Archives de catégorie : Récit

Journal intime – 26 Février 2013

Hier, j’ai appris la mort de Bill Breed. Bill avait 84 ans. Pour un homme que je n’ai vu que finalement très peu et à des intervalles de temps très éloignés, sa disparition me touche beaucoup. Je ne l’ai jamais oublié.
La première raison en est qu’il était la personnification de ma grande aventure américaine. La deuxième est que j’avais été impressionné par son calme, sa douceur, sa générosité, sa disponibilité, son gentil humour. Le récit de ses dernières heures que sa fille Amy a envoyé à Jean-Louis est magnifique et réconfortant, quand je compare par exemple à la mort de M.P. J’ai écrit un mot à sa fille, que pourtant Continuer la lecture de Journal intime – 26 Février 2013

Journal intime – 20 Février 2013

Ce matin à mon deuxième réveil, vers 9h30, je me suis senti très fatigué et je me suis recouché pour encore une heure. Auparavant, entre 7 heures et 9heures 30, j’avais somnolé en écoutant en continu quelques pages des Jeunes Filles en Fleurs, lues par Lambert Wilson, décidément moins bon que Dussolier.

Je me demande ce que peut penser une femme Continuer la lecture de Journal intime – 20 Février 2013

Journal intime – 14 Février 2013

Quel âge a-t-on au réveil ?

Ce matin au réveil, petite réflexion, prolongée pendant ma gymnastique : j’ai noté qu’à mon réveil, pendant les quelques instants où je sais que je ne dors plus mais où je ne suis pas encore tout à fait réveillé, ces mêmes instants où j’ai encore quelque souvenir du dernier rêve qui m’a agité et que je vais oublier définitivement dans trois secondes, pendant ces quelques instants donc, je n’ai pas d’âge, je n’ai pas conscience d’avoir un âge, quel qu’il soit. Mais si, comme disait le petit Marcel, je me tourne vers mon esprit, alors j’ai conscience d’avoir l’âge idéal, quelque part entre 17 et 30 ans, l’âge auquel le problème de l’âge ne se pose pas, celui que longtemps on croit éternel. Bien sûr, cette conscience disparait bientôt, tout se Continuer la lecture de Journal intime – 14 Février 2013

Un souvenir d’enfance

(…) Après, nous avons allumé des cigarettes. Longtemps, nous avons fumé en silence, et puis la bougie s’est éteinte. Dans la lueur irréelle et vacillante qui venait du salon, j’ai vu Mansi se lever. Quand elle est revenue quelques minutes plus tard, elle avait enfilé un t-shirt et portait deux tasses de café. À brûle-pourpoint, elle m’a demandé :

— Philippe, j’aimerais que tu me racontes ton plus vieux souvenir d’enfance ?

Elle m’avait appelé Philippe, pas Jay, ni Phil. Elle avait même fait un effort pour le prononcer correctement. Dans sa bouche, ça ressemblait plus à de l’espagnol qu’à du français, mais Continuer la lecture de Un souvenir d’enfance

Journal intime – 7 Février 2013

Clinique St Jean de Dieu. Salle pré bloc. Les bruits réguliers des appareils, un ronronnement calme (la climatisation sans doute), les conversations assourdies des infirmières, des brancardiers, des médecins qui entrent et sortent. Allongé sur mon brancard, en attendant l’entrée dans le bloc et l’anesthésie,  je me sens parfaitement bien, somnolent, confiant. Pourquoi ce sentiment d’apaisement ?

La raison apparaît, tout à coup, évidente : je ne suis plus responsable de rien.

Journal intime – 5 Février 2013

Je ne lis plus du tout. En la matière je ne fais plus qu’écouter les enregistrements de la Recherche. A ce propos, j’en ai fini avec ceux de Dussolier pour passer à ceux de Lambert Wilson. Grosse différence entre les deux. Avec A.D., la diction est simple, calme, presque plane, sauf dans les dialogues, très incarnés. Le sens des phrases, pourtant complexes dans leur forme, apparait évident. Avec L.W., c’est plus difficile. La diction est plus modulée, presque maniérée, la respiration est audible, probablement volontairement. Cette façon de prononcer les mots qui devraient selon moi se terminer par un e muet, (Gilberteu, Odetteu…) m’agace énormément. J’en viens à insulter Wilson à haute voix. De même m’agacent ces déformations de la syllabe « ai » qui, selon moi, doit sonner toute droite, sans modulation, alors qu’il la prononce comme ferait un anglais parlant français : par exemple « de travear » au lieu de « de travers. Pourvu qu’il ne me gâte pas l’ombre des jeunes filles en fleurs !

