Archives de catégorie : Fiction

Les corneilles du septième ciel (1)

temps de lecture : 7 minutes bien tassées

Il y a quelques années, deux, deux et demi peut-être, et pendant quelques mois, le Journal des Coutheillas avait pris l’habitude de lancer des jeux censément littéraires. Cette habitude s’est à présent perdue car l’heure n’est plus aux jeux : il sont faits, rien de va plus.

Pendant cette heureuse période de confinement, le jeu de l’incipit avait connu un certain succès de participation, au point de permettre la construction d’une histoire, celle d’Annick et de Françoise, en quelques chapitres plus ou moins cohérents malgré leurs paternités variées. Au sixième chapitre, Lariegeoise avait habilement et brièvement fermé le ban et tout le monde croyait être débarrassé de cet Oulipo décadent. 

Eh bien non, et voila Lorenzo qui relance le schmilblick à lui tout seul pour un nombre de chapitres indéterminé. Le titre, c’est « LES CORNEILLES DU SEPTIEME CIEL ». Ça promet !
Voici le premier chapitre : 

LES CORNEILLES DU SEPTIEME CIEL

 A Philippe Cyrano de Couteillac
Qui nous sauva de la dépression
Pendant les confinements

 NDLR : Toute ressemblance avec des personnages du JdC pourrait ne pas être fortuite.

 Chapitre I

Ce soir-là, en quittant l’immeuble aussi cossu que les honoraires de son médecin, Françoise Maignan se demanda si elle avait fait le bon choix …

Elle venait de passer à Paris ce qu’elle appelait avec humour sa lune de miel en compagnie d’Annick Cottard rencontrée l’hiver précédent à l’UCPA de Font-Romeu. Malgré son surpoids et ses grosses lunettes en écaille, Annick l’avait conquise par sa gaité et sa dérision qui lui donnaient un charme irrésistible.

Dès son retour à Poitiers, et malgré son idylle récente, une inquiétude croissante Continuer la lecture de Les corneilles du septième ciel (1)

La légende du parc

Le 11 février dernier, dans la nouvelle série « sans légende », j’ai publié une photo sans légende. C’était la deuxième. Il y en aura sans doute d’autres. Celle-ci représentait une femme et un enfant, de dos, s’éloignant dans un parc.

A posteriori (ça veut dire « après étude), dans un commentaire en réponse à Lariegeoise, j’ai justifié l’existence de cette série qui commence par le désir de provoquer chez le lecteur une réflexion, un souvenir, une rêverie qui se transformerait en quelques lignes publiables dans le JdC. Alors, pour donner l’exemple, je me suis fendu d’un poème approximatif mais sincère. Réjouissez-vous : je ne ferai pas ça tous les jours. 

Dans un jardin bien ordonné, Continuer la lecture de La légende du parc

Une vie de dingue !

« Cette autobiographie est inoubliable, m’a-t-on dit.
Tant pis, ai-je répondu. Je la rediffuse quand même ! »

temps de lecture : 6 parsecs et demi

Une vie de dingue !

C’est quand le gnou fugace
commence à barbifier
dans les surtarbrandurs
qu’il faut que l’oxymore subtil
manduque vers son ergastule.
Proverbe Chihuahua

Chapitre premier : les origines 

Si mes souvenirs sont bons, je suis né un 24 décembre vers 23h45 entre un bœuf et un âne gris. Et pourquoi cela, vous demandez-vous ? Eh bien, essentiellement parce que le gynécologue accoucheur de ma mère était parti à l’improviste à la Martinique pour trois semaines. Ma mère ne put se résoudre à attendre son retour et, en l’absence de mon père pour la conduire à l’hôpital, elle me donna le jour dans la ferme familiale. Il faut dire qu’à cette époque, papa était parti acheter des langoustines depuis plus de trois ans, ce qui rendait ma filiation incertaine. Dès que je fus en âge de comprendre cette bizarrerie de calendrier, je posai la question à ma mère et m’éloignai aussitôt. Un peu plus tard, elle me répondit très franchement en m’expliquant qu’il s’agissait là de l’un de ces miracles de l’amour et que je ferais mieux de réviser l’annuaire des marées plutôt que de perdre mon temps à faire de la généalogie. Sur quoi, elle me laissa redescendre du toit de la grange.

