Archives de catégorie : Récit

Ah ! Les belles boutiques – 11

Café Delmas
2 place de la Contrescarpe Paris V

Ce café est situé à deux pas de l’ancien domicile d’Hemingway du 39 de la rue Descartes. Certains disent qu’Ernest y venait en voisin pour écrire. Permettez-moi d’en douter : je ne l’y ai jamais rencontré. Par contre, un soir, j’y ai aperçu Cary Grant offrir du feu à une née-native d’Oklahoma City (J’en ai témoigné dans le texte que vous pourrez relire en cliquant sur son titre : La Contrescarpe en Technicolor)

En dehors de sa clientèle, le Café Delmas présente l’avantage d’une grande terrasse exposée plein sud et donnant la vue sur un tout petit square dont on aperçoit la minuscule fontaine sur la photo.

Une crainte, cependant : la dernière fois que je suis passé sur cette place, fin juin, elle était toute chamboulée par des travaux dont une pancarte menaçante de la Mairie de Paris nous disait qu’ils étaient destinés à « aménager l’espace » ou quelque hyperbole de ce genre. Mon Dieu, Mon Dieu ! Notre-Drame de Paris, la Reine des Bobos Véganes, la Madone des Velib, la zélote de Paris-Disneyland, la Vestale des Oisifs, la Savonarole de la circulation, bref, la Maire de Paris s’intéresse à ce gentil petit coin de Mouffetard ! On peut craindre le pire. Mais je monte la garde, et je vous tiendrai au courant.

La série « Ah ! les belles boutiques »
L’objectif : rendre hommage aux commerçants qui réussissent à conserver l’aspect traditionnel de leur façade de magasin, et les encourager à persévérer.
Le contenu : une photo de la devanture d’un magasin, avec si possible l’adresse et, très éventuellement, un commentaire sur la boutique, ou son histoire, ou son contenu, ou sur l’idée que s’en fait le JdC.

ET DEMAIN, LE CHAT DE SCHRÖDINGER

 

Post it n°18 – Marée montante

Une ligne parfaitement droite sépare la grande pelouse rectangulaire en deux parties, à cette heure parfaitement égales : à l’ouest, l’ombre fraiche des grands marronniers, à l’est, la chaleur du soleil d’un printemps qui tourne à l’été. Sur l’herbe dense, les jeunes gens, étudiants ou lycéens, se sont répartis également entre l’ombre et la lumière, par couples ou par groupes. Ils sont allongés, sur le dos, sur le ventre, sur le côté, ou bien assis, lisant, parlant, s’embrassant ou bien dormant. Tout est calme, tout est tranquille. On se croirait sur une plage d’où les adultes auraient été chassés. Soudain, deux gardiens sont entrés sur la pelouse par le nord. Ils viennent de retourner la pancarte qui l’autorisait. Les deux hommes remontent lentement vers le sud, les bras légèrement écartés, débonnaires. Tout en marchant, ils psalmodient doucement : « s’il vous plait, veuillez passer sur l’autre pelouse, celle-ci est fermée ». Lentement, paresseusement, mais sans protester, les jeunes gens se lèvent, ramassent leurs affaires, puis remontent la pelouse devant les gardiens, comme feraient des estivants chassés vers le haut de la plage par la marée montante.

 

… ET DEMAIN, UNE PHOTO DE L’ÉTÉ

Au petit fer à cheval

temps de lecture : 4 minutes 

Couleur café n°22

 Au petit fer à cheval
30 rue Vieille du Temple Paris 4°

Je ne suis jamais allé dans ce café, et rarement dans cette rue. Le 4ème, ce n’est pas mon quartier. Ce n’est pas que je ne l’aime pas ou que je le méprise ou même qu’autrefois, je l’aie trouvé trop décrépit et aujourd’hui trop bobo, trop « touriste », mais je ne le connais pas et, comme disait Boubouroche, je n’y ai pas mes habitudes.

Pourtant cette photo, prise 16 mai 2017 à onze heures quarante-trois, pourrait bien me donner envie d’en créer, des habitudes.

