Rendez-vous à cinq heures : l’Amérique est mal partie (3)

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L’AMÉRIQUE EST MAL PARTIE (3)

En commentaire du dernier ¿ TAVUSSA ? (84): L’Amérique est mal partie (2), deux fidèles lecteurs du JdC ont fait connaitre leurs réactions.

Résumer, c’est souvent trahir, mais allons-y quand même :

pour Jim : l’Amérique fait peut-être peur, mais ça a toujours été comme ça. Alors, il vaut mieux s’y habituer.

pour Lariegeoise : ce qui se passe en Amérique, qui n’est, en plus gros, que ce qui se passe ou se passera chez nous, est le produit des réseaux sociaux.

Je suis parfaitement d’accord avec ces considérations historiques. En particulier, et c’était l’objet de ce ¿ TAVUSSA ? (84), je lasse mes lecteurs avec mes fréquentes catilinaires contre Zuckerberg et son hydre.

Mais ces remarques ont quelque chose de rassurant —  Bah ! Ça a toujours été comme ça ! Et puis, si on arrivait à brider un peu les GAFA, ça irait mieux. — qui est à mon avis trompeur.

D’une part, c’est une tendance générale que de penser que ce qui arrive en Amérique arrive quelques années plus tard en Europe et/ou en France. J’ai été longtemps l’un des propagateurs de cette foi. Mais avec le temps, j’ai fini par réaliser qu’au moins deux caractéristiques nous font différents des Américains et par conséquent empêchent ou atténuent une ressemblance complète dans nos évolutions respectives.

La première de ces caractéristiques, c’est la puissance. Depuis un peu plus d’un siècle, l’Amérique a dépassé tout ce qui existait en matière de puissance, puissance militaire, puissance économique, puissance culturelle (et là, je veux parler tout autant d’art que de façon de vivre et de penser). Cette puissance US entraine naturellement une forme d’impérialisme et donc de colonialisme non pas subi mais accepté, ou voulu, consciemment ou pas, par nous.
L’énorme différence de nos puissances respectives fait que nous ne pouvons pas avoir, en tout cas que nous n’avons pas cette inébranlable confiance en soi, cette certitude d’être dans le bon droit que donne la vraie puissance. De ce fait, doutant perpétuellement de nous-mêmes, nous ne pouvons pas être, avec cinq ou dix ans de retard comme c’est l’usage de le dire, ce que les Américains ont été ; du moins pas dans tous les domaines.

La secondeou la deuxième, car on m’en trouvera certainement d’autres — c’est la culture (voir ma définition plus haut). Je pense très sincèrement que les Américains ont des caractéristiques psychologiques et morales différentes de celles des Français et de pas mal d’Européens.
Les Américains sont individualistes sur le plan de la conduite de leur vie, de leur réussite ; ils veulent être responsables de leur sort, de leur études, de leur santé, de leur vieillesse.
Les Français, ce serait plutôt le contraire, timorés sur le plan de leur carrière et de leur vie personnelle, favorables à la solidarité par la redistribution pour leurs études, leur vie, leur santé, leur vieillesse…
Les Américains réfléchissent (ou pensent, ou réagissent) par communauté, en groupe.
Les Français et assimilés pensent en individualistes.
Les Américains sont perméables aux idées nouvelles, les bonnes comme les mauvaises ; c’est à mon avis une question de culture (et là, je veux parler d’éducation et de passé historique) qui les prive d’une quantité suffisante d’esprit critique.
Les Français sont réticents aux idées nouvelles, ayant, innés, l’esprit de critique en plus de l’esprit critique.

Je suis donc convaincu qu’il existe chez les Français des résistances fondamentales à notre complet envahissement par les formes de pensée américaine et leur évolution. Certes, nous n’avons pas échappé pas à MeToo, et nous sentons en ce moment monter en puissance la pruderie et le Wokisme. Mais on peut noter en France (et je crois aussi peut-être en Angleterre, ailleurs, je ne sais pas) une certaine réticence à l’embrigadement ainsi que des réactions sonores d’universitaires, artistes et autres intellectuels contre les excès de ces conformisations des esprits.

Je ne pense donc pas que nous soyons condamnés à vivre ce que les Américains s’apprêtent à vivre.

Pourtant, ces consolantes considérations ne suffisent pas à me rassurer sur ce qui se profile à l’Ouest, parce qu’à l’Ouest, il y a du nouveau.

