Il l’avait photographié depuis le bus qui l’emmenait ce jour-là le long de la Seine. Mais où précisément, il ne s’en souvenait pas. Au Louvre peut-être. La photo de cet homme aux cheveux blancs, à l’âge incertain – plus de soixante, sûrement, mais combien au juste ? – qu’il ne connaissait pas mais qu’il mourait d’envie de connaître lui fit oublier sa station de destination ; il resta debout à côté du chauffeur auquel il venait de demander si les embouteillages allaient perdurer. Sa réponse avait été négative et il s’aperçut qu’une fois encore il s’était adressé à lui sans même lui avoir dit bonjour, comme une question comminatoire ou un ordre adressé à Continuer la lecture de Écrire comme Modiano
Archives de catégorie : Thème imposé
Sémantique
Vous avez peut-être déjà lu cette lettre que j’adressai il y a cinq ans passés à un cher confrère. Vous n’y aviez probablement rien compris, tant le fond en est complexe et le style ardu. Ne vous mettez pas martel en tête, ce n’est pas totalement de votre faute, mais quand même, si vous aviez travaillé un peu plus à l’école, on n’en serait pas là.
Aujourd’hui, une seconde chance vous est donnée d’appréhender enfin les raisons de mon désaccord persistant avec ce confrère honorable (because Brutus is an honorable man).
Mon cher ami,
J’ai lu chacune des quatorze pages de votre dernière lettre avec la plus grande attention et, faut-il le dire, avec le plus grand plaisir. Votre façon d’aborder les problèmes que pose la situation actuelle des rapports entre le signifiant et le signifié et leur éloignement constamment croissant comme deux simples galaxies après le Big Bang, est à la fois classique et novatrice, sobre et brillante, simple et Continuer la lecture de Sémantique
Offres d’emploi
Ces offres d’emploi ont déjà été publiées en fin 2014. Les postes n’ayant toujours pas été fournis, nous les publions à nouveau la liste après l’avoir mise à jour.
Le Ministère de l’Administration des Ministères et de la Procrastination de la Réforme de l’Administration recherche plus ou moins activement à pourvoir les postes suivants:
Revendeur de trous
Vérifieur de certifications
Certifieur de vérifications
Videur intersidéral
Remplisseur de boîtes de nuit
Entraineur de chaises de jardin
Calculateur de π Continuer la lecture de Offres d’emploi
On a le temps tout le temps
le temps des cerises
le temps des assassins
le temps du tango
le temps d’un soupir
les temps difficiles
les temps qui courent
le temps qu’on a
le temps partiel
le temps qu’on gagne
le temps qu’on perd
le temps qu’on passe
le temps qu’on trouve
le temps qu’il faut
le temps qu’il fait
le temps qu’on donne Continuer la lecture de On a le temps tout le temps
Les retours de Jules César (2)
Avertissement : ce texte, déjà publié il y a deux ans, a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture. Le thème de l’exercice était : Écrire une courte nouvelle dont la première phrase est celle-ci : « Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. » C’est le jeu de l’incipit qui recommence. Celui-ci, on l’aura reconnu, figure en tête d’une nouvelle de Eric-Emmanuel Schmitt.
Andromaque de Cyrénaïque
Rien ne serait arrivé si je n’avais pas changé de coiffeur. Mais pourtant, il fallait bien que j’en trouve un autre : le mien, le Gaulois que j’avais acheté l’année passée pour trente deniers sur le marché de la Prata Flaminia, avait attrapé le typhus. Il m’en fallait donc un autre de toute urgence. C’est pourquoi je m’étais rendu sur l’Aventin, chez Podalydès, le Grec affranchi, celui qui s’est spécialisé dans les esclaves pour soins du visage et du corps.
Je passai en revue sa marchandise et finit par tomber sur une petite nubile de Cyrénaïque qui, m’assura Podalydès, ferait très bien l’affaire. Elle savait couper les cheveux à ravir, friser, coiffer, raser la barbe, le torse et les jambes et faire des massages décontractants.
—Trente-cinq deniers, me dit-il.
Je pris un air hautain et offusqué à la fois.
—Tu plaisantes sans doute, méchant Grec !
—Vous savez, noble Seigneur, aujourd’hui, c’est le prix, m’assura-t-il. Les pirates de Cilicie, nos principaux Continuer la lecture de Les retours de Jules César (2)
Toute la ville en parle
temps de lecture : 9 minutes
Voici un texte très laborieusement écrit pour répondre à la demande faite sur un forum d’écriture que je fréquente. Il faut préciser que l’auteur de la demande avait au préalable présenté un texte qu’elle avait conçu à partir de la photo d’un arbre dont un gros trou dans le tronc avait été comblé au moyen de briques et de mortier. C’était une histoire tout à fait agréable, à base de petits lutins qui aimaient trop faire la fête, ou quelque chose comme ça.
La demande qui suivait le texte était celle-ci : « au cours de la même balade, disait-elle, j’ai photographié une statue recouverte d’une bâche. Qu’est-ce que je pourrai bien écrire là-dessus ? »
Toujours prêt à rendre service et à retarder la rédaction du dernier chapitre de mon Cujas, j’ai proposé ceci :
Toute la ville en parle
Toute la ville en parle. Depuis des mois, à l’heure où le gardien ferme les grilles du square Anastase Grougnard, un homme entre dans le jardin et s’y fait enfermer pour la nuit. Il a apporté avec lui deux grands sacs. L’un contient — c’est visible car les outils débordent du bagage mal fermé — tout un attirail de sculpteur, des marteaux, des maillets, des ciseaux, des pics, des brosses, enfin tout ce qu’il faut pour tailler et polir la pierre. L’autre sac ? Eh bien, personne ne sait ce qu’il contient. Quand la nuit tombe, en scrutant l’obscurité, les passants attardés peuvent apercevoir à travers les buissons qui doublent les grilles du jardin la vague lueur d’une lanterne. En écarquillant les oreilles, ils peuvent aussi entendre les coups rythmés que l’homme donne sur le gros parallélépipède de pierre qu’au début du printemps le nouveau Maire a fait apporter au centre du square. Et quand le jour se lève et que les grilles ont été rouvertes par l’unique Continuer la lecture de Toute la ville en parle
Rendez-vous à cinq heures : la drôle de guerre des mondes
La page de 16h47 est ouverte…

