Archives de catégorie : Récit

Il y a cent ans, le caporal Coutheillas…(4)

MarcelinJournal de Marcelin Coutheillas 7 et 8 octobre 1914
7 Octobre              3 heures du matin : alerte. Il gèle blanc. Je reçois un ordre pour effectuer une patrouille en avant des tranchées. J’éprouve un certain frisson. Il fait absolument noir et, malgré le froid, je suis absolument trempé de sueur. Je crois que les copains sont dans le même état.
A 6h30, nous sommes de retour dans la tranchée et le soleil se lève sur une belle journée. Notre artillerie travaille, mais les Allemands ne répondent pas.
Un Taube (avion autrichien) passe plusieurs fois au-dessus de nous.
A 5 heures, l’artillerie bombarde Monchy et Ransart. Le spectacle est splendide.

Le 8 octobre est une journée calme, bombardement, creusement des tranchées, avion autrichien tombé dans les lignes.
A suivre
Prochaine édition le 9 octobre

Il y a cent ans, le caporal Coutheillas… (3)

MarcelinJournal de Marcelin Coutheillas du 3 au 7 octobre 1914
Après quelques jours de tranquillité à Amiens, Marcel écrit:

Et puis le 3 octobre arrive et c’est la dure misère qui commence.

Après une marche de 42 kilomètres, il rencontre les premiers blessés.

4 octobre               Ce matin, j’ai vu les blessés et parlé avec eux. A 9 heures nous partons pour Ayette, mais, entre-temps l’ennemi a occupé le village. Nous nous arrêtons à Hannescamp, à 5 ou 6 kilomètres de notre point de départ. On déjeune et on prend position sur les crêtes. Aussitôt, c’est le baptême du feu. Maximin et trois autres de mes camarades sont grièvement blessés. Je reste en avant-poste sur la route jusqu’à la nuit, puis nous nous replions vers l’Est sur Pommier où nous arrivons à 10 heures du soir. Je ne crois pas m’être rendu compte des dangers courus depuis le début de l’après-midi. Je suis resté seul avec un homme en sentinelle sans éprouver la moindre frayeur, mais plutôt l’excitation du chasseur à l’affut dans l’attente du gibier. Au fond de moi, je suis plutôt content d’être là. Est-ce que cela va durer ?

Les soldats sont trempés et gelés, le canon tonne, mais ils ne sont pas au feu. Marcel écrit :

Nous assistons à un duel d’artillerie superbe. On peut voir la chute de tous nos obus.

A suivre
Prochaine édition le 7 octobre

Il y a cent ans, le caporal Coutheillas… (2)

MarcelinJournal du Caporal Coutheillas (24 septembre-3 octobre 1914) Mobilisé le 5 août 1914 à 36 ans, Marcelin écrit son journal. Il passe d’abord près de 2 mois à l’arrière, à Dreux. Et puis…

Le 24 septembre, ordre est donné  de marcher jusqu’à la gare de Dreux pour monter dans un train dont la destination nous est tenue secrète. Les habitants nous font une joyeuse conduite en nous acclamant tout le long du chemin. Notre convoi démarre dans l’enthousiasme. Nous passons à Chartres, puis Rambouillet, puis Versailles et l’espoir grandit parmi nous d’être affecté à la place de Paris. Mais le train Continuer la lecture de Il y a cent ans, le caporal Coutheillas… (2)

Dans la lumière des phares

Novembre 1950. Je viens d’avoir huit ans. On m’a installé comme d’habitude sur la banquette arrière de la 203. Mon père conduit et son ami Eugène est à côté de lui. Ils fument sans arrêt. Ce soir, nous coucherons à Sully. Nous chasserons demain à Coullons. J’ai l’habitude de ce parcours et, pour moi, il est interminable. Je m’endors dès la porte de Châtillon.

Fort coup de frein, les portières avant s’ouvrent à la volée et les  deux hommes descendent précipitamment. Continuer la lecture de Dans la lumière des phares

Les dames de Vichy

Vichy, novembre 1996
Il y a longtemps, c’était un grand hôtel luxueux. Il avait même été fréquenté par la cour de Napoléon III. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un trois étoiles.
Dans l’immense salle à manger toute blanche, il n’y a que de petites tables, pour une ou deux personnes. L’alignement est impeccable: rangées de dix tables dans la largeur de la salle et de douze tables dans la longueur, cent vingt tables au total.
Il est 19 heures 15, l’heure de l’unique service du diner. Une douzaine de tables seulement sont occupées, toutes par des dames seules et âgées. Elles sont venues en cure. Seule à table, chacune fait face au côté de la salle d’où viennent les garçons chargés de plats. Le silence règne, troublé  parfois par le choc d’un couteau sur une assiette. Toutes les tables qui sont occupées le sont par des femmes, toutes sauf une. Continuer la lecture de Les dames de Vichy

Le vent

Nous habitions le quartier du « Jas de Bouffan » baptisé sans doute en l’honneur des exaspérations du Mistral, souvent maître impétueux de l’atmosphère.
Descendant de la vallée du Rhône, se mariant avec les vents du Nord nés des hautes pressions septentrionales, il est appelé par le Sud Méditerranéen plus chaud; il tourne sur l’Etang de Berre, remonte sans obstacle la vallée de l’Arc pour souffler ses violentes rafales sur nos pinèdes dont il couche les arbres.
Après un temps pluvieux, en un instant il nettoie le ciel rendu limpide, dessèche la terre en poussière et malmène le linge en drapeaux Continuer la lecture de Le vent

Le canard (2)

Résumé de l’épisode précédent : pour un garçon de onze ans, passer les derniers jours de l’été chez sa tante, à Eygalières, dans une trop grande et trop belle maison, c’est plus des vacances.

