Archives de catégorie : Récit

Bonjour, Philippines ! Chap.9 : Retour au Chalet

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Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Chapitre 7- Un diner à O.K. Corral

Chapitre 8 – Douglas et moi

Retour au Chalet

où notre héros joue aux quilles / de la rancune tenace des taxis / Gérard et Ratinet montent en avion / de l’importance de la côte de bœuf dans les travaux routiers / retour au Chalet

Après ces sensations exaltantes de chef de guerre vécues au clair de lune dans la jungle philippine, je suis rentré une nouvelle fois à Manille. J’y ai repris mes habitudes : les petits déjeuners somptueux au bord de la piscine, la douce et calme efficacité de Cora, maitresse du bureau, les restaurants-casinos clandestins, le squash britannique, le bowling à ramasseurs de quilles. Et Ratinet. Mais je ne le vois plus que très peu. Il paraît définitivement ailleurs. Il ne vient que de temps en temps au bureau. Il dit qu’il travaille dans Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.9 : Retour au Chalet →

La légende des cercles

Le vieil homme descend de la ville haute vers le port. Malgré ses soixante-quinze ans, il est encore vif et s’il a pris un bâton, c’est par habitude, pour écarter les chiens. Pourtant, des chiens, cela fait des mois qu’il n’y en a  plus dans la ville. Ceux qui n’ont pas été mangés ont fui depuis longtemps.
De la ville haute, la vue est immense. Pourtant, plongé dans ses pensées, le vieil homme ne voit rien. Il ne voit pas la mer recouverte de vaisseaux à l’ancre, ni les collines environnantes parcourues par les fumées des feux ennemis.
Ce matin, après une nuit de travail, le bonhomme a senti que montait en lui une intuition. C’est un phénomène dont il a l’habitude. Continuer la lecture de La légende des cercles →

Qu’est-ce que t’as fait à la guerre, Papa? (1-La débâcle)

Journal du sergent Daniel Coutheillas, juin 1940
2 juillet 1940
Je suis prisonnier, échoué le long de ces grilles que gardent des soldats allemands!
Depuis un mois, nous sommes sans nouvelles. Où êtes-vous Denise, Marie-Claire, ma mère?

La débâcle
10 juin 1940
Le 10 juin, nous avons quitté Beuvillers où la vie s’écoulait près du front avec des alternatives de calme et de bombardements. La relève Continuer la lecture de Qu’est-ce que t’as fait à la guerre, Papa? (1-La débâcle) →

Post it n°12 – Piazza Navona

Étrange va et vient sur cette grande place de Rome. Les pakistanais semblent tenir le commerce des lunettes de soleil et des rallonges à selfies tandis que les sénégalais tiennent celui des sacs contrefaits.

Assis au soleil sur mon banc de marbre qui fait face à la fontaine de Neptune, je les vois arriver par vagues d’une dizaine. Ils tournent lentement sans but apparent, comme s’ils s’ennuyaient. Ils ont l’air innocent, mais l’œil aux aguets. Les uns tiennent jeté sur leur épaule un balluchon de toile gonflé d’on ne sait encore quoi. Les autres portent le long du corps un carton d’emballage marqué made in China. NAVONA
Le carton est aplati. Il laisse voir des trous rectangulaires découpés pour servir de poignées. Après un regard autour d’eux, les sénégalais étendent leur toile à terre pour y présenter les sacs Vuitton et Longchamp qu’elle contenait. Pendant ce temps, après le même coup d’œil et d’une secousse du poignet, les pakistanais déploient leur boîte en carton qui devient aussitôt un support pour le présentoir à lunettes qu’ils cachaient derrière la boîte repliée.

Moins de cinq minutes plus tard, regardant tous dans la même direction, ils replient leurs boutiques éphémères et s’éloignent à regret, du même pas hésitant ou ennuyé qu’ils avaient eu pour venir. Arrivent alors près de mon banc deux carabiniers –costume bleu, casquette blanche, un homme, une femme– qui passent lentement d’un côté de la fontaine en discutant entre eux et en regardant par terre, tandis que les « abusivi » la contournent, faisant en sorte de garder Neptune entre la loi et eux.

Telle est la règle.

TP 422

Quand notre avion a décollé de Lisbonne il y a quelques instants, le temps était magnifique. Nous devrions être à Paris avant midi.

« La compagnie TAP vous souhaite la bienvenue à bord de ce Boeing 707 à destination de Paris-Orly. Nous atteindrons notre destination dans une heure et cinquante-cinq minutes. Vous pouvez à présent détacher votre ceinture de sécurité. Un petit-déjeuner va vous être servi dans quelques instants. Vous trouverez des journaux et des magazines… »

Le message, successivement prononcé en portugais puis en français, a remis en mouvement les passagers dont beaucoup étaient restés immobiles pendant la phase de décollage: ils ont détaché leur ceinture, se sont mis à l’aise dans leur fauteuil ou se sont levés pour fouiller Continuer la lecture de TP 422 →

Bonjour, Philippines ! Chap.8: Douglas et moi

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Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Chapitre 7- Un diner à O.K. Corral

