Tous les articles par Philippe

Mais que faut-il lire en cette rentrée ? (3)

Ce qu’il faut lire ? Mais je vais vous le dire, moi… quoique ce ne soit pas toujours facile quand il faut faire une sélection, car on ne peut pas tout lire, pas vrai ? Que lire, donc ? Du Coutheillas, bien sûr, oui, mais lequel ? 

— le Coutheillas de « Bonjour, Philippines!« , l’explorateur de civilisations aussi lointaines qu’antiques, le fin observateur de coutumes étranges, ancestrales et barbares, l’envoyé spécial sur le terrain des révoltes de clocher et des révolutions de palais ? 

— le Coutheillas d’ »Histoire de Noël« , le passeur de contes fantastiques ou terrifiants, ou les deux à la fois, le chroniqueur des campagnes glauques et des tours jumelles, l’arpenteur des chemins creux qui ne vont nulle part et des tunnels routiers qui vont vers la liberté, le conteur des cantous enfumés et des palais byzantins, l’exorciste de permanence, le témoin de la fin du monde ? 

— le Coutheillas boulevardier, celui de « La Mitro » avec ses trépidantes histoires de cocus, ses portes qui claquent et ses situations explosives, ses trafics de sucre en poudre, ses flics dépassés et ses jours pas faits comme les autres ? 

— le Coutheillas journaliste enquêteur des « Disparus de la Rue de Rennes« , le whistle blower des scandales municipaux, le Savonarole des Continuer la lecture de Mais que faut-il lire en cette rentrée ? (3) →

Les portraits de Proust : le verbeux hypocrite

(…)

— Ah! est-ce que vous connaissez quelqu’un à Balbec? dit mon père. Justement ce petit-là doit y aller passer deux mois avec sa grand’mère et peut-être avec ma femme.

Legrandin pris au dépourvu par cette question à un moment où ses yeux étaient fixés sur mon père, ne put les détourner, mais les attachant de seconde en seconde avec plus d’intensité — et tout en souriant tristement — sur les yeux de son interlocuteur, avec un air d’amitié et de franchise et de ne pas craindre de le regarder en face, il sembla lui avoir traversé la figure comme si elle fût devenue transparente, et voir en ce moment bien au delà derrière elle un nuage vivement coloré qui lui créait un alibi mental et qui lui permettrait d’établir qu’au moment où on lui avait demandé s’il connaissait quelqu’un à Balbec, il pensait à autre chose et n’avait pas entendu la question. Habituellement de tels regards font dire à l’interlocuteur : «A quoi pensez-vous donc?» Mais mon père curieux, irrité et cruel, reprit :

— Est-ce que vous avez des amis de ce côté-là, que vous connaissez si bien Balbec ?

Dans un dernier effort désespéré, le regard souriant de Legrandin atteignit son maximum de tendresse, de vague, de sincérité et de distraction, mais, pensant sans doute qu’il n’y avait plus qu’à répondre, il nous dit : Continuer la lecture de Les portraits de Proust : le verbeux hypocrite →

Trois cafés (19)

(…) A première vue, Cottard m’apparait comme un être plutôt étroit, mesquin et probablement malveillant. Quand à Dumoulot, qu’il ait ou non une particule, cela ne change rien pour moi : je le vois plutôt comme un gentil imbécile. Mais vous, Ratinet, vous, vous êtes différent. Je sens confusément qu’il y a quelqu’un derrière cet aspect un peu bourru, quelqu’un d’intéressant, quelqu’un de valeur, quelqu’un que j’aimerais connaître mieux. Voilà pourquoi, d’instinct, je vous ai vouvoyé. Allez, Ratinet, parlez-moi de vous ! Dites-moi qui vous êtes vraiment.

Si je m’attendais à un truc pareil ! Quelqu’un qui vous demande qui vous êtes , comme ça, d’un coup, sans prévenir, ça vous est déjà arrivé, à vous ? À moi, jamais. C’était la première fois. Quand vous comprenez que ce que le gars vous demande, c’est pas votre nom et votre adresse, ni si vous seriez pas par hasard le cousin à son beau-frère, ça vous fout un coup. Vous savez plus quoi dire. Moi, en tout cas je savais pas quoi dire. C’est vrai qu’il avait du jugement, le bonhomme. Il les avait drôlement bien cadrés, les Pieds Nickelés. Mais ce qui me perturbait le plus, c’était qu’avec le peu que je lui avais dit hier, il avait bien senti que j’étais pas comme eux, que j’étais différent… en mieux… au-dessus du lot, quoi !

Trois-cafés me regardait intensément, les sourcils levés, Continuer la lecture de Trois cafés (19) →

Les portraits de Proust : l’imbécile

(…) Le docteur Cottard ne savait jamais d’une façon certaine de quel ton il devait répondre à quelqu’un, si son interlocuteur voulait rire ou était sérieux. Et à tout hasard il ajoutait à toutes ses expressions de physionomie l’offre d’un sourire conditionnel et provisoire dont la finesse expectante le disculperait du reproche de naïveté, si le propos qu’on lui avait tenu se trouvait avoir été facétieux. Mais comme pour faire face à l’hypothèse opposée il n’osait pas laisser ce sourire s’affirmer nettement sur son visage, on y voyait flotter perpétuellement une incertitude où se lisait la question qu’il n’osait pas poser : «Dites-vous cela pour de bon?» Il n’était pas plus assuré de la façon dont il devait se comporter dans la rue, et même en général dans la vie, que dans un salon, et on le voyait opposer aux passants, aux voitures, aux événements un malicieux sourire qui ôtait d’avance à son attitude toute impropriété puisqu’il prouvait, si elle n’était pas de mise, qu’il le savait bien et que s’il avait adopté celle-là, c’était par plaisanterie.

