Archives de catégorie : Textes

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (1/4)

Une bien belle histoire… comme on aimerait en lire tous les jours… chaque jour… pendant quatre jours… 

1/4

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres. Je l’avais bien senti dès le début, moi, qu’il était pas fait comme les autres, ce jour. D’abord, quand je m’étais réveillé, y avait pas cette odeur habituelle de soupe aux poireaux. C’est mon voisin du dessous, Grospied. Il se fait une soupe aux poireaux tous les matins avant de partir bosser, cet emmerdeur. Ça empeste la cour et la cage d’escalier et ça rentre chez moi par les fissures du plancher. Je pourrais lui dire à Grospied qu’il pourrait se faire du café à la place de la soupe aux poireaux, et que ça serait mieux pour tout le monde, mais depuis qu’il est arrivé dans l’immeuble, il y a six ans, je lui ai pas dit un mot. Lui non plus, d’ailleurs. Ben oui, quoi ! Avec les voisins, vaut mieux pas être trop intime, sans ça ils deviennent vite envahissants.

Bref ! Ça sentait pas le poireau, c’était bizarre, mais bon ! Continuer la lecture de C’était un jour qu’était pas fait comme les autres (1/4)

Le mardi, c’est Mythologie (7)

Orphée, une fin laconique

– Ô Muses, raconterai-je ici comment Orphée tenta de ramener au jour sa défunte épouse, comment il parvint à séduire les riverains du Styx pour parvenir jusqu’à sa belle et comment il convainquit Hadès de la laisser partir ? Dirai-je l’hypocrite condition imposée par Hadès et l’impatience coupable d’Orphée qui tuèrent Eurydice une seconde fois ? Chanterai-je l’immensité du chagrin d’Orphée, errant parmi les plaines herbeuses et psalmodiant sa peine aux belles cavales qui les broutent ?

Bon, écoute, le Poète, là, tout de suite, on n’a pas le temps ! Et puis, on la connaît déjà par cœur ton histoire. Tu l’as même publiée ici même, il n’y a pas si longtemps. Alors, maintenant, ça va comme ça ! Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (7)

AVENTURE EN AFRIQUE (16)

Kéita le chauffeur du porte char

Le Génie Rural possédait un peu de matériel lourd : pelles mécaniques, bulldozers, compacteurs, niveleuses, etc. Il était nécessaire de les transporter d’un chantier à l’autre, mais compte tenu de leur grande taille et leur petit nombre, cela était loin d’être quotidien. Keita était le chauffeur du porte char et faisait les transferts de ce gros matériel épisodiquement déplacé. Keita était donc souvent inactif mais faisait acte de présence et trainait dans la cour du Génie Rural. C’était un colosse Djerma, sympathique, parlant français. Je l’autorisais à venir se mettre au frais dans le bureau de la section qui était climatisée.

Un matin, Keita est arrivé dans mes locaux la mine défaite. Il n’avait pas dormi de la nuit. Je l’interrogeais et il me fit voir sa main droite entourée d’un gros pansement de chiffons : « une pièce du porte char a éclaté et m’a arraché un bout de doigt ». Je lui dis : «  je t’amène à l’hôpital », « non patron, il faut que tu soignes, tu as une petite pharmacie et il y a Madame pharmacie ». Je me suis laissé convaincre et il a défait doucement son bandage de fortune. Il manquait un bout de chair à son majeur, on apercevait l’os et l’odeur qui Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (16)

Rendez-vous à cinq heures : les révoltes de J-M. Rouart

La page de 16h47 est ouverte…

Mes Révoltes
Jean-Marie Rouart

Je viens de terminer Mes Révoltes, l’autobiographie romancée de Jean-Marie Rouart, de l’Académie Française. Ce livre est intéressant et les portraits des membres de sa famille, de ses amis et de ses ennemis sont très réussis. Vifs, acérés, sans la moindre indulgence mais empreints d’une affectueuse  bienveillance, il ne s’agit à aucun moment de sordides règlements de compte. Il est passionnant et souvent émouvant de découvrir les membres de son illustre famille depuis Berthe Morisot en passant par Julie Manet et tous les Rouart. Force est de reconnaitre que bon sang ne saurait mentir : avec de tels aïeux on comprend que Jean-Marie Rouart excelle dans le portrait.