Résumé des chapitres précédents :
Au Philippines depuis quelques semaines pour une étude routière, Philippe a rencontré quelques personnages intéressants : Gérard Peltier, éternel optimiste jovial et jouisseur, Robert Robertson, sympathique Ecossais qui transporte avec lui son monde britannique partout où il se rend, sans oublier André Ratinet, râleur, casanier, paranoïaque et malchanceux.
Il a aussi découvert quelques particularités de ce bout d’Asie du Sud Est : la présence permanente des armes et de la violence, la fièvre dengue, les casinos clandestins, les « femmes non accompagnées », le squash impérial, le bowling et ses ramasseurs, le jai-alai et ses danseurs sur mur.
Dans le chapitre qui suit, Philippe retourne à Mindanao. Tout devrait bien se passer, car Ratinet est resté à Manille. Tout commence au cinéma Rizal de Cagayan de Oro…

Cette fois, c’est du sérieux et il va falloir se colleter avec la dure matière. Dans l’avion qui vole vers Cagayan, je fais le point avec Pacifico, mon counterpart. Tout ce qui pouvait être préparé pour l’enquête depuis Manille semble prêt: la méthode, la durée de l’enquête, l’emplacement des postes, les nombres d’enquêteurs à chaque poste selon les moments de la journée et de la nuit. Les questionnaires, les manuels d’instruction et les badges ont été chargés dans deux caisses en soute. Les matériels de signalisation et d’éclairage nous serons fournis par le DPWH de Cagayan de Oro. Nous atterrirons dans une heure et je pense que c’est la première opération de cette envergure que je vais réaliser: un mois d’enquête en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cents kilomètres de route côtière, trois villes importantes, une multitude de croisements de pistes qui grimpent vers la montagne à travers la jungle. Pour que le moins possible de déplacements échappent à l’enquête, deux douzaines de postes ont été définis. Nous avons calculé qu’il nous faudrait plus de deux cents personnes pour les tenir. On m’a assuré qu’il n’y aurait aucun problème pour trouver Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.8: Douglas et moi →

Post it n°10 – Ecrire

Ecrire, c’est comme photographier.
Une fois que le goût en est pris, on ne voit plus les gens ni les choses de la même façon.
On se met à ressembler à ces touristes qui ne voient le pays dont ils rêvaient qu’à travers l’objectif de leur appareil.
On ne vit plus sa vie, on est sur le qui-vive, à l’affut du sujet et tout devient gibier : une dispute dans la rue, une marée qui descend, une femme qui téléphone, un instant, un mot.

Ecrire, c’est comme photographier; c’est être absent de sa propre vie.

Le blazer

Chaque matin pendant plusieurs heures, l’autoroute M4 qui rejoint l’aéroport d’Heathrow au centre de Londres n’est rien d’autre qu’un monstrueux amas de véhicules arrêtés. Pour éviter ce calvaire aux français qui participent à la réunion mensuelle qui se tient d’habitude au cœur de la City, il a été aimablement décidé par la partie anglaise que, cette fois-ci, elle se tiendrait dans un des hôtels de l’aéroport. Comble d’amabilité  des anglais pour leurs confrères continentaux, ils ont choisi un hôtel français, le Sofitel d’Heathrow.

Pour éviter d’avoir à se lever avant l’aurore et prenant pour prétexte la nécessité d’arriver en pleine forme à cette importante réunion franco-britannique, il avait choisi de prendre un avion la veille au soir. Vingt minutes après avoir atterri, il était dans sa chambre et se faisait servir à diner devant la télévision. A dix heures tente, après un long bain bien chaud qu’il avait pris en buvant un long whisky bien glacé, enveloppé dans l’un des longs et confortables peignoirs qu’il avait trouvé accrochés sur cintre au dos de la porte de la salle de bain, il s’était plongé dans un vieux Ian Fleming. Il trouvait que l’élégance et la désinvolture  de James Bond, de même que l’environnement luxueux Continuer la lecture de Le blazer →

Post it n°9 – Le matin

Un peu après cinq heures, elle s’est levée en silence, sans faire bouger le lit le moins du monde. Ce n’est qu’après avoir refermé la porte sans bruit qu’elle a allumé la lumière du couloir. Il n’a rien vu, rien entendu, rien senti. Pourtant, sitôt la porte close, il s’est réveillé. Dans la chambre, l’obscurité est totale, mais au sol, à l’endroit où doit se trouver la porte, l’étroite bande de lumière lui dit qu’il n’aura plus longtemps à attendre pour que le petit déjeuner soit prêt.
Instant de routine quotidienne, d’attente heureuse, de confort parfait, de sécurité totale.

Bonjour, Philippines ! Chap.7: Un diner à OK-Corral

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Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Ça fait presque trois semaines que je suis rentré de mon premier voyage à Mindanao et ma vie à Manille s’est un peu organisée. Au bureau, mes journées se passent à préparer la grande enquête de transport que je devrais bientôt lancer. Le soir, je vais souvent au Manila Boat Club avec Robertson. Ce n’est pas la discipline essentielle de ce club sportif, l’aviron, qui m’intéresse mais le squash. Le grand écossais m’a initié à ce sport que j’aime bien à cause de sa facilité d’apprentissage, du défoulement qu’il procure en quelques minutes et de l’ambiance très anglaise qui règne dans le club et, plus particulièrement, dans le bar : serveurs, non, serviteurs indiens et philippins en veste blanche, boiseries exotiques, tables rondes et massives qui me font penser à celle du roi Arthur, majestueux ventilateurs de plafond, club-sandwiches et bière pression. Devenu par faveur membre du club, j’ai l’impression de faire maintenant partie de l’Empire britannique.

Parfois, nous prolongeons la soirée par une séance de massage et de Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.7: Un diner à OK-Corral →