2ème épisode
Il a déjeuné dans la cuisine en tête à tête avec sa tante. Son nouveau mari est à Paris pour affaires. Pendant le repas, elle lui a posé deux ou trois questions sur ses vacances, sur sa future école. Elle n’a pas écouté les réponses. Elle lui a déclaré avec componction que bien travailler à l’école, c’était important. Et puis elle a annoncé qu’elle devait aller à Saint-Rémy pour faire des courses. Elle a chargé quelques paniers artisanaux dans la Méhari et lui a dit qu’elle en avait pour deux heures. Qu’il aille jouer dans le jardin, qu’il aille voir les canards, qu’il ne fasse pas de bêtises. La petite camionnette beige Continuer la lecture de Le canard (2)

Le canard (1)

Cette aventure  (presque véridique) m’a été racontée par Thomas à qui je la dédie.

1er épisode
C’est presque l’automne. Dans quelques jours, ce sera la rentrée des classes. Après deux mois de plage, de palangrotte et de piscine, de cocas, de copains et de vélo, après quantités de marchés sous les platanes, de longues et tièdes soirées volées à l’attention des parents, de parties de Monopoly et de gin rummy, de films pour grandes personnes, de chocolats glacés aux terrasses du port, après des semaines de soleil, de chaleur et d’odeurs, ce sera bientôt Paris et la fin des vacances.
Mais avant, il ira passer quelques jours chez sa tante. Quand il dit qu’il n’a pas envie, qu’il aimerait mieux rester là, on lui répond que ce n’est pas possible, qu’il faut bien rendre la maison, que ce ne sera pas long et puis que c’est comme ça. On lui dit aussi qu’Eygalières, ce n’est pas bien loin – moins de deux heures de voiture – que la maison est très belle, avec un grand terrain, qu’il y sera libre pour faire du vélo, que le calme de la campagne, ça lui fera du bien après toutes ces semaines d’excitation du bord de mer, enfin des tas de trucs de ce genre. Il n’empêche Continuer la lecture de Le canard (1)

Il y a cent ans, le caporal Coutheillas…(1)

Marcelin       A la suite de l’assassinat de l’héritier du trône austro-hongrois le 28 juin 1914 à Sarajevo, l’Autriche-Hongrie lance à la Serbie un ultimatum inspiré par l’Allemagne. Il est rédigé de telle sorte qu’il soit impossible à la Serbie de le respecter. L’imbrication des alliances est alors telle que, de façon quasi automatique, la catastrophe se met en place.  La Russie déclare la mobilisation contre l’Autriche-Hongrie puis contre l’Allemagne. Le 1er août, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie. Le même jour, la France décrète la mobilisation générale. Le lendemain, l’Allemagne envahit le Luxembourg puis la Belgique…le spectacle commence! Ce qui devait n’être qu’une punition de la Serbie par l’Autriche-Hongrie se transforme en quelques jours en guerre mondiale, la première guerre mondiale.

Le 5 août 1914, le caporal Coutheillas (Marcelin, mais il signe Marcel) est convoqué à Dreux pour rejoindre le 29ème Régiment Territorial. A partir de ce moment, il tient son journal qu’il envoie régulièrement à Continuer la lecture de Il y a cent ans, le caporal Coutheillas…(1)

Look, Ma ! I’ m flying !

Thème imposé: une première fois.

Vers l’âge de vingt-cinq ans, j’ai dû faire mon service militaire. À l’époque, c’était une espèce de mode à laquelle bien peu échappaient. Par la grâce d’un piston non sollicité mais efficace, je me suis retrouvé pour dix-huit mois sur la base aérienne de Villacoublay à quelques kilomètres de Paris.
Quand vous êtes dans l’armée de l’air et que vous ne volez pas, on vous appelle un rampant. Ça n’a pas de caractère insultant, mais quand même, ça manque un peu de panache. Après un hiver passé à m’occuper vaguement de la bonne tenue des fossés et des routes de la base, j’éprouvais un profond ennui. Au premier jour du printemps, j’appris que l’armée de l’air payait pour les militaires, appelés comme élus, les frais d’inscription, de formation et de vol dans une école de vol-à-voile à côté de Paris. De plus, le fait d’être inscrit à cette école permettait de passer une journée par semaine hors de la base, ce qui constitua pour moi un argument décisif.

Me voilà inscrit au Club de Vol-à-Voile de Beynes, Continuer la lecture de Look, Ma ! I’ m flying !