Tous les articles par Philippe

Théorie mathématique de la bêtise

Merci à Claude de m’avoir rappelé ce brillant article du 1er mars 2017, plus que jamais d’actualité.

Georges Brassens a dit que le temps ne faisait rien à l’affaire et que quand on était con, on était con. Mais, sauf le respect que je dois au bonhomme et l’affection que je lui porte, je dois dire que Brassens se trompait car, en matière de connerie, le temps est un facteur important. Non pas que le con devienne plus con avec l’âge, mais le con d’aujourd’hui l’est davantage que le con d’hier. En effet, récemment, grâce au progrès, la connerie a avancé à pas de géant. Rappelons-nous que le Web est devenu d’usage public à partir des années 90 et que Facebook a été créée en 2004. L’ami Georges, mort en 1981, bien trop tôt, ne pouvait bien sûr pas tenir compte de ces extraordinaires facteurs de progrès.
Voyons ce que Milan Kundera Continuer la lecture de Théorie mathématique de la bêtise

Sacrée soirée (7)

7

Je me tourne vers Charles et, tout en le saluant de mon verre levé :

— Ah ça ! Bravo ! Vous l’avez bien mouché, le prétentieux !

— Moi ? Mais, pas du tout, voyons ! Qu’est-ce que vous allez chercher là ? me lance-t-il d’un ton hautain en me tournant le dos pour rejoindre le groupe du canapé.

Je reviens à ma contemplation des arbres de la place des Vosges. J’entends Renée qui renouvelle sa question : « Est-ce que quelqu’un a écouté le Président ? » Il semble que non : personne ne l’a écouté.

— J’aurais bien voulu, dit Charles, mais j’étais dans mon Uber avec de la musique techno à fond. Le chauffeur avait une tellement sale tête que je n’ai pas osé lui demander de passer sur France Inter. Vraiment…Uber ! Il y a du relâchement !

Et voilà Anne qui s’y met :

— Moi aussi, j’aurais bien voulu écouter, se plaint-elle. Ça peut être grave, quand même, ce qui se passe. Mais Gérald s’est lancé dans une interminable démonstration mathématique. Du coup, on n’a rien entendu. Et vous, François, vous avez écouté ?

— Moi, je m’en fous, répond-il.

Et il ajoute : « Complètement ! » C’est qu’il serait presque grossier, le Longchamp. C’est ça, le problème avec les acteurs : ils sont reçus dans le meilleur monde mais ils n’ont aucune éducation. Ce n’est pas entièrement de leur faute, il est vrai… ascension trop rapide ! Mais quand même ! Pourtant, loin d’être choquée, Anne lui adresse un sourire enjôleur.

— Oui, c’est vrai que vous ne risquez rien… vous encore êtes jeune, vous, dit-elle en insistant sur le dernier vous.

Mais elle en est pour ses frais : au lieu de la réplique galante qu’elle attendait, l’acteur dit froidement :

— Exact !

Ah, le goujat !

On sonne à nouveau. Renée pose sa coupe et se lève. Pour une fois, elle n’expliquera pas pourquoi c’est elle et non la bonne qui va ouvrir la porte. Dehors, il commence à pleuvoir. La Place des Vosges est déserte. C’est étrange, il est à peine neuf heures.

— … grave. Une petite demi-heure, c’est tout à fait pardonnable ! D’ailleurs, vous êtes tout pardonné ! Ah ! Ah ! D’autant plus que vous n’êtes pas le dernier. Non, non. Il nous manque encore un convive… enfin une convive… enfin, vous verrez bien.

C’est Renée qui revient au salon entrainant par la main un grand dadais au visage un peu mou. Avec sa coiffure floue, son jean trop large et sa veste en tweed, il fait plutôt démodé. Je trouve surtout qu’il dénote pas mal dans ce salon. Il aurait pu faire un effort pour s’habiller correctement. Peut-être pas comme l’autre zazou, mais quand même.

