Une autre traversée de Paris

Le 15 mai dernier, j’avais diffusé ici un texte intitulé « Une traversée de Paris » . Je voulais ce texte extrêmement descriptif et précis, propre à déclencher chez le lecteur l’apparition d’images, sortes d’instantanés que l’on a tous vus un jour ou l’autre quand on habite en ville.

Quelqu’un m’a dit que cette avalanche d’épithètes lui donnait un peu mal au cœur, et qu’il aurait davantage apprécié un texte moins fourni qui aurait laissé davantage de place à l’imagination.

J’ai donc modifié le texte original de « Une traversée de Paris » en ne conservant que le minimum d’adjectifs. Cela a donné « Une autre traversée de Paris« .

Vous pourrez comparer les deux versions, car je reproduis à la suite le texte avec adjectifs.

Alors, vous préférez avec ou sans ?

Il est cinq heures.

Le jour se lève.

Au Bomby’s café de la Place d’Italie, un homme noir en bleu de travail est accoudé au comptoir devant une tasse de café. Son corps est entièrement relâché et sa silhouette forme une sorte de S. Son regard est ailleurs.

Un chien remonte en trottinant le boulevard Auguste Blanqui. Il connaît les jours et les heures du marché Corvisart. Un camion s’arrête pour le laisser passer.

Il est huit heures.

Rue Gay-Lussac, une femme cherche désespérément la rue d’U.L.M. Elle entre au café pour demander son chemin. Ici, on ne connaît que la rue d’Ulm. C’est déjà ça.

Rue Saint-Jacques, il y a cette jeune femme qui pleure dans son iPhone. Devant l’église Saint Jacques du Haut Pas, elle croise sans le voir un enfant qui rit parce que les pavés du parvis font tressauter sa patinette et trembler ses joues. Devant l’école communale, il attache sa machine à une grille et franchit en courant le porche sous le drapeau.

Il est en retard.

Un homme en habit vert descend lentement la rue Soufflot. Un téléphone collé à la joue, il pousse devant lui une poubelle à roulettes dans laquelle est planté un balai. A la terrasse du Comptoir du Panthéon, un garçon de café, les pouces dans les poches de son gilet, plateau et serviette sous le bras, le regarde passer. Il échange une plaisanterie avec un client et ricane.

Un car cellulaire remonte le boulevard Saint-Michel à vive allure. Il vient du Palais de Justice et file vers la Santé. Des doigts apparaissent aux grilles qui protègent ses fenêtres. Devant l’entrée du Luxembourg, une jeune fille s’arrête et regarde les doigts.

Il est midi.

Sur le bassin, les voiliers du Luxembourg virent ensemble sous une risée et s’emmêlent sous le jet d’eau, entourés de canards, d’enfants et de mères.

Un homme et une femme se sont donné rendez-vous place Saint Sulpice. Arrivée en avance, et sans pouvoir décider de quel côté attendre, elle commence à tourner autour de la fontaine.

À Saint-Germain des Prés, devant l’église, un minibus noir est arrêté, entouré de lentes silhouettes. De l’autre côté de la place, trois américaines boivent du chardonnay à la terrasse.

Il est trois heures.

Sur la Passerelle des Arts, des hommes en bleu arrivent en groupe. Ils commencent à cisailler les garde-corps pour libérer les dizaines de milliers de cadenas d’amour que des vingtaines de milliers d’amoureux y ont accrochés. « Comme c’est dommage ! » dit un passant. Un autre demande : « Mais que vont-ils en faire sans les clés ? » Plus loin, un touriste argentin regarde couler la Seine. Il est seul et s’ennuie.

Aux Tuileries, un groupe d’asiatiques entoure un guide à parapluie. Un moment, ils observent la voûte de l’arc de triomphe du Carrousel, puis chacun se prend en selfie. Une femme Rom s’approche et tente de leur vendre une bague qu’elle prétend avoir trouvée à leurs pieds. Ils s’éparpillent.

Sur la place de la Concorde, du haut de la nacelle n°12 de la grande roue, un couple avec enfants observe en dessous de lui la circulation prise en masse. Un autobus à impériale lutte avec une camionnette couverte d’échelles et de tuyaux pour atteindre le passage qui leur permettra de franchir la zone de travaux. Une procession de gyrophares piétine avec fureur pour franchir le pont.