Mémoires d’un flic de la Cité des Anges

SUNSET BLVDMarilyn Monroe est morte le 4 août 1962 vers 22 heures dans sa maison de Brentwood à Los Angeles. Jack Clemmons, à l’époque sergent au LAPD est le premier officier de police à être intervenu sur place. Mais il n’est pas que simple officier de police, il est aussi une taupe du FBI au sein du LAPD, et Marietta, son correspondant, lui a confié une mission particulière de la plus haute importance : retrouver un dictaphone. Dans ses mémoires publiées en 1983, « Say goodbye to the President », Clemmons a raconté sa découverte du corps de Marilyn et ses premières investigations.
« Le Français » dont il est question à la fin de cet extrait, c’est le narrateur de « Go West ! », récit des aventures américaines d’un étudiant de dix-neuf ans pendant l’été 62, mêlé bien malgré lui au mystère toujours non élucidé de la mort de Marylin Monroe.
Go west ! actuellement sous presse devrait paraitre chez Amazon dans les prochaines semaines.

(…)
Deux minutes plus tard, j’entrai dans 5th Helena drive. Il était 10 :34 p.m.
C’est un cul de sac. La maison de Marilyn est tout au fond, portail ouvert. Deux voitures garées côte à côte font face à la porte d’entrée, un cabriolet T’Bird et une Rolls Royce décapotée. Sous le porche il y a un type en bermuda qui s’avance vers moi entre les deux voitures. Je le reconnais tout de suite, c’est Peter Lawford, l’acteur. Je ne suis pas surpris, tout le monde sait que c’est un ami intime de Marilyn. Je me présente. Lawford a l’air bouleversé.  Dans le désordre, il me dit que Marilyn est dans sa chambre, qu’elle est morte, sur son lit, que c’est la nurse qui l’a appelé, qu’il est venu tout de suite, que c’est terrible, qu’il a cassé un carreau pour entrer dans la chambre, qu’elle a fait une overdose, qu’elle est morte, qu’il a appelé le médecin de Marilyn, que la nurse a appelé la police, que c’est bien d’être venu si vite, qu’elle est morte… Je finis par l’interrompre et lui demander de m’accompagner à l’intérieur. Nous passons entre les deux voitures pour entrer dans la maison l’un derrière l’autre. Il me guide jusqu’à la chambre. Je lui demande de me laisser seul faire mon travail. Je referme la porte à clé derrière moi et je sors mon carnet de notes. La pièce est faiblement éclairée par une lampe de chevet et par le plafonnier d’un dressing-room resté ouvert.
Marilyn est là, en peignoir, étendue sur le lit, morte. Elle est couchée sur le côté droit, encore tiède. Son bras gauche repose sur sa hanche. Son bras droit Continuer la lecture de Mémoires d’un flic de la Cité des Anges

Le doigt de Dieu

Avec « Le ciel est par dessus le toit », « Le doigt de Dieu » est le seul poème que je puisse vous réciter encore aujourd’hui, comme ça, sans révision aucune, d’un seul trait. 

Je me souviens qu’avec la complainte de Verlaine, je m’étais taillé un certain succès. Ce devait être en classe de seconde C et, à la demande de notre professeur de Français, je m’étais porté volontaire  pour réciter le poème devant la classe. Dans mon groupe de camarades, se porter volontaire était une chose rarement bien vue qui suscitait plutôt murmures désapprobateurs et lazzis que soupirs d’aise et encouragements amicaux. Mais j’aimais ce poème — je l’aime toujours — et je voulais le faire aimer des petites brutes avec et contre lesquels je jouais à la balle au mur tous les jours de la semaine et au Monopoly tous les jeudi après-midi. Je l’appris avec soin et le délivrai Continuer la lecture de Le doigt de Dieu

Souvenirs, souvenirs… 

Il y a quelques jours, j’ai publié un article intitulé « Journal intime » suivi d’une date, le 3 décembre 2012. Pendant quelques semaines, de manière espacée et pour un temps limité, je continuerai à publier des articles portant ce titre suivi d’une autre date. Mais pourquoi donc, se demande-t-on à voix basse sous la feuillée ? À voix basse sous la feuillée, on se demande
Pourquoi publier un journal intime ?
Et aussi, pourquoi écrire un journal intime ?
Et surtout, qu’est-ce qu’un journal intime ?
Mais d’abord, pourquoi cette question ?

Eh bien voilà : 

Pendant quelques années, plus précisément de 2005 à 2013, j’ai tenu un journal intime. Oui, j’ai eu cette faiblesse. Pourtant, avant que cela n’arrive, combien de fois m’étais-je moqué de cette préciosité de jeune fille de pensionnat ?  Confier à un cahier à spirale ses états d’âme, ses joies, ses espoirs et ses déceptions, ça n’est pas très viril-viril me direz—vous, ni même très intéressant, non ? À quoi je vous répondrai que, pour dire ça,  c’est que vous n’avez pas lu le journal intime de Paul Morand, ni celui Continuer la lecture de Souvenirs, souvenirs…