Regardez-là attentivement. Agrandissez-là au besoin :

Remarquez d’abord les vélos : depuis que la rue a été interdite à la circulation, on ne voit plus que ça, par ici. Remarquez aussi les deux calorifères de terrasse, rangés sur le côté pour le moment, car il fait beau et doux. On ne voit plus que ça aujourd’hui : vélos, terrasses et calorifères, c’est tout le Marais ! Mais maintenant, passons aux choses sérieuses :

Vous voyez ces Continuer la lecture de Au petit fer à cheval

Un peu de San Francisco    

San Francisco,

D’abord le pont, le Golden Gate Bridge, symbole de la ville, pas doré pour deux sous, rouge, tout rouge, soigneusement repeint tous les dix ans. Léger, imposant, magistral, inévitable, il ouvre sur l’océan et ferme la baie. Dessous passent en tous sens de grands porte-containers et de petits bateaux blancs. Dessus, passent pour six dollars des voitures, des milliers de voiture, des milliers de camions, toute la journée, toute la nuit. p1270116Sous leurs roues les joints métalliques sonnent. Le jour, passent aussi le long des câbles qui le soutiennent des centaines de piétons et de cyclistes. Pour ceux-là, c’est gratuit. Ils sont tous du même côté, celui de la baie. La vue sur le Pacifique ne les intéresse pas. Ils ne sont pas venus pour ça. Ils veulent voir Alcatraz, ils veulent voir la silhouette de la ville qui se détache au loin. Ils prennent des photos, ils prennent des poses et des selfies. Les mouettes planent et observent.

San Francisco,

Les quartiers de San Francisco, et d’abord Embarcadero et le Ferry building. C’est là que les gens qui Continuer la lecture de Un peu de San Francisco    

La cheminée qui fume

C’est quand j’ai atteint l’âge de cinq ans que mes parents ont décidé de prendre une maison de campagne. « Pour le petit, disaient-ils. Ça lui fera du bien. »

Ce n’était que peu d’années après la fin de la guerre et les temps étaient encore difficiles. Il n’était pas question d’acheter. Je ne sais comment, mais mon père réussit à trouver une maison forestière en Normandie, une vraie, que l’Administration des Eaux et Forêts consentit à lui louer.
Elle était adossée à la grande forêt de Lyons et dominait la petite vallée du Fouille-Broc. En contre-bas, le village de Touffreville étalait sa trentaine de maisons de part et d’autre de la petite rivière.
Si les amis qui y venaient parfois déjeuner le dimanche trouvaient qu’elle avait beaucoup de charme, cette maison n’avait aucun confort : pas d’eau courante, pas de chauffage, et à peine l’électricité. Le linteau de pierre gravée au-dessus de la porte disait qu’elle avait été construite en 1824. Elle comportait une grande cuisine, un salon de taille moyenne et une seule chambre : nous n’étions que quatre dans la famille, mon père, ma mère, ma sœur, plus âgée que moi de huit années, et moi. Ca pouvait donc être considéré comme suffisant.
Plus tard, mon père fit aménager une chambre supplémentaire dans l’ancienne étable, que nous appelions à tort l’Ecurie, puis une autre dans ce qui avait dû être un cellier. Mais pendant plusieurs années, nous avons dormi tous dans la chambre unique.

Le salon était la pièce centrale de la maison. Il communiquait Continuer la lecture de La cheminée qui fume

Une autre traversée de Paris

Le 15 mai dernier, j’avais diffusé ici un texte intitulé « Une traversée de Paris » . Je voulais ce texte extrêmement descriptif et précis, propre à déclencher chez le lecteur l’apparition d’images, sortes d’instantanés que l’on a tous vus un jour ou l’autre quand on habite en ville.

Quelqu’un m’a dit que cette avalanche d’épithètes lui donnait un peu mal au cœur, et qu’il aurait davantage apprécié un texte moins fourni qui aurait laissé davantage de place à l’imagination.

J’ai donc modifié le texte original de « Une traversée de Paris » en ne conservant que le minimum d’adjectifs. Cela a donné « Une autre traversée de Paris« .

Vous pourrez comparer les deux versions, car je reproduis à la suite le texte avec adjectifs.

Alors, vous préférez avec ou sans ?

Il est cinq heures.

Le jour se lève.

Au Bomby’s café de la Place d’Italie, un homme noir en bleu de travail est accoudé au comptoir devant une tasse de café. Son corps est entièrement relâché et sa silhouette forme une sorte de S. Son regard est ailleurs.

Un chien remonte en trottinant Continuer la lecture de Une autre traversée de Paris

Chronique des années passées – 9

Chronique des années cinquante

9 – La 403

Elle succéda aux 203. Elle fut la contemporaine de la Kubik et d’une ou deux Deux-Chevaux.

