Archives de catégorie : Récit

Le Liban ?

Le Liban ? J’ai connu aussi. Bien connu. Mieux que l’Iran en tout cas. 

D’ailleurs, c’était avant l’Iran, en 1969/70, deux ans après la Guerre des six jours, la guerre de Lundi-Jeudi comme disaient les Libanais (Lundi-Mardi, disaient les plus sévères). 

Le Liban était tranquille à l’époque. Il n’était pas entré en guerre au côté des autres, Egypte, Syrie, Irak et Jordanie. Au contraire de ceux-là, il n’avait subi ni dommage ni vexation. La vie battait son plein, le port, le commerce, le casino, les banques… Une seule chose ne marchait pas et c’était le tourisme, le tourisme occidental. Du fait de la guerre, les touristes européens et américains avaient déserté toute la région, y compris le Liban. 

A l’époque, et bien que les recensements y aient été  interdits depuis longtemps, on savait que le Liban comptait trois millions d’habitants, la moitié d’entre eux vivant à Beyrouth et ses Continuer la lecture de Le Liban ?

Sur la route

Quand soixante ans ont passé, que reste-t-il de quatre mille kilomètres parcourus en quatre jours à travers les États-Unis dans une vieille Cadillac rose ?

(…) Je me rends compte que de ce voyage avec Julius, je n’ai gardé que peu de souvenirs précis et je me demande aujourd’hui ce qui m’est resté de ces milliers de miles parcourus et de cette douzaine d’États traversés. Quelques images, peut-être… Images de déserts, gris dans la lumière des phares, roses dans celle de l’aurore ; d’ennuyeuses plaines, mollement onduleuses et couvertes d’herbes basses jaunies sous le soleil, ou désespérément plates et quadrillées de forêts de maïs ; des stations-services bigarrées, désertes, comme abandonnées, ou affairées comme des ruches ; des motels, des bars, des restaurants de bord de route disparaissant dans le rétroviseur ; d’immenses supermarchés glacés et de gigantesques parkings au bitume tremblant de fièvre ; un contrôle policé de la Highway Patrol ; des bourgs endormis aux enseignes inutiles, des banlieues frémissantes aux premières heures du matin, des villes apoplectiques sous la chaleur de midi ; un interminable nuage de hannetons traversé à grand bruit ; des stoppeurs par dizaines, abandonnés à leur sort ; un camion en flammes, la nuit, sur le pont d’Omaha ; la ligne crénelée de l’horizon à l’approche de Chicago ; un réveil cotonneux face au Continuer la lecture de Sur la route

Journal intime – 28 mars 2013

Brasserie  Le Select

Depuis une semaine environ, j’écris des petits textes. Ce qui explique pourquoi je n’écris pratiquement plus rien dans ce journal intime. Cette écriture est pour moi une occasion de retrouver les anecdotes et, pourquoi pas , plus tard, peut-être plus de mon passé. 

Je m’aperçois que ce n’est pas un grand effort. Ma première histoire a consisté à raconter cette nuit de Banda Aceh. Je m’efforce de ne rien inventer ni rien enjoliver, mais je suis bien obligé de combler mes trous de mémoire.
Le résultat de cette première histoire n’étant pas déplaisant, je recherche quelles anecdotes pourraient justifier d’autres écritures et je dresse petit à petit une liste de titres possibles.
J’ai déjà écrit « Réplique » et « Les chiens de Téhéran ». « J’aime la chasse » est en cours, mais c’est plus long que prévu. Je viens d’écrire la dessus pendant plus d’une heure, assis à une table du Sélect, où je viens de déjeuner, devant un demi de Pilsner. Avec l’aide de la bière et de l’ambiance, ça avance pas mal.

Ah ! J’oubliais ! Tout à l’heure dans le métro. Je suis debout entre Italie et Vavin. Un siège se libère à côté de moi. Avant de prendre le siège vacant, une femme d’une quarantaine d’années me demande si je veux m’asseoir… Salope !

Au joli temps du Shah

Octobre 1973. Je suis en mission en Iran pour un mois. Je dois effectuer une étude préliminaire pour le métro de Téhéran. La guerre dite du Kippour entre Israel et les pays arabes a commencé le 6 ; elle durera jusqu’au 25. A Téhéran, où règne le shah, tout est calme. Il est une heure du matin et je rentre à pied à mon hôtel.
(Le récit de cette promenade a déjà été diffusé sous le titre « Les chiens de Téhéran ».)

