Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares sont un prisme merveilleux propre à amuser les yeux sans les lasser.
Les formes élancées des navires, aux gréements compliqués, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l’âme le gout du rythme et de la beauté. Et puis surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n’a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère, ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s’enrichir.
Baudelaire – Le port – Le spleen de Paris
Photographie : la statue de Charles Baudelaire dans les Jardins du Luxembourg
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Pas faux, Jim.
“Messieurs les censeurs, bonsoir!”
Maurice Clavel
Tout le monde de ma génération se souvient de ce grand moment de télévision. Maurice Clavel, c’était quelqu’un: gaulliste, catholique et maoiste! Je l’aimais bien, il était en quelque sorte un grand synthétiseur. S’agissant de censure, je pense que ceux qui se croient censurés sont bien souvent eux-mêmes les pires des censeurs par leur intolérance et par la caricature biaisée à l’egard de ceux dont les opinions diffèrent des leurs.
Ceci sera censuré:
Le comble du mathématicien en deux nuits:
1) il invite à la regarder plutôt qu’à monter dessus (Philippe, le censeur)
2) il passe la nuit sur une inconnue sans parvenir à la résoudre… (dit-on de Gilets Jaunes)
Ne me dis pas que tu parlais de la mer… tu aggraverais ton cas!
Œdipe
Baudelaire a bien été marin, ou plutôt passager, sur un clipper l’emmenant aux Îles Maurice et Bourbon (La Réunion). Il avait 20 ans et je ne crois pas qu’il ait beaucoup apprécié ce voyage qui lui avait été imposé par son beau-père. Cela ne l’a pas empêché d’ecrire le mythique poème L’Albatros et quelques autres entretenant son soit-disant goût pour la mer. Mais au fond de lui-même, oui, il doit préférer inviter à la regarder, à la comparer aux abîmes de l’âme humaine plutôt, que d’aller dessus.
Deux versions poétiques.
Voici la mienne, moins talentueuses et plus brutale, pour » qui n’a plus ni curiosité ni ambition ».
Il est des êtres, si désespérés et dépourvus de talents, qu’ils n’ont d’ambition que de nuire au corps social. N’attendant rien d’eux-mêmes, ils exigent tout d’autrui et se livrent pour l’obtenir à des chantages dignes de bandits de grand chemin. Leur nombre leur assure impunité et compréhension de tous les frustrés de la vie.
Puisque l’on exige des sociétés parfaites, il faut commencer par légiférer sur le thème des « nuiseurs des ronds-points », en les privant de prestations sociales, terreau sur lequel ils prospèrent.
Cohérence de Baudelaire, qui je crois n’a jamais été marin, dans ces deux poèmes (dont l’un en prose) à propos de la mer :
il invite à la regarder plutôt qu’à monter dessus
Dans la même veine du spleen baudelairien, la perte de la curiosité et de l’ambition, la plainte indomptable et sauvage, voici, cette fois en vers, les quatre premiers du beau poème “L’homme et le mer”, plus connu des écoliers que “Le port”, au moins le premier vers:
Homme libre, toujours tu chériras la mer!
La mer est ton miroir; tu contemple ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.
Je vous invite à retrouver sur internet les douze vers suivants.