Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Les Fauvettes migratrices

Morceau choisi
Le texte qui suit est une traduction non autorisée et bénévole de « The Migrating Warblers », une deuxième petite fable de David Sedaris(*), extraite de « Squirrel Seeks Chipmunk, a modest bestiary »- 2010 – Little & Brown, publishers

 Les Fauvettes migratrices

La fauvette jaune racontait souvent qu’elle allait très bien jusqu’à ce qu’elle atteigne Brownsville. « Alors – bam ! »disait-elle à ses amis. « Je ne sais pas si c’est l’air ou quoi, mais à chaque fois que nous passons au-dessus dans notre migration, il faut que je m’arrête pour vomir mes tripes et boyaux. »

« Et elle le fait, » disait son mari en riant.

« Une heure ou deux de repos, c’est tout ce dont j’ai besoin, mais est-ce que Continuer la lecture de Les Fauvettes migratrices

Note de bas de page

Note 1 : Jean-Charles-Alphonse Avinain, boucher et repris de justice, fut condamné à mort, le 26 octobre 1867, par les assises de la Seine, pour assassinats et vols.
Il attirait, dans les locaux qu’il avait loués, sous de faux noms, à proximité de la Seine, des cultivateurs qu’il rencontrait au marché da La Chapelle et auxquels il proposait d’acheter des chargements de fourrage. Après les avoir mis à mort et dévalisés, il dépeçait leurs cadavres et en jetait les morceaux dans le fleuve.
Ses deux victimes se nommaient Duguel et Isidore Vincent.
Exécuté le 28 novembre 1867, il cria à la foule, au moment où on allait lui emboîter la tête dans la lunette de la guillotine : « Messieurs, n’avouez jamais. N’avouez jamais ! « 

Le texte que vous venez de lire est une note placée en bas de la page 131 du remarquable ouvrage de Pierre Bouchardon, « Dumollard le tueur de bonnes« , achevé d’imprimer le 20 février 1936 par Emmanuel Grévin et fils à Lagny sur Marne pour Albin Michel Éditeur, 22 rue Huyghens – Paris.

De ce texte, on remarquera tout d’abord l’étrange ponctuation qui, par sa surabondance, donne au texte un rythme haletant propre à souligner l’horreur qui saisit le lecteur dès le deuxième paragraphe.

Mais on retiendra essentiellement sa leçon, « Messieurs, n’avouez jamais », que beaucoup d’entre nous ont payé pour apprendre, depuis l’enfant Spartiate voleur d’un renardeau jusqu’au petit garçon surpris les doigts dans le pot de confiture en passant par le ministre de l’Economie et des Finances qui n’avait pas de compte en Suisse. Transparence, transparence, quand tu nous tiens !

Ecriture blanche

Ecriture blanche : Notion proposée par Roland Barthes pour désigner l’idéal de transparence extrême se manifestant dans le refus de tout ornement stylistique visé par certains écrivains.

Morceau choisi

(…) En bas, l’orchestre commençait à jouer et les dineurs arrivaient. Entre deux morceaux, nous entendions les murmures des conversations. Une voix se détachait de ce bourdonnement — voix de femme — ou un éclat de rire. Et l’orchestre reprenait. Je laissais la porte-fenêtre ouverte pour que ce brouhaha et cette musique montent jusqu’à nous. Ils nous protégeaient. Et puis, ils se déclenchaient chaque jour à la même heure et cela voulait dire que le monde continuait de tourner. Jusqu’à quand ?
La porte de la salle de bain découpait un rectangle de lumière. Yvonne se maquillait. Moi, accoudé au balcon, j’observais tous ces gens (la plupart en tenue de soirée), le va-et-vient des garçons, les musiciens dont je finissais par connaitre chaque mimique. Ainsi, le chef d’orchestre se tenait penché, le menton presque collé contre la poitrine. Et lorsque le morceau finissait, il relevait la tête brusquement, la bouche ouverte, comme un homme qui suffoque. Le violoniste avait un gentil visage un peu porcin, il fermait les yeux et dodelinait de la tête en humant l’air.
Yvonne était prête. J’allumais une lampe. Elle me souriait et prenait un regard mystérieux. Pour s’amuser, elle avait enfilé des gants noirs qui montaient jusqu’à mi-bras. Elle était debout au milieu du désordre de la chambre, le lit défait, les peignoirs et les robes éparpillés. Nous sortions sur la pointe des pieds en évitant le chien, les cendriers, le tourne-disque et les verres vides. (…)

