Rendez-vous à cinq heures : le lotus bleu

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Le Lotus Bleu

L’importance des aventures de Tintin que je lisais et relisais sans arrêt pendant mon enfance me semble sous estimée. Je suis convaincu qu’elles m’ont, et nous ont, donné le goût, non seulement des voyages, mais aussi de l’Histoire. Certains n’y ont vu que racisme et colonialisme inacceptables. Je n’ai jamais eu ce sentiment. Non, au contraire, Tintin et Milou m’ont révélé des pays différents du mien. Ils m’ont donné l’envie de connaître les raisons de la guerre sino-japonaise, de visiter les tombeaux égyptiens et de savoir où se situait la Syldavie d’Ottokar. J’y ai découvert aussi les terribles révoltes en Amérique du Sud, l’aventure spatiale, le trafic d’opium et l’Amitié avec Tchang. Ces livres ne m’ont pas fait devenir raciste ni colonialiste. C’est même exactement le contraire.

La rencontre avec Tchang Tchong-jen est encore plus déterminante. Mis en contact avec l’étudiant chinois de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles par l’intermédiaire de l’abbé Gosset, Hergé lui écrit le 30 mars 1934 et les deux hommes se rencontrent pour la première fois le 1er mai suivant, dans l’appartement du dessinateur. Une amitié sincère se noue immédiatement entre eux : Tchang Tchong-jen, dont la maturité et l’érudition impressionnent Hergé, se rend chez lui chaque dimanche après-midi et l’accompagne dans l’élaboration de sa nouvelle aventure. L’étudiant chinois ne se contente pas d’apporter de la documentation ou de vérifier l’authenticité des détails, mais il donne également des conseils à Hergé en matière de dessin.

Le Lotus bleu n’est pas seulement une œuvre littéraire ou artistique. Sous l’impulsion de Tchang Tchong-jen, qui convainc Hergé de présenter l’oppression que subit son peuple, elle se charge d’une dimension politique. Dans l’album, les Japonais sont systématiquement présentés sous un mauvais jour : hommes d’affaires véreux, gangsters sanguinaires, soldats bornés ou officiers corrompus. L’insertion de plusieurs évènements historiques, comme l’incident de Mukden ou le retrait du Japon de la Société des Nations, place cet album « au niveau du pamphlet le plus acéré », selon l’expression de Jean-Michel Coblence.

Les représentants de la concession internationale font eux aussi l’objet d’un traitement à charge, présentés comme « racistes, affairistes, corrompus, prêts à tous les arrangements avec l’occupant sur le dos des Chinois ».

Lorenzo dell’Acqua 

Bientôt publié

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1 réflexion sur « Rendez-vous à cinq heures : le lotus bleu »

  1. Euh…, je ne suis pas certain que les démêlées du Général Alcazar et du Général Tapioca donnent une bonne idée des terribles révoltes sud-américaines.

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