AVENTURE EN AFRIQUE (13)

Chantier de Lossa (suite)

Un matin nous avons chargé la pirogue comme à l’habitude avec notre matériel et deux bornes de 80 kg. Au milieu du fleuve, une jointure entre deux planches, étanchées avec de la fibre végétale,  commença à fuir. Malgré nos efforts pour écoper sans relâche, la situation s’aggravait et nous n’arrivions plus à évacuer toute l’eau. Arrivés à grand mal sur la berge de l’ile, nous eûmes juste le temps d’évacuer l’embarcation avec une partie du matériel… et la pirogue sombra avec une borne dans 1,5m d’eau. Le piroguier faisait grise mine. Nous avons travaillé toute la journée en bordure du fleuve. Nous nous interrogions sur notre retour. De plus, il y avait une faune importante et de temps en temps nous dérangions un caïman qui se glissait dans le lit de la rivière, ce qui n’avait rien de rassurant. À la fin de la journée pas de pirogue en vue. Il nous fallait donc envisager à traverser  par nos propres moyens. Nous avons repéré un gué, par lequel les gens du village passaient. Mes gars m’avaient bien conditionné en me disant que les caïmans les connaissaient eux, les noirs, mais que, une peau blanche pouvait être une proie facile ! Je ne savais pas s’il fallait les croire. J’étais inquiet. Par prudence, je commençais à les faire traverser avec le matériel sur la tête. L’un portait la sacoche de mon appareil photo dans laquelle j’avais placé mon portefeuille. Avec le reste de l’équipe, j’envisageais que l’on traverse tous ensemble, moi au milieu pour être protégé de tout éventuel caïman mangeur de blanc ! C’est alors que j’aperçois sur l’autre rive, non loin de la Land Rover, un cheval avec son cavalier : une chance. Je lui fais signe de traverser. Il ne me comprend pas, nous sommes trop loin l’un de l’autre. J’envoie un de mes gars à sa rencontre, j’avais peur qu’il m’échappe. Il me rejoignit sur l’autre rive. Je n’avais plus qu’à traverser avec le cheval. L’animal avançait lentement dans le fleuve. Lorsque je sentis qu’il commençait à nager, je me suis alors allongé de tout mon long sur son dos pour flotter et le soulager. Le cheval a dû comprendre mon aide. J’étais entièrement trempé, mais sain et sauf. Mes gars ont bien rigolé; le cavalier propriétaire du cheval a reçu sa récompense.

Un autre jour, un matin où nous étions sur la berge de l’île en plein travail, j’observai de loin les va-et-vient, sur l’autre rive, d’une Land Rover avec habitacle dont la carrosserie brillait au soleil. Intrigué, pour l’observer de plus près, je pointai mon théodolite dans sa direction. Je pu distinguer qu’elle était dotée d’une plaque diplomatique de l’ambassade de France. Je compris que ce véhicule n’était pas là par hasard. Je me suis rapproché au ras de l’eau. Un homme blanc est descendu du véhicule. Il s’est placé à son tour au ras de l’eau : il avait à me parler, cela semblait être urgent et important. Il ne pouvait traverser puisqu’un bras d’eau d’environ 200 m de large nous séparait. Par la voix et par le geste il me confiait une mission. Je fis répéter trois fois le message tant il était important et grave: je voulais m’assurer d’avoir parfaitement compris l’information afin de pouvoir la répète à mon tour. Ce jour-là, un camarade coopérant français qui résidait habituellement en brousse à Taoua, m’avait accompagné sur le chantier. En effet, Louis Leherissé qui était technicien en travaux ruraux, voulait se perfectionner un peu plus en opérations topographiques. Comme à l’habitude à chacune de mes sorties sur le terrain, ce matin là j’indiquais aux Fatys du secrétariat du Génie Rural le lieu de mon travail : le consul n’avait donc pas eu trop de mal à me localiser pour me confier la difficile mission qui m’incombait alors et qui était d’annoncer à Louis que son père venait de décéder en France. J’ai regardé longtemps couler le fleuve avant d’aller retrouver Louis…

A SUIVRE 

 

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