 À la Recherche du temps perdu
Du côté de chez Swann
Marcel Proust

ET DEMAIN :
Mais que faut-il lire en cette rentrée ? (3)

Trois cafés (18)

(…) Trois-cafés resserra son bandana, rajusta un bouton de sa veste, traversa la salle du bistrot en trois enjambées et ouvrit grand la porte. Dehors, la tempête s’était calmée sans que nous nous en soyons aperçus. Il faisait gris mais il ne pleuvait plus. Mais, au moment où la silhouette en Prince de Galles s’est dessinée dans l’encadrement de la porte, un grand éclat de soleil a illuminé la rue, traversé la vitrine du café, projetant l’ombre immense de notre visiteur sur le parquet illuminé.
Là, j’ai quand même trouvé qu’il en faisait beaucoup, Trois-cafés…

Une fois Trois-cafés parti, on s’est retrouvés à nous regarder en chiens de faïence, comme des cons, surtout après que Cottard nous ait rejoint après son déjeuner à la cantine. Pour le mettre à niveau, Madame Françoise lui a raconté en détail tout ce qu’il avait manqué. Quand elle en est arrivée à l’histoire de la Commission des Particules et Machins-Trucs, j’ai bien cru voir dans le regard de Cottard comme l’ombre d’un doute, ou alors peut-être comme une trace d’ironie ou encore comme une étincelle d’amusement. En fait, Cottard, il était comme moi : il savait pas trop à quoi s’en tenir. On se disait qu’on verrait bien demain… si jamais il revenait, Trois-cafés !

Eh ben, il est revenu. Quand il a poussé la porte du bistrot il était pas Continuer la lecture de Trois cafés (18) →

Sans commentaire…

Les Femmes savantes
de Molière

Acte III – Scène III

VADIUS

Le défaut des auteurs dans leurs productions,
C’est d’en tyranniser les conversations ;
D’être au Palais, au Cours, aux Ruelles, aux Tables,
De leurs vers fatigants lecteurs infatigables.
Pour moi, je ne vois rien de plus sot à mon sens,
Qu’un auteur qui partout va gueuser des encens ;
Qui des premiers-venus saisissant les oreilles,
En fait le plus souvent les martyrs de ses veilles.
On ne m’a jamais vu ce fol entêtement,
Et d’un Grec là-dessus je suis le sentiment,
Qui, par un dogme exprès défend à tous ses sages
L’indigne empressement de lire leurs ouvrages.
(…)

ET DEMAIN : TROIS CAFÉS (18)

Trois cafés (17)

(…) C’est pas que je me foutais complètement de Dumoulot, parce que perdre un château, c’est quand même pas pareil que perdre un parapluie, mais un peu quand même, parce que Dumoulot, avec ses histoires de combines foireuses pour revendre des tickets de métro portugais ou des sardines périmés, ou l’inverse, il en avait l’habitude, des déceptions ! C’était pas la première fois que je l’entendais dire « — Alors, c’est foutu ! ».
Pourtant, c’est à ce moment que Trois-cafés a relancé la partie en disant :
— Mais pas du tout ! Pourquoi cela serait-il « foutu », comme tu dis ?

— Ben si, c’est foutu, quoi ! Je travaille au métro, alors pensez !

— Mais non, mais non. Je connais des gens qui feraient ça pour rien ou presque.

— Ah ouais ? Combien ? Mille par mois ? Cinq cents ? Allez ! Même ça je pourrais pas ! Je vous l’ait dit, non ? Je travaille au métro…

— Bon, Gérard. Écoute-moi. Je ne voulais pas te le dire tout de suite, parce que ce n’est pas absolument certain, mais voilà : pour une question d’honneur qu’il ne m’appartient pas de révéler, Robert ne peut pas me refuser grand-chose. Alors si je lui demandais comme un service de s’occuper de ton cas, je suis persuadé qu’il le ferait.

— Robert ? Et qui c’est ce Robert ?

— Qui c’est ce Robert, s’agaça Trois-cafés en imitant Dumoulot. Qui c’est ce Robert ? Mais Robert Bompar de Colmont, voyons ! Le Grand Chancelier ! Il faudrait suivre, mon petit Gérard, sans ça on n’y arrivera pas. Bon ! Je résume : Robert et moi avons fait nos années d’études supérieures ensemble à la Fac d’à côté. Il est devenu Grand Chancelier et il m’est redevable. Or, et c’est là que ça devient intéressant… Tu me suis toujours, Gérard ? ll vient de créer à la Chancellerie la Commission de Recherche et de Vérification des Particules et Titres Nobiliaires. La COREVÉPATINO, autrement dit le Comité des Particules, est constituée de Continuer la lecture de Trois cafés (17) →