Le soir et la pluie se mettent à tomber.

Il est cinq heures.

Rue du Faubourg Saint-Honoré, sur le bitume, les feux des voitures se mélangent aux lumières des magasins. Deux femmes descendent d’une limousine sous le parapluie que brandit leur chauffeur. Elles entrent en riant chez Louboutin.

Place de l’Opéra, sous la verrière du Grand Hôtel, quelques américains commencent à dîner. A moins qu’ils ne soient anglais.

Un peu plus loin, Old England a définitivement fermé. Les palissades annoncent pour bientôt la plus grande boutique de montres de luxe de Paris et au-delà. Un militaire entre dans un restaurant.

Il est huit heures.

La pluie cesse.

Le fleuve qui roule sur le trottoir des Capucines se divise entre la file d’attente pour les adieux d’une vedette de la chanson, l’attroupement devant la façade du théâtre Édouard VII, et les derniers instants de solde d’un magasin de vêtements pour jeunes gens à tendance américaine.

Gare Saint-Lazare, l’heure de l’affluence est passée. Pourtant, devant les fausses valises empilées, une dizaine de personnes, hommes et femmes, attendent. Elles ont rendez-vous, mais pas les unes avec les autres.

Rue Jean-Baptiste Pigalle, un autocar décharge sa cargaison devant le Paris-Follies. Le Comité d’Entreprise des Transports Bricard de Sarreguemines passe sous l’enseigne en se poussant du coude.

Il est dix heures passées. Il va sûrement pleuvoir.

Place du Tertre, les clients de La Crémaillère sortent par groupes. Ils chantent la Complainte de la Butte en finissant d’enfiler leur manteau. Ils vont bientôt descendre les escaliers du Sacré Cœur jusqu’au square d’Anvers. Peut-être y a-t-il encore un bistrot ouvert.

Il pleut.

Il est deux heures.

Au Tabac Le Clignancourt, un chauffeur routier a garé son semi-remorque devant l’arrêt d’autobus pour un café croissant. Le moteur tourne.

Le jour se lève.

Il est cinq heures.

Paris s’éveille.

Comme promis ci-dessus, voici ci-dessous le texte d’origine :

Une traversée de Paris

Il est cinq heures. Le jour se lève.

Au Bomby’s café de la Place d’Italie, un homme noir en bleu de travail immaculé est accoudé au comptoir devant une tasse de café vide. Son grand corps mince est entièrement relâché et sa silhouette forme une sorte d’immense S. Son regard est ailleurs.

Un chien affairé remonte en trottinant le boulevard Auguste Blanqui. Il connaît les jours et les heures du marché Corvisart. Un camion s’arrête pour le laisser passer. 

Il est huit heures.

Rue Gay-Lussac, une femme noire, inquiète et fatiguée cherche désespérément la rue d’U.L.M. Elle entre au café pour demander son chemin. Ici, on ne connaît que la rue d’Ulm. C’est déjà ça. 

Rue Saint-Jacques, il y a cette jeune femme qui pleure dans son iPhone blanc.  Devant l’église Saint Jacques du haut pas, elle croise sans le voir un enfant qui rit parce que les pavés du parvis font tressauter sa patinette et trembler ses joues. Devant l’école communale, il attache sa machine à une grille et franchit en courant le porche sous le drapeau. 

Il est en retard. 

Un homme en habit vert à gilet jaune rayé d’argent descend lentement la rue Soufflot. Un téléphone collé à la joue, il pousse devant lui une petite poubelle métallique à roulettes dans laquelle est planté un balai à poils verts. A la terrasse du Comptoir du Panthéon, un garçon de café, pantalon noir, tablier noir sur chemise blanche et gilet noir, pouces dans les poches du gilet, plateau argent et serviette blanche sous le bras, le regarde passer. Il échange une plaisanterie avec un client et ricane. 