Cette question étant résolue, je pus retourner Continuer la lecture de Une vie de dingue !

Première vague

temps de lecture : 18 minutes

Ce texte a été publié une première fois le 30 Aout 2015. C’est une fiction. Ça n’empêche pas que tous les détails soient vrais. 

A cette époque,  mes parents louaient à l’année une maison forestière en Normandie. Adossée à la forêt de Lyons, elle dominait une petite vallée verdoyante traversée par un ru, le Fouille-Broc. Sur la crête de la colline d’en face, deux fois par jour, à travers les trous du bocage, on pouvait voir passer le petit train laitier. Dans la maison, il n’y avait ni eau courante, ni chauffage, juste une cheminée et un peu d’électricité. Nous y passions tous nos week-ends et toutes nos vacances.

C’est la raison pour laquelle, à onze ans, je n’avais encore jamais vu la mer. Pourtant, la lecture des livres de Jules Verne, et surtout les gravures qui les illustraient m’en avaient donné des  visions assez précises : parfois étendue de plomb immense et grise, à peine ondulée sous de gros nuages sombres roulant à l’horizon, parfois montagnes gigantesques d’eau noire couronnées de griffes blanches menaçant un frêle esquif empli de pêcheurs barbus Continuer la lecture de Première vague

Reine d’un soir (texte intégral)

Pour ceux qui n’aiment que les gros morceaux, voici la rediffusion en intégral d’un texte paru en 5 épisodes et en mars dernier :
Reine d’un soir.
(30 minutes de lecture)

 

1

— Salut Benjamim ! Je peux vous appeler Ben ? C’est Max qui vous envoie ? Comment y va ce vieux Max depuis le temps ? Il se plait bien à Rio ? Tu parles, ça m’étonne pas ! Bon, parait que vous faites de la télé vous aussi. Et où ça donc ? Televisão Cidade Recife ? C’est une chaîne de télé, ça ? Connais pas ! Bon, ça fait rien. Écoutez, là, je suis plutôt occupé, alors si vous voulez bien… Dis, je peux te dire tu ? Ouais ? T’es sûr ? Bon, j’aime mieux… bon, alors, si tu veux bien, je vais te raconter tout ça pendant le maquillage. Ça te gêne pas, Coco ? T’es sûr ? Bon !

Comme tu sais, je m’appelle Franck Dorsett. Enfin, c’est sous ce nom qu’on me connait en France. Mon vrai nom, Continuer la lecture de Reine d’un soir (texte intégral)

La chute du globe (2/2) (Couleur café n°35)

temps de lecture : 4 minutes 

Couleur café n°35 (suite)

(…) La Coupole par ci, La Coupole par là… et c’est là que venait Untel ! et aussi Machin, avec Unetelle de temps en temps ! Mais je les connais pas, moi tous ces gens ! Et à supposer que je les connaisse, ils sont pas là aujourd’hui, non ? Alors, qu’est-ce que ça peut me faire à moi, Untel, Machin et Machine ? Té, regarde plutôt : on arrive, tranquilles, Gandolfi et moi, on devise gentiment, et POF BALINGBLINGBLING! , on manque de se faire assassiner ! Alors tout ce que je vois moi, c’est qu’à la Coupole, il vaut mieux y venir casqué !

Seconde partie

GINA VAN PARABOUM,  modèle
Mince alors ! Heureusement que je ne me suis pas mise là-bas, dis-donc ! J’en suis toute retournée… Déjà que j’ai un pansement sur le nez… Ç’aurait été le pompon si j’avais pris ce truc sur la tête ! Quand je vais raconter ça à Océane !… Elle voudra plus venir ici… Mais que je suis bête, moi ! Mais faut que je change de place : je suis juste dessous la lampe d’à côté. La même, exactement la même ! Si ça se trouve, Continuer la lecture de La chute du globe (2/2) (Couleur café n°35)