A SUIVRE

Bientôt publié
5 Sep, 07:47 Théorie mathématique de la bêtise
5 Sep, 16:47 Brèves de mon comptoir (3)
6 Sep, 07:47 Bons numéros (8)

Une journée à la campagne

Marie Clémentine Rispal était née en 1893. Mariée à Louis Rieuf, elle avait eu trois enfants : Maho, Paul, et Line. Line était la maman de Sophie.
Cette “Journée à la campagne” s’est passée aux environs de 1900, dans la ferme de l’oncle de Marie Clémentine à Carlat dans le Cantal.
 C’est elle qui raconte (déjà publié les 27 et 28 février 2015)

img522Au petit jour, la voiture fraichement lavée nous attend devant la porte. Bichette, la fringante jument, piaffe déjà d’impatience de retrouver Continuer la lecture de Une journée à la campagne

Rendez-vous à cinq heures : Louis Pasteur

La page de 16h47 est ouverte…

Louis Pasteur

Cela fait déjà quelques mois que, grâce au JdC, vous avez pu ré-écouter quelques délires de Jean Yanne extraits des enregistrements de l’émission « Les Grosses Têtes » qui, autrefois, faisait souvent la joie des automobilistes rentrant au foyer conjugal après une dure journée de labeur ou un long déjeuner d’affaires. Entendre ce qu’est devenu cette émission après la disparition de Jean Yanne et de son acolyte favori,  Jacques Martin, est un  crève-coeur. 

Réécouter Yanne et Martin se renvoyer la balle est un plaisir nostalgique. 

Aujourd’hui, c’est sur Louis Pasteur que Yanne nous donne son avis : Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : Louis Pasteur

Brèves de mon comptoir (1)

Ceci est la première d’une une nouvelle série de rubriques qui trouvera sa place de temps en temps dans l’après-midi entre deux Nouvelles du front, Rendez-vous à cinq heures, ou Dernière heure. 

Dans cette rubrique, vous trouverez brièvement de mes nouvelles. Brèves les nouvelles, parce que je manque de temps. Entre l’expédition du Cujas aux éditeurs, les corrections de Sacrée soirée, la reprise d’un drame social en Limousin, l’ébauche d’un plagiat de Raymond Chandler et les opérations de procrastination sur le Mécanisme d’Anticythère, j’ai réalisé que je n’avais plus le temps d’écrire aisément des Critiques aisées et bien pesées, ni des Rendez-vous à cinq heures pleins de charme, et encore moins des TAVUSSA assassins. De plus, avec tout ce que vous avez à faire, je présume que vous n’avez plus le temps de les lire non plus.

Donc voici la première rubrique de la série qui s’ouvre aujourd’hui : 

1/09 – ça va, merci. 

1/09 – ce matin, 3ème vaccination Pfizer sur le parvis de l’Hotel de Ville. Trente minutes en tout, y compris l’attente de sécurité de 15 minutes. 

30/08 – Vu Drive my car, sur le conseil du Masque de la Plume. Plutôt lente, la bagnole. Me suis beaucoup ennuyé. Ma moitié, non.

30/08 – Pour me remettre, hier soir, revu Danse avec les loups. Les belles images et l’humanisme de ce film font du bien, bien que l’happy-ending soit peu vraisemblable.

29/08 – revu Youth de Sorrentino. Pas mal remué par cette deuxième vision. Si la beauté de la dernière séquence, celle du concert, ne vous fait pas pleurer d’émotion, je crains que vous ne soyez irrécupérable. 

19/08 – vu BAC NORD. Excellent et terrifiant. Si la réalité n’est que la moitié de ce que montre ce film, c’est déjà foutu. 

Je n’ai plus le temps de vous parler de Downton Abbey. C’est dommage.

That’s all, folks. 