Un car cellulaire remonte le boulevard Saint-Michel à vive allure. Il vient du Palais de Justice et file vers la Santé. Des doigts crispés apparaissent aux grilles qui protègent ses fenêtres ouvertes. Devant l’entrée du Luxembourg, une jeune fille s’arrête et regarde les doigts. 

Il est midi.

Sur le grand bassin, les voiliers du Luxembourg virent ensemble sous une risée soudaine et s’emmêlent sous le jet d’eau, entourés de canards indifférents, d’enfants penchés sur l’eau et de mères inquiètes. 

Un homme et une femme se sont donné rendez-vous place Saint Sulpice. Arrivée en avance, et sans pouvoir décider de quel côté attendre, elle commence à tourner autour de la fontaine. 

À Saint-Germain des Prés, devant l’église, un minibus noir est arrêté, entouré de lentes silhouettes sombres. De l’autre côté de la place, trois jeunes américaines boivent du chardonnay à la terrasse.  

Il est trois heures.

Sur la Passerelle des Arts, des hommes en bleu arrivent en groupe. Ils commencent à cisailler les garde-corps pour libérer les dizaines de milliers de cadenas d’amour que des vingtaines de milliers d’amoureux crédules ou menteurs y ont accroché. « Comme c’est dommage ! » dit un passant. Un autre demande : « Mais que vont-ils en faire sans les clés ?  »  Plus loin, un touriste argentin regarde couler la Seine. Il est seul et s’ennuie.

Aux Tuileries, un groupe d’asiatiques entoure un guide à parapluie rouge. Un moment, ils observent la voûte de l’arc de triomphe du Carrousel, puis chacun se prend en selfie. Une femme Rom s’approche et tente de leur vendre une bague qu’elle prétend avoir trouvée à leurs pieds. Ils s’éparpillent, offusqués. 

Sur la place de la Concorde, du haut de la nacelle n°12 de la grande roue, un couple avec enfants observe en dessous de lui la circulation prise en masse. Un autobus rouge à impériale découverte lutte avec une camionnette blanche couverte d’échelles et de tuyaux pour atteindre l’étroit passage qui leur permettra de franchir la zone de travaux. Une procession bruyante de gyrophares bleus piétine avec fureur pour franchir le pont. 

Le soir et la pluie se mettent à tomber. 

Rue du Faubourg Saint-Honoré, sur le bitume luisant, les feux des voitures se mélangent aux lumières des magasins. Deux femmes descendent d’une limousine noire sous le parapluie vert et rouge que brandit leur chauffeur. Elles entrent en riant chez Louboutin. 

Place de l’Opéra, sous la verrière du Grand Hôtel, quelques américains commencent à dîner. A moins qu’ils ne soient anglais.

Un peu plus loin, Old England a définitivement fermé. Les palissades annoncent pour bientôt la plus grande boutique de montres de luxe de Paris et au-delà. Un beau militaire entre dans un restaurant chinois. 

Il est huit heures. La pluie cesse.

Le fleuve qui roule sur le trottoir des Capucines se divise entre la file d’attente pour les nouveaux adieux d’une vedette de la chanson populaire, l’attroupement devant la belle façade du théâtre Édouard VII, et les derniers instants de solde d’un magasin de vêtements pour jeunes gens décontractés à tendance américaine.

Gare Saint-Lazare, l’heure de l’affluence est passée. Pourtant, devant les fausses valises empilées, une dizaine de personnes, hommes et femmes, attendent, inquiètes. Elles ont rendez-vous, mais pas les unes avec les autres. 

Rue Jean-Baptiste Pigalle, un autocar rutilant décharge sa cargaison devant le Paris-Follies. Le Comité d’Entreprise des Transports Bricard de Sarreguemines passe sous l’enseigne éclatante en se poussant du coude. 

Il est dix heures passé. Il va sûrement pleuvoir. 

Place du Tertre, les derniers clients de La Crémaillère sortent par groupes. Ils chantent la Complainte de la Butte en finissant d’enfiler leur manteau. Ils vont bientôt descendre les escaliers du Sacré Cœur jusqu’au square d’Anvers. Peut-être y a-t-il encore un bistrot ouvert.

Il pleut. Il est deux heures.

Au Tabac Le Clignancourt, un chauffeur routier a garé son semi-remorque devant l’arrêt d’autobus pour un café croissant. Le moteur tourne.