La chute du globe (1/2) (Couleur café n°35)

temps de lecture : 5 minutes 

Couleur café n°35


La chute du globe

La Coupole,
102 Bd du Montparnasse,
PARIS 14

LES FAITS
Mercredi 24 août 2022, peu après 18 heures, le globe de verre de l’un des lustres qui assurent l’éclairage de la terrasse de La Coupole s’est décroché de sa suspension. Il s’est fracassé au sol à toute proximité d’une cliente en dispersant aux alentours un grand nombre de débris de verre acérés. Cet incident n’a causé aucun blessé. Les débris ont été balayés et l’activité normale a repris. Quelques minutes plus tard, un groupe de huit américaines s’est installé en terrasse pour diner. Tout ce qui précède est parfaitement véridique, mais pour la suite, c’est pas certain.

Première partie

ROBERT DE MONTESSORI, poète, essayiste
J’étais seul, l’autre soir, à la terrasse de La Coupole. C’était pendant cette période où il faisait si chaud à Paris que, ce jour-là, lors de ma promenade vespérale, je n’avais eu ni le courage ni la force de parvenir jusqu’à la Closerie des Lilas pour m’y rafraichir d’une coupe Continuer la lecture de La chute du globe (1/2) (Couleur café n°35)

Les trois premières fois (texte intégral)

temps de lecture : 1 heure

Ce texte a été publié par épisodes entre novembre 2021 et janvier 2022. Je fais le pari que vous l’avez déjà oublié. 


LES TROIS PREMIÈRES FOIS

Le diner s’était prolongé fort tard dans la nuit. D’abondantes volutes de fumées bleues et grises flottaient sous les poutres du plafond de l’auberge en enveloppant la roue de charrette qui, avec ses pauvres ampoules électriques, faisait office de lustre au-dessus de nos têtes. Depuis quelques instants, sans doute sous l’effet des mets et des vins que nous avions absorbés en quantité, nous étions tombés dans un silence méditatif qui contrastait avec la gaité et la vivacité des conversations que nous avions échangées jusque-là.

Franz Bauer, Bertram Fitzwarren et moi nous étions rencontrés pour la première fois quelques heures auparavant dans les bureaux de la Compagnie Maritime des Indes Orientales dont le Princesse des Mers devait appareiller dans Continuer la lecture de Les trois premières fois (texte intégral)

Le diable et l’avocat

temps de lecture : 1 minute
C’est la troisième fois seulement que le Journal des Coutheillas publie ce qu’il est convenu d’appeler une histoire drôle. La première, c’était celle du country club, la deuxième, ce fut celle du pianiste de trente centimètres, et voici la troisième, celle du diable et de l’avocat. Elle est extraite du roman l’Anomalie par Hervé le Tellier (Prix Goncourt 2020)

Le diable entre chez un avocat et lui dit :
— Bonjour, je suis le diable. J’ai un marché à vous proposer.
— Je vous écoute.

— Je vais faire de vous l’avocat le plus riche du monde. En échange, vous me donnez votre âme, l’âme de vos parents, celle de vos enfants et celle de vos cinq meilleurs amis ?
L’avocat le regarde d’un air étonné et dit :
— D’accord. Où est le piège ?

Désintoxication

Rediffusion            Temps de lecture : 10 minutes

Lundi 

— …

— Ah ! Bonjour, jeune homme !

—… ?

— Ah, oui ! Ça va beaucoup mieux, merci. Aujourd’hui, j’ai pu lire une demi-heure… au moins. Ça n’a pas été facile et ça m’a fichu une belle migraine ophtalmique, mais c’est une vraie victoire. Quand je pense que la semaine dernière, je n’arrivais même pas à lire la carte postale que m’avait envoyée mon beau frère de Montalivet-les-bains ! Non, c’est vrai, ça va mieux.

—… ?

—Pour la suite ? Aïe ! Je vous en prie, n’utilisez pas ce mot. Quand vous le prononcez devant moi, c’est comme si vous allumiez une cigarette devant un grand fumeur repenti. On ne parle pas Continuer la lecture de Désintoxication