronzer, il a fallu Continuer la lecture de Chronique des retours amoindris

24 août 79

C’est un morceau choisi plus long que d’habitude… mais comment et où couper cette fantastique description de l’éruption du Vésuve qui détruisit Pompéi il y a  exactement 1942 ans.
C’est Pline le Jeune qui raconte. Lors des événements, il a 18 ans. L’oncle dont il raconte la mort dans le deuxième lettre, c’est Pline l’Ancien, philosophe et naturaliste romain.

Lettre 1 de Pline le Jeune à Tacite

Après que mon oncle fut parti, je continuai l’étude qui m’avait empêché de le suivre. Je pris le bain, je soupai, je me couchai et dormis peu, et d’un sommeil fort interrompu. Pendant plusieurs jours, un tremblement de terre s’était fait sentir, et nous avait d’autant moins étonnés, que les bourgades et même les villes de la Campanie y sont fort sujettes. il redoubla pendant cette nuit avec tant de violence, qu’on eût dit que tout Continuer la lecture de 24 août 79

Pagnol, Raimu et la Western Electric

Cet article a été publié une première fois le 30 juin 2016.

En 1929, Marcel Pagnol écrit sa quatrième pièce de théâtre, Marius. C’est un très gros succès. Le rôle de César est tenu, bien entendu, par Raimu.

La même année, Pagnol rencontre Bob Kane, patron de la succursale française de la Paramount, et devient son ami. Il découvre le cinéma parlant et décide de devenir réalisateur. Devant le succès de Marius qui est joué depuis deux ans, Bob Kane veut tourner un film d’après la pièce, mais avec des acteurs de cinema. Pagnol le convainc de garder la troupe de théâtre. C’est Alexandre Korda, réalisateur autrichien de talent, qui met le film en scène.

Dans « Cinématurgie de Paris », Pagnol raconte cette scène (que je vous conseille de lire avec l’accent) :

Le premier jour, un soundman fit son apparition sur le plateau : il sortait de la villa du Mystère, où tournaient en silence les dérouleurs de la Western Electric. Il vint vers moi, et me dit d’un ton décisif :

— Il est impossible d’enregistrer la voix de Raimu.

— Pourtant, dis-je, il a déjà fait plus Continuer la lecture de Pagnol, Raimu et la Western Electric

Tactique contre le conspirationisme

Morceau choisi

En 1960, Jean-François Revel écrivait ceci : 

(…) C’est pourquoi on ne doit pas transiger avec l’injustice, ni se mettre en position d’attente devant le mensonge, ni faire des concessions à la violence ni sa part à l’intolérance. L’intolérance, par définition, ne compte pas sur des arguments, des « échanges d’idées » avec ses adversaires pour s’imposer, mais sur des positions de force, les seules sur lesquelles elle puisse s’appuyer et qu’elle puisse élargir. S’imaginer que si on évite de la brusquer elle va s’apaiser d’elle-même, c’est s’incliner devant un besoin d’expansion par définition insatiable puisque non fondé en droit ni en raison. Cette naïve tactique est un suicide : les préjugés ne sont jamais Continuer la lecture de Tactique contre le conspirationisme

La colère d’Ulysse

Attention : ce morceau choisi a été publié une première fois il y a six ans. Les premiers commentaires ci-dessous sont de cette époque.

 Morceau choisi

On connaît tous, ou bien on fait semblant de connaître, la colère d’Achille. Vous savez, Achille, celui qui s’est retiré sous sa tente parce qu’Agamemnon lui avait chipé la belle Briséis aux longs cheveux d’or ? Non ? Enfin, Achille ! Celui qui portait une talonnette ? Ça ne vous dit rien ? C’était Brad Pitt dans le film « Troye » ! Ah, ça y est ! Achille, bon, eh bien, sa colère, la fameuse colère d’Achille, c’était plutôt de la gnognotte. Pensez-donc, elle a consisté à aller bouder sous sa tente pendant quelques jours, jusqu’à ce que son ami Patrocle se fasse bêtement dessouder par Hector.
Non, sérieusement, je vais vous montrer ce que c’est qu’une vraie colère, celle d’un camarade de régiment d’Achille, Ulysse.
Voilà : Continuer la lecture de La colère d’Ulysse

Marius en 3 dimensions

Je suis prêt à parier qu’à moins d’avoir lu le JdC dans son édition du 22 novembre 2016, vous ne connaissiez  pas la vérité sur le tournage du film Marius. la voici à nouveau.

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Dans Cinématurgie de Paris, un livre que j’ai déjà eu l’occasion de vous recommander, Pagnol raconte comment la version de sa fameuse pièce de théâtre Marius fût finalement tournée ainsi que vous la connaissez.

La pièce connaissait un énorme succès, jouée sans interruption depuis deux ans par Raimu, Fresnay, Charpin, enfin ceux que vous connaissez.
Bob Kane, patron de la Paramount en France voulait tourner la pièce, mais il considérait que des comédiens de théâtre n’étaient pas capables de jouer dans un film parlant, ou plutôt Continuer la lecture de Marius en 3 dimensions

Les chiens de guerre

temps de lecture : 1 minute 
Mars 44 avant JC. César vient d’être assassiné. 
Antoine, ami de César, est seul dans le théâtre de Pompée. Il contemple le corps de César et annonce la guerre civile.

…La malédiction va fondre sur la tête des hommes ; les fureurs intestines, la terrible guerre civile vont envahir toutes les parties de l’Italie. Le sang, la destruction seront des choses si communes, et les objets effroyables deviendront si familiers, que les mères ne feront plus que sourire à la vue de leurs enfants déchirés des mains de la guerre. Toute pitié sera étouffée par l’habitude des actions atroces ; et conduisant avec elle Até, sortie brûlante de l’enfer, l’ombre de César promènera sa vengeance, criant d’une voix puissante dans l’intérieur de nos frontières : Carnage ! Et alors seront lâchés les chiens de la guerre, jusqu’à ce qu’enfin l’odeur de cette action exécrable s’élève au-dessus de la terre avec les exhalaisons des cadavres pourris, gémissant après la sépulture.

Jules César. Shakespeare

 

De la naissance des théories complotistes

Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point ; il s’épuiserait en démonstrations préliminaires sans avancer ; comme il n’a pas le temps, à cause du court espace de la vie, ni la faculté, à cause des bornes de son esprit, d’en agir ainsi, il en est réduit à tenir pour assurés une foule de faits et d’opinions qu’il n’a eu ni le loisir ni le pouvoir Continuer la lecture de De la naissance des théories complotistes