La meilleure version de moi-même – Critique aisée n°236

temps de lecture : 3 minutes 

Critique aisée n°236

 La meilleure version de moi-même
Série en 9 épisodes de 28 minutes
Canal+Séries

Gonflée, Blanche !

Ceci n’est pas une critique aisée, ou alors si, mais toute petite alors, juste pour vous donner envie de faire ce que je viens de faire : la tester, la détester et peut-être, ensuite, l’aimer, en tout cas l’admirer.

Pourquoi ? Parce qu’elle est gonflée, Blanche !

C’est une série créée, écrite, réalisée et interprétée par Blanche Gardin.

J’aime beaucoup Blanche Gardin, je veux dire ses spectacles en solitaire, ses petites déclarations en interview, ses présentations de soirées mondaines de la bourgeoisie du show-biz. Avec ses airs de jeune femme bien élevée, son impeccable diction, sa syntaxe parfaite, son vocabulaire académique et sa quasi immobilité sur scène, elle nous fait part de ses problèmes psychologiques et de ceux de notre société dans un langage correct et articulé, jusqu’à ce qu’explose de manière totalement inattendue une énorme crudité. Je l’ai dit l’autre jour ici : pour moi, Blanche Gardin, c’est Pierre Desproges en hard.

Alors, pensez ! Quand j’ai vu sur mon écran cette image de Blanche en nymphe mélancolique, allongée sur la lunette d’un siège de WC et se mirant dans son contenu invisible, j’ai foncé sur le premier épisode.
Ensuite, entre surprise et déception, je me suis un peu forcé à regarder le deuxième épisode à l’issue duquel je me suis dit : “mais où va-t-elle ?” et puis tout de suite après : “mais où qu’elle aille, ce sera sans moi” et j’ai abandonné Blanche là où elle en était, c’est à dire dans la scatologie.

Mais, bientôt, sur l’avis et le conseil de quelqu’un qui m’est proche, j’ai fait un effort, car c’en était un, et j’ai repris la série – j’en suis à la moitié du cinquième épisode – et là, j’ai compris, du moins je le crois, les intentions de B.G. Endossant son propre personnage de stand up comedy, elle lui fait vivre une crise de souffrance physique qui se révèle être psychosomatique. A partir de là, elle se met à consulter spécialistes, coaches et gourous de toute sorte pour tenter de se sortir de cette crise. Au fur et à mesure des consultations et des épisodes, Blanche devient de plus en plus nombriliste, égoïste et, il faut bien le dire, insupportable.

Les échanges avec son naturopathe, son hydropathe, son professeur de yoga, le vendeur d’une machine à faire de l’eau dynamisée sont des archétypes de toutes les âneries faussement généreuses, parfois complotistes, toujours complaisantes que l’on entend partout sur les sujets de la santé, de la pensée positive, du féminisme, enfin toute cette sorte de choses. Ses échanges avec les vrais gens deviennent de plus en plus irréels, elle persistant dans sa pensée circulaire, eux abondant dans son sens pour en tirer profit ou simplement pour avoir la paix.

La série est tournée comme un documentaire sur la vie de Blanche, dans le style cinéma-vérité, caméra à l’épaule et les personnages qu’elle rencontre sont interprétés par des comédiens, mais l’illusion est parfaite tant les comédiens sont naturels. La caricature n’est pas portée par leurs personnages mais par Blanche toute seule, qui devient de plus en plus horripilante. C’est en cela que je dis qu’elle est gonflée, car incarner une telle imbécile aussi odieuse avec tant de naturel pourrait être dangereux pour son image car on ne peut pas exclure qu’une partie de la clientèle de Canal+ ne prenne ça «pour de vrai».

Rien que pour cette audace, ça vaudrait le coup que vous regardiez au moins trois ou quatre épisodes. Après, vous déciderez… Vous resterez peut-être accroché à la série pour boire la cigüe jusqu’à la lie, pour vous rendre compte ou plutôt pour vous confirmer à vous-même ce que vous saviez déjà, que cette époque est vraiment tordue, avec ses charlatans doucereux et ses victimes éblouies par leur propre contemplation. Ou alors, vous aurez envie de pousser la Gardin sous l’autobus et de passer votre iPad au micro-onde.

 

1 réflexion sur « La meilleure version de moi-même – Critique aisée n°236 »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *