Chronique des années passées – 1

Chronique des années quarante

1 – La sucette à la framboise

Pour entrer dans la boutique blanche du 20 boulevard de Port-Royal, il faut monter trois marches en pierre et pousser la porte qui tinte de ses trois petits cylindres suspendus.
Les sucettes Pierrot Gourmand sont plantées dans le crâne du clown en plâtre blanc, comme les  plumes sur la tête d’un chef indien.
Monsieur Martini est tout rose dans sa blouse blanche.
Il relève la tête au-dessus des bocaux rouge, jaune et bleu, mais aussitôt, il se retourne vers ses étagères de toutes les couleurs.
Il sait qu’avec ce client-là, il ne faudra pas poser de question, ni même lui parler.
Il sait qu’avec ce client-là, ce sera toujours une sucette à la framboise.
Mais il vaut mieux faire semblant de ne pas le savoir.
Il vaut mieux faire semblant de ne pas le voir.
Il faut attendre. Il attend.
On a tiré sur le bas de sa blouse blanche, deux fois.
Il se retourne et s’étonne : « Ah ! C’est toi ! Tu sais que tu m’as fait peur ? »
Le client rit : « Mais, c’est moi, Monsieur Martini !  »
-Et aujourd’hui, ce sera ?
-Une sucette, s’il vous plait, Monsieur Martini. A la framboise. Celle-là !
Monsieur Martini retire la sucette du crâne de Pierrot.
-C’est dix francs.
Le client donne sa pièce et sort.
Comme chaque jour, le chef indien a perdu une plume.
Violette.

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