C’est la mi-octobre et la guerre du Kippour vient de commencer. L’Iran de Reza Chah Pahlavi n’est pas engagé dans le conflit, mais, en tant que pays musulman et pour sa propre paix intérieure, il a choisi son camp et fait semblant d’encourager quelques manifestations anti-israéliennes dans Téhéran.
Il doit être une heure du matin. Il fait bon dans les quartiers nord de la ville. A cette heure, tout y est largement éclairé, calme et même désert.
Je viens de passer la soirée avec une jolie jeune femme. Elle est la secrétaire d’un membre de la famille impériale, iranienne par son père, blonde par sa mère, russe. Nous avons diné dans ce restaurant, russe également, Chez Léon, et continué la soirée dans la boite de nuit du Hilton. Je ressors les balais d’essuie-glace du coffre de sa petite voiture, une Pekan, et je la reconduis chez elle. Je suis content de ma soirée et ma douce euphorie me pousse à rentrer à pied jusqu’à mon hôtel : peut-être une demi-heure de marche selon un itinéraire qui sera facile dans cette partie moderne de la ville.
Je marche le long d’une large avenue où passent de temps en temps une voiture de la police ou de la SAVAK. Elles ralentissent pour m’observer puis reprennent leur croisière en faisant ronfler leur huit cylindres.
En regardant s’éloigner Continuer la lecture de Au joli temps du Shah

L’Iran, connais pas ! 

J’y suis allé, moi, en Iran. Ça m’a même permis d’écrire les impressions nocturnes d’un étranger dans les rues de la capitale de l’Iran. Je les publierai demain ici-même. Donc, l’Iran, j’y suis allé. Mais en fait, l’Iran, je connais pas ! 

L’Iran, connais pas !

L’Iran, je n’y ai passé qu’un mois, et c’était il y a une cinquantaine d’années. Alors, vous pensez, l’Iran, je ne peux pas dire que je connais.

En plus, c’était du temps du Shah ! Depuis, il est parti, le Shah. Alors, l’Iran il a changé, surement. Aujourd’hui, il me serait difficile de dire que je connais. 

Et, quand j’y étais, ce que j’avais vu de l’Iran, c’était surtout Téhéran. J’avais bien fait un petit tour en avion jusqu’à Isfahan et en voiture jusqu’au Continuer la lecture de L’Iran, connais pas ! 

Journal intime – Mardi 11 mars 2013

Café Le Comptoir, rue Soufflot, en haut à droite

Je me retrouve a nouveau dans ma position favorite de consommateur dans un cafe d’étudiants, déjà décrite dans des épisodes précédents. Je n’y reviens pas. Comme d’habitude, je suis venu la à la recherche de l’inspiration. La voilà.

Seule a une table devant moi, une grande fille, assez belle dans son allure, est assise de profil, face à son ordinateur Asus de couleur rouge. Entre elle et le PC, un gros livre est ouvert, qu’elle consulte entre deux sessions de frappe. Elle est concentrée. Derrière elle, la neige continue de tomber, moins épaisse que tout à l’heure. Plus je la regarde, et plus Continuer la lecture de Journal intime – Mardi 11 mars 2013

Journal intime – 9 Mars 2013

Café le Bac Saint Michel

Me voici à nouveau dans ma position favorite de consommateur assis en salle d’un café du coin, devant mon clavier et un demi de 1664. Serai-je plus inspiré que tout à l’heure dans le Luxembourg avec mon appareil photo ?
Contrairement au jardin, rempli d’une foule qui hésite encore entre le manteau d’hiver et le blouson de demie saison, la salle du café-tabac est vide, mis à part les fumeurs à court de cigarettes et qui font la queue au guichet. La terrasse, Continuer la lecture de Journal intime – 9 Mars 2013

Autobus 84

Je n’irai pas jusqu’à dire que je connais tous les chauffeurs du 84 par leur prénom, mais je le prends tellement souvent qu’il m’arrive de ne plus faire attention aux paysages traversés. C’est ainsi que lundi, alors que mon autobus roulait à vive allure et sans à-coups, j’étais plongé dans les informations lapidaires que me distribue mon iPhone sans jamais se lasser. J’avais, comme c’est devenu fréquent, perdu la notion du temps et de l’espace ; autrement dit, je ne savais plus ni quand ni où j’étais et je m’en fichais totalement, pour la bonne raison que mon arrêt est aussi le terminus de la ligne. Aucun souci, donc ! Ça roule ! Mais, tout à coup, une zone verte, subliminale et tremblante apparut au delà de mon écran à la limite extrême-droite de mon champ visuel. Je levai les yeux, tournai la tête et aperçu à travers une vitre sale un merveilleux spectacle. Des arbres, des pelouses, des fontaines, des enfants et des coureurs bariolés défilaient de gauche à droite. À peine eus-je le temps de me dire « où suis-je ?» que je réalisai que c’était à bord du 84, qu’il remontait la rue de Médicis et que, la vitesse ayant la propriété d’effacer les grilles, elle me permettait de bénéficier d’un merveilleux travelling que Claude Lellouch filmant le Luxembourg n’y aurait pas renié.