Quels souvenirs me restent-ils de cette lourde voiture ?

Celui de mes leçons de conduite que mon père me donnait en toute illégalité dès l’âge de quinze ans ?

403Celui de nos départs à la chasse, chargés de fusils, de cartouches, de bottes et de carniers, Vercors dans la malle arrière, moi devant, content de me retrouver tout à l’heure admis parmi ces hommes murs, lui au volant, heureux de montrer son fils à ses amis ?

Cette appréhension de ces moments que je souhaitais si fort sans oser les demander où mon père s’engageait sur le bas côté de la route et disait : « Tu conduis ! » ?

Ou peut-être cette nuit sans lune entre Pithiviers Continuer la lecture de Chronique des années passées – 9

Chronique des années passées – 10

Chronique des années 90

10-La Chrysler

En fait, on ne l’appelait pas comme ça, mais ça sonne tellement bien « la Chrysler ». Ça fait tout de suite voiture de luxe, puissante, bicolore et sur-dessinée, glissant silencieusement dans les rues de Beverley Hills. Cette image doit me rester de cette chanson parodique de Fernand Raynaud qui commençait comme ça :
—T’es un peu belle, mignonne,

—T’es balancée comme une Chrysler…

Dans les années 90, l’automobile américaine était en crise. On n’était même pas certain que cette marque puisse passer le prochain hiver. Mais Chrysler commençait à commercialiser en France un mini van sur lequel elle fondait beaucoup d’espoir, le Voyager. Son nez très court qui lui donnait une gueule de petit camion, sa silhouette carrée qui rappelait de loin la Citroën Kubik de mon enfance dont j’ai déjà parlé ici, ses barres de toit qui lui donnaient un air randonneur… Tout cela me plaisait bien. D’ailleurs, il faudrait bientôt remplacer la Volvo qui Continuer la lecture de Chronique des années passées – 10

Tignes le Lac

Vous souvenez-vous, mes amis,
Aujourd’hui devenus bien vieux,
Quand nous allions faire du ski,
O combien c’était merveilleux.

Nous partions de très bon matin,
C’est à dire vers neuf heures et demie
Tandis que je rongeais mon frein
A attendre ce bon vieux Jean-Louis.

Je dressais le programme du jour.
Jean-Louis finissait son loto.
Patrick et François, pleins d’humour,
M’app’laient aussitôt Bénito.

C’était bien souvent vers la Daille
Que se dirigeaient nos spatules
Et très tôt nous faisions ripaille
Sans avoir peur du ridicule.

La Grande Motte, le Fornet, Tommeuses,
Nous voyaient toute la journée
Sans parler de toutes ces skieuses
Qui, muettes, nous admiraient.

 

Le soir, autour de la table,
Courbatus, fatigués, contents,
Nous jouions, c’était remarquable,
Au truc qui monte et qui descend.

Ne vous y trompez pas, infâmes!
Car ce jeu était innocent.
Il n’impliquait aucune femme,
Mais des cartes et très peu d’argent.

Ne regrettons rien, c’est fini,
Mais comprenez-vous à présent
Que nous vivions de notre vie
Parmi les meilleurs moments ?

 

Chronique des années passées – 8

Chronique des années cinquante

 8 – La Deux-Chevaux

Tout le monde vous le dira : c’était une voiture extraordinaire.

Le toit de notre première Deux-Chevaux était fait d’une toile grise qui commençait sur le haut du pare-brise et s’achevait à la hauteur du pare-chocs arrière. On l’enroulait sur elle-même jusqu’à la vitre arrière pour décapoter la voiture. On la relevait depuis le pare-chocs arrière jusqu’à la custode pour accéder au coffre.

Elle avait quatre portes si souple qu’on aurait pu se les claquer sur les doigts sans se faire de mal. 2cvLa partie supérieure des vitres des portières avant était fixe tandis que la partie inférieure pouvait se relever. Ça permettait de passer négligemment le bras à la portière de cette superbe décapotable et, de temps en temps, de prendre, juste sur la pointe du coude, le choc de la vitre qui se rabattait violemment quand le clip qui la maintenait décidait de se détendre un peu.

Il y avait des tas d’innovations amusantes : les sièges étaient faits d’un entrelac de sandows recouverts Continuer la lecture de Chronique des années passées – 8