Il faut réaliser que c’est la première fois que, de mémoire d’homme — c’est à dire de ma mémoire à moi — depuis 1860, l’Amérique (par convention ici : les USA) est aussi divisée. La lecture quotidienne du NYT et du WP, le visionnage épisodique de CNN, de MSNBC et de FOX News suffit à m’en convaincre davantage chaque jour.
Je l’ai dit il y a deux jours : le pays est radicalement divisé en deux camps, deux camps seulement, deux camps d’importances égales. Je ne vais pas reprendre ici in extenso les éléments de discordes qui les agitent, éléments que l’on ne peut même pas qualifier de points de désaccord, car il n’y a plus aucun débat entre les deux camps. On ne se parle pas, on ne se croit pas, on s’invective, on prépare des coups. Tout ce que dit l’autre est mensonge, fake news, hypocrisie, complot. Biden parle aux Démocrates, Trump parle aux Républicains.
Le parti Démocrate est vu comme un groupe socialiste (une injure aux USA, un adjectif appelé à disparaitre du dictionnaire en France), élitiste, méprisant le peuple, et c’est en partie vrai.
Le Grand Old Party n’existe plus. Et c’est en grande partie vrai. Le Parti Républicain est à présent un Parti à la dévotion d’un seul homme, Trump. Ce qu’on a vu est de lui loin d’être rassurant : populiste, égotiste, égocentré, paranoïaque, ignorant, impulsif, intéressé, malhonnête, instable…
Donald Trump est l’un des membres fondateurs du grand club des dirigeants populistes qui réunit Erdogan, Bolsonaro, Poutine, Duterte, Dodik, Lukachenko, Maduro. La seule différence entre lui et les autres membres, c’est qu’il n’est pas au pouvoir. Pas encore.

Je m’inquiète de l’avenir proche qui attend l’Amérique. Je m’en inquiète bien sûr parce que j’y ai de la famille, parce que l’Europe, et nous par conséquent, ressentiront forcément les répliques des secousses américaines à venir. Mais je suis surtout mortifié de voir courir vers une possible catastrophe un pays que j’ai aimé et longtemps admiré et qui m’a donc inévitablement beaucoup influencé. Et si un pays aussi fort, aussi démocrate, aussi respectueux — non, pas respectueux,  plus que ça, idolâtre, c’est ça — idolâtre de sa Constitution, de sa Liberté, de sa Cour Suprême, de ses contre-pouvoirs (à l’usage, impuissants), a pu désigner comme président un homme comme Trump (qui a eu au moins la franchise d’annoncer la couleur), alors, malgré ce que j’ai dit plus haut sur nos différences, on peut se demander quel pays est à l’abri d’une telle dérive.

Donc, pour moi, l’Amérique est mal partie. Serons-nous obligés de suivre ?

Post Scriptum :  Qu’est-il arrivé à Baby Harris ?
Quelqu’un de bien informé pourrait-il m’expliquer pourquoi on ne voit pas Kamala Harris.
Qu’est-ce qu’elle devient, la Vice-POTUS ? D’ici, tout au moins, on ne l’entend pas, et, en dehors de quelques inaugurations de chrysanthèmes, on ne la voit pas.
Qu’est-ce qui se passe ?
Biden craindrait-il qu’elle ne lui fasse de l’ombre, s’il envisageait par extraordinaire de se représenter en 2024 ?
Est-elle restée trop à gauche pour être sortable ?
Dit-elle trop de bêtises, Kamala ?
Cela voudrait-il dire qu’elle ne sera pas la prochaine candidate du Parti démocrate ?
Mais qui, alors ?
Mais qu’est-ce qu’il se passe encore ?

5 réflexions sur « Rendez-vous à cinq heures : l’Amérique est mal partie (3) »

  1. Comment , comment le beau Leonardo n’a pas été choqué par l’anatomie ( doublée!)de Meryl Streep?
    Demain nous saurons tout..

  2. Un robot, c’est comme un homme ; faut juste savoir le prendre.

  3. Mes pensées profondes ayant été refoulées par ce con de robot, je les garde pour moi !
    De toute façon tu as l’avantage d’avoir concocté ton texte et je dis ok , l ´Amerique
    est mal partie entre un débile dangereux et un égrotant impuissant…
    Bon mais la bonne nouvelle , c’est que tu vas nous parler fesses demain non ?

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