Le jour se lève.

Il est cinq heures. Paris s’éveille.

 

11 réflexions sur « Une autre traversée de Paris »

  1. C’est beau comme du Dickens ou du Victor Hugo. Mais que sont donc devenus la maison, le tennis, la piscine et les Simca décapotables à disposition ? Quant aux prétendus voyous de l’avenue des Coutayes, il me semble que, pour des zonards, ils ne se défendaient pas si mal au tennis.
    J’admets volontiers que tu es le seul de nous deux à avoir compris, sur le tard, ce qu’était la vie dure dans le monde impitoyable des chargés de cours. Je n’ai pas eu cette opportunité, pour ne pas dire cette chance. Mais je ne considère pas pour autant que cette lacune doive m’interdire de plaisanter sur la naïveté, la fraicheur ou même la drôlerie d’attitudes de personnes désorientées parce que sorties de leur environnement naturel. A part les québécois, qui ne se moque pas, même affectueusement, des touristes mal équipés pour affronter les rigueurs du printemps canadien ? Et que dire de l’hiver ?
    Sans vergogne, je revendique le droit de me moquer des gens, avec la liberté d’en choisir le ton : affectueux, paternaliste, vindicatif ou méprisant. C’est selon.
    Je garde encore avec tendresse le souvenir du regard angoissé de cette femme noire qui cherchait l’entrée de l’Institut Curie au 26 de la rue d’U.L.M. Il faudra bien que tu comprennes un jour que toute plaisanterie n’est pas nécessairement agressive. Ou alors, nous serons condamnés à rester pour toujours à l’intérieur des frontières du territoire plat et figé du politiquement correct.

  2. j’ajouterai au nom de la pipe sacrée, (mon calumet de la paix quoi!) que l’auteur… je m’en fous… seul le lecteur, s’il daigne lire… a le monopole du sens et du bon goût ou du bon style!

    Comme le dit mon ami Ross Ashby, le cybernéticien britannique que je n’ai pas eu le bonheur de connaître, rien ne peut dépasser la complexité ou la diversité, voire les qualités (requisite variety) du système d’appréhension du lecteur ou voyeur (everything is in the eye of the beholder) surtout qu’en général il a une poutre dans l’œil (ce qui ne l’empêche pas de voir la paille de dans l’œil de l’auteur) ou pire, s’il est amoureux de l’auteur, il est alors aveuglé!…
    Trève de digression, Ashby disait: « l’auteur a beau être génial sur tous les plans, si le lecteur est con, (ne serait-ce qu’à un seul niveau), l’auteur lu par ce con n’aura écrit que des conneries! »

    (en fait, ce cybernéticien parlait techno. Il a dit (je simplifie, n’ayant pas son génie complexe!) qu’un TV noir et blanc ne pouvait pas capter et projeter les couleurs et le format cinemascope on cinerama)

    Tu vois, je te met du bon côté… mais à quoi bon!

    N’as tu jamais remarqué quand tu terminais tes classes terminales où, de toute évidence, tu excellais… qu’il y avait, derrière toi, une trentaine de copains qui ne voyaient pas le monde comme toi et ton prof. chouchoutant à voix haute… et aucun d’entre eux ne le voyait de la même façon que son voisin (à moins qu’il n’ait été aexequos)… tes copains attardés vont voter aux présidentielles… ils voteront Macron!

    En tout cas, j’aime bien, du fin fond des bois, te faire grimper dans les rideaux de ton noble (par l’étage) appartement germanopratin!

    À tous les coups, ça marche!

  3. Si tu m’affirmes que tu es allé Porte de Clignancourt vers les très petites heures du matin, alors je te croirai. Mais il faudra que le ticket de caisse fasse foi. Et, après tout, quelle est donc cette classe, celle dont tu sors souvent ? (Je le sais bien que je regretterai de t’avoir ouvert cette porte).