Un Incipit à faire peur
Vous savez bien sûr que la première phrase en gras du texte ci-dessous est de H.G. Wells. C’est celle de son roman La guerre des mondes
La drôle de guerre des mondes
par Philippe
« Personne n’aurait cru, dans les dernières années du XIXe siècle, que les choses humaines fussent observées, de la façon la plus pénétrante et la plus attentive, par des intelligences supérieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles ; que, tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils étaient examinés et étudiés d’aussi près peut-être qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau. »
Vrout Ptlamn regardait les mots s’inscrire sur le proumgh qui lui faisait face au fur et à mesure qu’il les pensait. Il réfléchissait :
— C’est pas mal comme début. Un peu classique peut-être, mais ça fait sérieux, professionnel et attrayant tout à la fois. C’est tout ce qu’il faut pour un article historique dans une revue non spécialisée.
Satisfait, il s’interrompît un instant pour envoyer une brève arrière-pensée à Knat. Il ne fallait surtout pas qu’il oublie de rapporter des fragrances fraiches sinon, ils n’auraient bientôt plus rien d’autre que des aérosols à se mettre sous la trompe.
Avant de reprendre sa pensée principale, il voulait se Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : la drôle de guerre des mondes
Rendez-vous à cinq heures : la guerre des mots
La page de 16h47 est ouverte…

Un Incipit à faire peur
Vous savez bien sûr que la première phrase en gras du texte ci-dessous est de H.G. Wells. C’est celle de son roman La guerre des mondes
La guerre des mots
par Claude
Personne n’aurait cru, dans les dernières années du XIXe siècle, que les choses humaines fussent observées, de la façon la plus pénétrante et la plus attentive, par des intelligences supérieures aux intelligences humaines et cependant mortelles comme elles ; que, tandis que les hommes s’absorbaient dans leurs occupations, ils étaient examinés et étudiés d’aussi près peut-être qu’un savant peut étudier avec un microscope les créatures transitoires qui pullulent et se multiplient dans une goutte d’eau. Que je puisse en arriver à concevoir un dispositif si perfectionné et que nous conservions également l’efficacité habituelle, l’exigence que l’ingéniosité demandasse à toutes les spécialités ne pusse s’exécuter sans Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : la guerre des mots
Rendez-vous à cinq heures : biais cognitif
La page de 16h47 est ouverte…*

L’excipit : créer un texte se terminant par les phrases ci-dessous qui sont celles qui achèvent Victoire, roman de Joseph Conrad.
(…) Davidson sortit son mouchoir pour essuyer la sueur de son front.
« Et alors, Excellence, je suis parti. Il n’y avait rien à faire là-bas.
— Manifestement », acquiesça l’Excellence.
Davidson, pensif, sembla peser l’affaire dans son esprit, puis murmura, avec une tristesse placide :
« Rien ! »
Biais cognitif
par Claude
Plutôt que de rester Davidson alla passé en revue tout ce qui manifestement empêchait de reproduire le résultat attendu de la manifestation très sous-estimé de tous ceux qui partageaient essentiellement le même intérêt pour les échanges corporatif de ce qui est évalué en littérature légale. Pour peu que nous révélons les secrets de production, la nervosité face à ce soulèvement à l’égard des masques et des vaccins la méfiance des protagonistes est à fleur de peau.
—Essentiellement le publique doit comprendre autrement ce que sont Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : biais cognitif
Rendez-vous à cinq heures : une expédition bien décevante
La page de 16h47 est ouverte…*

L’excipit : créer un texte se terminant par les phrases ci-dessous qui sont celles qui achèvent Victoire, roman de Joseph Conrad.
(…) Davidson sortit son mouchoir pour essuyer la sueur de son front.
« Et alors, Excellence, je suis parti. Il n’y avait rien à faire là-bas.
— Manifestement », acquiesça l’Excellence.
Davidson, pensif, sembla peser l’affaire dans son esprit, puis murmura, avec une tristesse placide :
« Rien ! »
Une expédition bien décevante
par Philippe
— Alors, Major Davidson, cette expédition ? demanda le Gouverneur.
L’officier de sa Majesté se tenait debout, raide et poussiéreux devant le plus haut fonctionnaire du protectorat britannique.
— Décevante, Excellence, décevante ! répondit le vieux soldat d’un air navré.
— Comment cela ? s’énerva l’Excellence. Vous ? Un officier expérimenté, explorateur chevronné, serviteur dévoué de la Couronne, vous qui avez découvert le café de Colombie britannique, le thé de Ceylan, le bœuf de Kobe et le Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : une expédition bien décevante