Le style est agréable et facile à lire. Il n’y a pas d’adverbe, Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : les révoltes de J-M. Rouart

AVENTURE EN AFRIQUE (15)

Les girafes

Une de nos premières sorties en janvier, a été d’aller observer les girafes en totale liberté. Je les avais repérées aux environs de Boubon. Les girafes avaient migré de la zone sahélienne vers le sud à cause de la sécheresse persistante. C’est ce qui expliquait leur présence aux environs de Boubon. Après avoir laissé nos voitures en bordure de la piste, nous nous sommes enfoncés à pied dans la brousse. Après environ une demi-heure de marche nous avons trouvé notre première girafe. Et peu à peu nous nous sommes rapprochés. Nous admirions la grâce Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (15)

Le mardi, c’est Mythologie (6)

Orphée entre en scène
ou
Le sac d’Eurydice

Il faut tout d’abord comprendre une chose, c’est qu’Orphée est une star, la plus grande star de son époque. Les nymphes, les satyres, les muses, les demi-dieux, et les dieux eux-mêmes, tout le monde fredonne ses compositions. Sa dernière tournée au Mont Olympe a fait un malheur pendant une éternité. Donc, Orphée est une star, et rien ne résiste aux stars. Ce qui ne les empêche pas d’avoir bien des malheurs.

Très contrarié par la mort  d’Eurydice, son égérie du moment, mordue par le serpent que, par plaisanterie, Hermès avait amené chez eux,  Orphée s’est enfermé dans sa chambre. Il a bu des amphores de nectar au point de tomber dans un coma olympique. A son réveil, il est tout d’abord demeuré d’un calme olympien, au point que c’en était inquiétant. Prostré, il répétait sans cesse: « j’ai perdu mon Eurydic-eu, rien n’égal-eu ma douleu-eur ». Bref, il en faisait tout un opéra. Puis il s’est mis à tout casser dans sa villa, depuis l’arc de bois de rose dont Cupidon lui avait fait cadeau jusqu’à la très jolie maquette de l’Argo, gage de reconnaissance de son ancien capitaine, le commandant Jason. Enfin, il a promis, juré, craché qu’il ne chanterait plus ni ne jouerait de sa lyre à  neuf cordes tant qu’Eurydice Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (6)

Samedi à la campagne

Quand je descendis du train à la gare de Martel-sur-Seine, je me demandais encore pourquoi il m’avait invité.

Je l’avais rencontré au début de la semaine dans le TGV. Il s’était assis sur le siège qui me faisait face. Il avait tout de suite engagé la conversation et pendant la première demi-heure du trajet, nous avions tenu la discussion habituelle, celle que tiennent deux inconnus réunis par le hasard et destinés à se séparer un peu plus tard et pour toujours sur le quai d’une gare. Et puis, il m’avait proposé d’aller prendre un whisky au bar. Et à partir de ce moment, il n’avait plus parlé que de lui, de ses affaires, de sa femme Françoise, de ses enfants, de sa voiture, son chien, ses chasses, sa propriété en Seine-et-Marne. Alors que le train ralentissait pour entrer dans Paris, il m’avait dit:

       — Vous êtes célibataire, vous m’avez avoué tout à l’heure que vous aimiez la campagne et que le week-end vous n’avez rien de particulier à faire. Venez donc chez moi, enfin chez nous, à Martel samedi prochain. Vous verrez, c’est très agréable. Le train du samedi est très pratique, il arrive là-bas à onze heures quinze. Continuer la lecture de Samedi à la campagne

Le mardi, c’est Mythologie (5)

Le pourquoi du comment
ou
Ce crétin d’Épiméthée

La terre était créée, les vallées, les montagnes,
Les océans, les fleuves, les arbres, la campagne.
Mais tout ça était vide et les saisons passaient
Sans qu’il n’arrive rien, jamais, jamais, jamais.

L’éternité semblait ne pas vouloir finir.
Et les dieux immortels s’ennuyaient à mourir. Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (5)

Beaucoup de bruit pour rien – Critique aisée n°230

Critique aisée n°230

Much ado about nothing
William Shakespeare – 1599
Kenneth Branagh -1993
K.Branagh, Emma Thompson, Denzel Washington, Keanu Reeves, Michael Keaton…

Puisque ce journal s’est consacré récemment à la véritable histoire de William Shakespeare, dont on ne sait toujours pas s’il a vraiment existé, il est temps de parler  des pièces dont on sait au moins qu’elles ont été signées de son nom.

Aujourd’hui, ce sera « Much ado about nothing ».

En anglais, le premier sens de ado c’est foin. Bien sûr, Beaucoup de foin pour rien, on aurait compris, mais ça faisait trop penser à un discours de François Hollande, alors on a choisi Beaucoup de bruit pour rien (ce qui fait penser à un concert de Johnny Halliday, mais bon…)

Beaucoup de bruit pour rien. Rarement jouée en dehors du Royaume Uni, cette comédie a fait l’objet d’un film en Continuer la lecture de Beaucoup de bruit pour rien – Critique aisée n°230