  4. On ne peut non plus juger du comportement des autres à partir du sien…

    Il m’arrive (souvent) de sortir de ma classe MOHA, MOSSIEUR!
    Je suis plutôt du genre encanaillé qui fait trois petits tours en bourgeoisie!
    et puis s’en va…

  5. J’ajouterai que je n’ai voulu écrire ni un journal de voyage, ni un reportage, ni un guide pour touriste insomniaque. C’est le droit de l’auteur de fiction d’écrire ce qu’il veut, même s’il ne fait que l’imaginer. Ce texte n’est que l’évocation de choses réellement vues, mais pas nécessairement au lieu ou à l’heure indiquée, et rassemblées sur le thème imposé d’un itinéraire. Qu’il soit bon ou mauvais, le style fait tout à l’affaire, car, je l’ai déjà dit et, avec mon ami Chandler, je ne le répéterai jamais assez, l’histoire, vraie ou fausse, on s’en fout, sacré nom d’une pipe !

  6. D’abord, je ne pense pas que tu aies parcouru tout Paris et particulièrement les bistrots à livreurs.
    Ensuite, je te répondrai simplement par un alexandrin d’autant plus fiable qu’il n’est bien sûr pas de moi :
    Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable
    Enfin, il est vrai que Paris n’est pas New-York, mais tu remarqueras que je n’ai pas parlé de magasin d’alimentation, de drugstore ou de diner, mais bien de deux endroits particuliers : Montmartre et la porte de Clignancourt.
    Et pour en terminer, la démarche scientifique veut que l’on ne conclue pas à une généralité sur la foi d’une seule expérience.

  7. Entre 2h et 4h AM, éveillé par le décalage horaire dû à un récent voyage transatlantique ou à une insomnie trans amis, il m’est arrivé, petit doute sur l’ouverture de mes yeux et petit creux à l’estomac, de chercher café-croissants dans le Paris ici décrit . Même si quelques débits de boisson étaient entre-ouverts, partout je me suis fait dire de revenir après 6h! Il faut laisser au boulanger le temps de faire ses bâtard! Le routier aurait donc mieux fait d’arrêter son moteur!

    le style c’est bien! mais qu’arrive-t-il quand le vrai n’est pas vraisemblable?

  8. Tu as raison. L’adjonction d’un adjectif à un mot est la porte ouverte au cliché, ce que, avec la cervelle de mouton, je déteste le plus. Un chien affairé, un juge inflexible, un savant cacochyme, un journaliste d’investigation… Cliché, cliché, cliché…
    Le danger de la suppression des adjectifs ( et des adverbes) c’est le minimalisme, la secheresse, qui pourtant peut avoir son charme : veni, vidi, vici, mais n’est pas très propre à provoquer l’émotion, du genre madeleine de Proust. Tout est dans la mesure, le choix du style, en fonction du but du texte.
    Mais je dois avouer que cette expérience provoquée par la remarque d’un lecteur a été pour moi très probante.

  9. C’est bien vrai, un épithète qui n’est pas indispensable peut nuire à l’imagination du lecteur. Voici un exemple pris en début du texte parce qu’il est caractéristique pour nous qui avons tendance à qualifier les attitudes des animaux, voire leur mettre des mots en tête comme dans les caricatures. Un chien qui trottine seul, sans maître, libre quoi, est forcément « affairé ». Chaque fois que nous en voyons un comme ça, Sue dit tout haut (si Pat ne la devance pas): « here is dog with a purpose! », un chien avec une idée en tête, un but. On ne sait pas lequel, mais lui doit le savoir. C’est devenu une habitude, en tout cas l’un et l’autre l’imagine. C’est pareil en lisant le texte dépourvu de l’épithète. Mieux, ce chien tout seul, un but en tête, débride l’imagination de Pat qui revoit les lieux de son enfance, le Boulevard Blanqui, la station Corvisart, les marchés du Dimanche matin avec les vendeurs de l’Humanité Diamanche, les chansons d’Edith Piaf ou de Charles Trenet sortant par les fenêtres ouvertes quand le printemps arrive, etc, etc, etc. Si le chien avait été en laisse, suivant tristement son maître, ou le devançant fringant dans la perspective d’une promenade, peut-être qu’un adjectif qualificatif, épithète ou attribut, eût été nécessaire. Mais c’est à l’auteur du texte d’en décider. Question de style, hein!

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