Sacrée soirée ! (6)

6

Arrivant de l’entrée, Renée apparait à nouveau dans le salon. Elle est suivie d’une sorte de bellâtre. Un peu plus grand que moi, plus mince aussi, assez large d’épaules, on devine tout de suite le type qui passe deux heures par jour à faire des abdos. Cheveux blonds tombant sur les épaules, barbe de trois jours, yeux bleus, visage légèrement bronzé, à peine marqué par quelques rides au coin des yeux et de la bouche, il porte un de ces étroits pantalons noirs serrés aux chevilles dont on ne sait pas s’il s’agit d’une tenue de sport ou d’un pyjama, et une veste noire moirée, largement ouverte tant elle est cintrée, sur une chemise d’un blanc éclatant. Juste le truc qu’il faut pour faire ressortir son bronzage, bien sûr ! Mais le plus étonnant, ce sont les chaussures : des tennis, d’énormes tennis blanches recouvertes de signatures de toutes les couleurs. On dirait un plâtre de jambe cassée à Courchevel. Une espèce de zazou, quoi ! Je me demande quelle sorte de manteau il a laissé dans l’entrée. Un truc en plume ou en peau de zèbre, probablement. Qu’est-ce que c’est que ce type ?

C’est alors que, sur un ton triomphal, Renée lève toute ambiguïté :

— Mes amis, laissez-moi vous présenter quelqu’un que je ne connais que depuis quelques jours. Mais vous le connaissez tous, sans doute : François Longchamp, le comédien de tous les succès !

Elle est incroyable cette Renée, quand même ! Elle a dit ça comme si elle était Drucker annonçant Alain Delon sur un plateau de télévision. Pour un peu, il faudrait qu’on applaudisse. Un acteur ! Il ne manquait plus que ça.

— François, voici Marcelle, Anne et Charles, poursuit-elle sur un ton plus raisonnable. Charles est écrivain ; j’aime beaucoup ce qu’il fait. Là-bas, c’est Gérald, le mari d’Anne. Gérald, s’il te plait, sors donc un peu de devant cette fenêtre et viens te mêler aux autres, voyons ! Bien ! Je vous laisse un instant…quelques détails à régler en cuisine. Profitez-en pour faire connaissance. Charles, sers quelque chose à notre vedette de ce soir. Ah ! Mais on n’y voit rien ici !

Cette remarque est arrivée un peu plus tôt que je ne l’avais prévu ; Renée doit être troublée par l’Apollon du Belvédère. Elle se tourne vers moi :

— Tiens, Gérald, rends-toi utile pour une fois. Allume donc quelques lumières. Tu sais où sont les interrupteurs ! Ah ! Ah !

Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle dans le fait que je sache où sont les interrupteurs, mais son exclamation lui permet de quitter le salon en riant. On dirait une sortie de scène de Jacqueline Maillan dans une pièce de Poiret. Tandis que j’illumine la pièce en flottant nonchalamment d’interrupteur en interrupteur, Charles reprend du service, tout heureux de retrouver un peu d’utilité.

— Alors, pour vous, cher François Longchamp, qu’est-ce que ce sera ? Du champagne ? Bien sûr, j’aurais dû m’en douter. Ah ! le champagne sabré dans une loge un soir de première… Ça doit être excitant, non ? dit-il en lui tendant sa coupe.

—  Au théâtre, surement. Mais je n’ai jamais joué au théâtre. Je ne suis qu’un modeste acteur de cinéma, vous savez, minaude le bellâtre.

Prenant François par le coude, l’air songeur, Charles l’entraîne vers les fenêtres. Pour ne plus avoir à entendre les jérémiades d’Anne, je me joins à eux.

— Jamais ? s’étonne-t-il. Pourtant j’aurais cru. Le théâtre… On dit que c’est l’essence même du métier d’acteur. Mais peu importe ce que je crois : je ne vais jamais au théâtre. Au cinéma non plus, d’ailleurs. Mais j’ai entendu parler de vous.

— En bien, j’espère ? quémande le cabotin.

— Absolument… par ma petite fille. Elle a huit ans.

— Huit ans ? Elle est précoce, dites-donc !

— Adeline ? Très précoce. Je crois même qu’elle est amoureuse de vous. Elle vous adore, littéralement.  Pour rien au monde elle ne manquerait votre émission du mercredi sur TF1. Le Cirque Sensationnel… non ! Le Cirque Extraordinaire… c’est ça le Cirque Extraordinaire ! s’exclame Charles, ravi.