Allez-y, courez-y, réservez vos places assises sur IDF mobilités, car c’est un spectacle rare. Prenez l’autobus 84 entre Sénat et Luxembourg pour en profiter pendant qu’il en est encore temps. Car c’est un spectacle éphémère que celui-ci, bonnes gens. D’ici peu, il disparaîtra ; comme à chaque nouvelle saison, il nous sera gâché par  l’affichage coutumier des immenses chromos, souvent de mauvais goût, parfois grotesques, toujours convenus, que le Sénat nous impose.

Cette nouvelle diatribe de vieux con m’amène tout naturellement à la prolonger avec une autre chose qui me tient tout autant à cœur mais que pourtant je n’ai jamais abordée. Il s’agit de l’abusive occupation des lieux, espaces, jardins, places et autres monuments publics par de fallacieuses animations, événements municipaux ou privés, commémoratifs ou festifs, culturels ou sportifs. Je ne parle pas ici des rassemblements de prétexte politique ou syndical qui, pour disgracieux, bruyants et inutiles qu’ils soient, sont l’inévitable revers de la médaille démocratique que nous nous flattons encore de pouvoir faire reluire chaque fois que l’envie en prend LFI ou la CGT. Non, je parle ici par exemple de la privatisation de la cour carrée du Louvre pour la Fachonne Ouique, de la colonisation d’une partie des Tuileries pour le Salon des Brocanteurs, de l’occupation du parvis de l’Hotel des Invalides pour la présentation des dernières créations combinées de Dior-Adidas, du lotissement des Jardins des Champs Élysées avec boutiques en contreplaqué pour bêtises de Cambrai, savons de Marseille et ceintures de chasteté. 

J’admets la réservation de la Place de la Concorde et des avenues y afférentes pour la célébration du 14 juillet, mais c’est mon ultime concession. 

Pour le reste, il existe des salles spécialisées, des hangars inoccupés, des banlieues délaissées et des terrains vagues et éloignés qui conviendraient parfaitement. Qu’on arrête de transformer Paris en attraction foraine permanente pour touristes moutonniers, en galerie marchande pour acheteurs compulsifs et en espace néoclassique culturel et éphémère pour visiteurs hystériques. 

Et qu’on foute enfin la paix aux Parisiens et à leurs calmes visiteurs. Qu’on les laisse admirer les perspectives royales et impériales et découvrir les petits coins tranquilles et charmants en vrai plutôt que sur Internet. 

Et surtout, surtout, qu’on me rende mes dix-neuf ans.

Journal intime – 4/03/2013 

Hôpital St Jouis, Chambre 3128.
Ça y est.Je suis installé dans cette chambre depuis une heure.C’est une belle chambre, à peu près triangulaire.Dans l’un des angles, deux fenêtres donnent sur l’entrée de l’hôpital, avec ses immeubles du début du siècle dernier, le vingtième, et sur les toits d’ardoise des vieux bâtiments de l’hôpital. Ceux-là doivent dater du dix-septième, seulement, comme disait Dufhilo. La vue est dégagée et le soleil brille.

Mon admission s’est déroulée comme l’arrivée dans un hôtel de bonne catégorie.

Des infirmières sont passées, en nombre, l’une après l’autre, pour me Continuer la lecture de Journal intime – 4/03/2013 

Mélange des genres

Le texte ci-dessous est un extrait de Go West !, récit des aventures, petites et grandes, vécues au cours de l’été 62 par un autostoppeur français aux États Unis. A cette époque, le narrateur n’a pas encore vingt ans. Son périple est jalonné de rencontres féminines plus ou moins réussies. A Barstow, une femme l’accueille dans sa baignoire. Ce qui vient de s’y passer lui inspire quelques réflexions. 

(…) Nous nous étions mélangés sans paroles ni tendresse, mais dans une sorte de calme naturel, confiant, déterminé et, somme toute, plutôt gai. Tout cela était à mille lieues des approches hésitantes, prudentes, souvent habillées d’un romantisme affecté, que je pratiquais quand les choses pouvaient devenir sérieuses avec une gentille de passage. Comme elle le ferait souvent par la suite et, à y réfléchir, comme toutes celles que j’avais rencontrées depuis le début de ce voyage, Nancy avait pris toutes les initiatives. Et à présent, elle était assise, certes à demi nue, mais aussi impassible que Continuer la lecture de Mélange des genres