Patrick Modiano – Villa triste – 1975

Simplicité d’un style 
238 mots pour décrire un début de soirée dans un grand hôtel d’une ville d’eau
3 adjectifs
2 adverbes
C’est tout
Point d’exclamation

 

Le Poète et le Printemps

A partir de janvier 1968, les dirigeants de l’URSS suivent avec inquiétude l’évolution de la libéralisation en Tchécoslovaquie (cessation de la censure et de la surveillance par la police politique) menée par Alexander Dubcek. Cette période est appelée le Printemps de Prague. Après plusieurs tentatives de renversement de Dubcek, la Russie prépare l’invasion de la Tchécoslovaquie. Les puissances de l’OTAN regardent sans rien faire. Quelques intellectuels commencent à protester, aussitôt insultés par le Parti Communiste Français. L’intervention des chars soviétiques devient de plus en plus certaine. Depuis 1953, Aragon est Directeur de la revue Les Lettres Françaises qui appartient au Parti Communiste. Le 1er aout 1968, Paul Morand rencontre Claude Gallimard qui lui dit :

« Aragon s’est efforcé de fonder un comité franco-tchèque, pour sauter dans le dernier wagon. Les tchèques ont répondu qu’il avait accepté sans broncher le régime stalinien et qu’ils ne voulaient pas de lui. »(1)

Le 21 aout, les armées du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie mettant fin pour vingt ans au Printemps de Prague.

(1) Paul Morand – Journal inutile – 1er août 1968

ET DEMAIN, L’HOTEL BOUTET

Remèdes de bonne sœur

Les remèdes de santé d’Hildegarde de Bingen :

ELOCUTION
Tenir dans le creux de sa main une pierre de calcédoine, la réchauffer de son haleine et la lécher avant le discours (et pendant si possible)

CHUTE DE CHEVEUX
Brûler de la paille de blé ou de seigle. Mélanger la cendre avec du saindoux. S’en frotter le crane tout entier et particulièrement les endroits où les cheveux commencent à tomber. Renouveler l’opération aussi souvent que possible en gardant la pommade aussi longtemps que possible sur le crâne.

Hildegarde de Bingen  1098 – 1179
Religieuse bénédictine mystique, compositrice et femme de lettres franconienne, saint de l’Église catholique du XIIème siècle.

ET DEMAIN, LES VELIBS, ÇA VA BOUGER 

Dernières lignes, derniers regrets

.         (…) Ne sommes-nous pas tous semblables, parlant sans trêve et à personne, confrontés toujours aux mêmes questions bien que nous connaissions d’avance les réponses ? Alors, racontez-moi, je vous prie, ce qui vous est arrivé un soir sur les quais de la Seine et comment vous avez réussi à ne jamais risquer votre vie. Prononcez vous-même les mots qui, depuis des années, n’ont cessé de retentir dans mes nuits, et que je dirai enfin par votre bouche : « O jeune fille, jette-toi encore dans l’eau pour que j’aie une seconde chance de nous sauver tous les deux !  » Une seconde fois, hein, quelle imprudence ! Supposez, cher maître, qu’on nous prenne au mot ? Il faudrait s’exécuter. Brrr… ! l’eau est si froide ! Mais rassurons-nous ! Il est trop tard, maintenant, il sera toujours trop tard. Heureusement !

FIN

Albert Camus – La chute

ET DEMAIN, LES PREMIERS PORTRAITS DE LORENZO DELL’ACQUA

Olé !

Morceau choisi

Une fois, j’ai eu à passer quinze jours à l’hôtel Ritz à Madrid. Naturellement, j’étais au bar avant tout le monde. J’y étais presque seul, mais il y avait toujours un vieux con barbu aussi matinal que moi. On était tous les deux mais on ne se parlait pas. Un jour, deux toreros entrent, le saluent, l’embrassent. Ils m’appellent, je m’assois. On se présente. Qui était-ce ? Hemingway. On a passé la journée ensemble dans ce bar admirable. Les deux Espagnols nous ont invités à une corrida. « Rendez-vous demain, 10 heures, la voiture viendra vous prendre. » Muy bien. Le lendemain, j’arrive en retard, Hemingway aussi. Alors tous les deux, on a fait olé olé toute la journée dans le bar du Ritz.. On avait une cape. On attendait l’entrée du taureau mais il n’est pas venu.

Extrait d’une interview d’Antoine Blondin

 

ET DEMAIN, UN COLLAGE DE SEBASTIEN