—Le Cirque Merveilleux… Vous confondez sans doute avec le Cirque Merveilleux. Mon fils aussi — il a sept ans — adore cette émission. Il serait le roi de sa classe si son père jouait dedans. Mais c’est Franck Sernam, un ami, qui joue le personnage principal, pas moi.

C’est qu’il a l’air vexé, le Brad Pitt de banlieue. La conversation devient intéressante, surtout avec Charles qui insiste :

— Comment ? Le Monsieur Loyal du Cirque Merveilleux, là, ce n’est pas vous ! Vous êtes sûr ? J’aurais bien cru pourtant. Pas vous, Gérard ? Vous ne trouvez pas que Monsieur ferait un Monsieur Loyal formidable ? me demande Charles en désignant l’acteur d’un petit coup de menton.

Je ne daigne pas répondre à cette question toute rhétorique. De son côté, François Longchamp a beau se concentrer sur sa coupe de champagne, je sens bien qu’il est en train de chercher un prétexte pour s’éloigner de cet imbécile qui ne le reconnait pas, lui, la vedette. Mais Charles n’entend pas lâcher le morceau. Il insiste.

—Mais alors, si vous n’êtes pas le Monsieur Loyal de TF1, questionne-t-il en regardant son interlocuteur sous le nez, dans quels films peut-on vous voir en ce moment ?

— Mais enfin, cher Monsieur, pourquoi cette question puisque vous n’allez jamais au cinéma ? Enfin, disons quand même que l’année dernière, deux de mes films sont sortis presque en même temps, Les Disparus de la rue de Rennes, un film d’action et À Brûle-pourpoint, une comédie. Je dois dire qu’ils ont rencontré tous les deux un assez joli succès.

—Ah oui, oui, bien sûr… L’année dernière, c’est cela… Mais cette année, dites-moi… cette année, vous avez fait quelque chose ? demande Charles d’un air soupçonneux.

—Eh bien, cette année, je dois dire que… commence l’acteur, évasif, puis changeant radicalement de ton : Mais, dites-moi, Charles — c’est bien ça ? Charles ? — j’ai comme l’impression que vous êtes en train de vous foutre de ma gueule. Je me trompe ?

Pas si bête, le François Longchamp. Il avait enfin compris.

— Mais pas du tout, mon cher ami, pas du tout, je vous assure. Loin de moi une telle idée ! J’aime trop les acteurs. Je les admire et je les respecte, les acteurs. Le problème c’est qu’avec les acteurs, j’en suis resté à Raimu et à Michel Simon. Alors… Mais peut-être faites-vous de la télévision. Ah ! La télévision, ça, je regarde. Je suis un fou des séries, surtout des séries américaines, les Experts, les Sopranos. Vous n’auriez pas joué dans les Sopranos par hasard ?

Sans répondre, le comédien de tous les succès nous tourne le dos et se dirige vers le canapé pour s’asseoir entre ma femme et Renée qui vient de revenir de l’office.

A SUIVRE

Bientôt publié
Aujourd’hui, 16:47 Brèves de moi
Demain, 07:47 Bayou sur Marne
Demain, 16:47 Rendez-vous à cinq heures : Louis Pasteur
3 Sep, 07:47 Une journée à la campagne
4 Sep, 07:47 Sacrée soirée (7)

Le Cujas, c’est fini. Mais…

Cela fait maintenant une bonne quinzaine que, Le Cujas, c’est fini. Mais …

— si vous n’êtes pas certain de ce que la dernière réplique du roman signifie

— si vous ne vous sentez pas capable d’imaginer vous-même ce qu’il adviendra des personnages

— si la fin vous a laissé sur votre faim,

— si vous en avez assez de lire et le relire Le Cujas pour tenter de deviner le sort futur des personnages

— si vous le voulez bien et 

— si vous le demandez par « commentaire » au JdC, 

alors, vous recevrez gratuitement un épilogue facultatif que vous pourrez adjoindre ou non à votre exemplaire.