Archives de catégorie : Fiction

Un couple inachevé (7)

temps de lecture : 3 minutes

(…) J’ai bien envie de la louer à l’année, cette baraque. Isolée au bord d’un étang, tout le confort moderne, à peine dix kilomètres de l’usine. Si je veux développer cette boite, il va falloir que je vienne plus souvent et que je reste plus longtemps. Ça me ferait un pied à terre. Parce que le « Novotel-Limoges-le-Lac », ça va cinq minutes. Et puis ces allers-retours entre Paris et Limoges en voiture, c’est crevant.
<<…Après sa très convaincante victoire en trois sets (6-1, 6-2, 6-4) sur De Minaur, Nadal s’estime en progrès de jour en jour depuis le début du tournoi…>>
 — Et puis pour passer du temps avec Aurélie, ça serait quand même plus discret que le Novotel.

7 – Aurélie

Aurélie Millon est la maitresse d’Olivier depuis sept mois.
Entrée chez Etienne Combes & Fils à dix-huit ans, elle avait tout de suite beaucoup plu à Bernard Combes, fils d’Etienne, qui dirigeait l’entreprise à cette époque. Il en avait très vite fait sa maitresse, car la petite était mignonne et ambitieuse. Après qu’il lui ait payé deux années de cours par correspondance, elle était passée aide-comptable, car la petite était vive et courageuse. Trois ans plus tard, elle devenait chef-comptable, car elle était véritablement douée. Quand Bernard Combes se tua dans Continuer la lecture de Un couple inachevé (7)

Un couple inachevé (6)

temps de lecture : 6 minutes

Elle vint au bureau de moins en moins et finit par ne plus venir du tout. Des amis lui conseillèrent de s’inscrire comme auditrice libre aux cours d’histoire de l’art l’École du Louvre, ce qu’elle fit, pleine d’espoir. Elle choisit le cours de spécialité n°32 : Histoire du Cinéma, pensant que ce serait plus amusant que l’archéologie de la Gaule. Elle subit toute une année de conférences sur le thème du Nuage dans le cinéma et s’ennuya énormément. Et depuis, elle continue. Elle regarde pousser ses ongles.

6 – Samedi matin

Et voilà donc Olivier et Céline, en ce samedi matin, de part et d’autre de cette table de la Maison Marie, au 222 de la rue Saint-Jacques à Paris. Ils ne se parlent pas, il ne se regardent pas. Ils sont tranquilles, chacun plongé dans son magazine.

Cela fait bien quatre fois qu’Olivier reprend la lecture de l’article que l’Équipe du Weekend consacre à l’importance de soigner sa vitesse au putting, mais au bout de quelques lignes, ses pensées s’éloignent du green pour revenir immanquablement à Etienne Combes & Fils. <<…soyez à l’aise. Trouvez une position assez confortable, les yeux derrière la balle et sur la ligne de jeu. Vous pouvez ouvrir légèrement votre stance…>>

— Et d’abord, ce nom ! pense Olivier. « Etienne Combes » ! « et Fils », en plus ! Il va falloir changer ça. Peut-être un nom à consonance Continuer la lecture de Un couple inachevé (6)

Un couple inachevé (5)

3 minutes

(…)  A partir de ce moment, Olivier fut encore plus brillant, plus drôle, plus charmant et bien sûr de plus en plus câlin. La nuit se termina dans les dunes et ils ne se quittèrent plus du reste des vacances.

5 – Un mariage

 Un mois plus tard, Olivier partait pour la Nouvelle-Calédonie et, fin octobre, Céline renonçait définitivement à ses études de pharmacie et s’envolait pour Nouméa. Ils emménagèrent dans un petit appartement pas très loin du Haut-Commissariat où Olivier devait travailler à un plan de réorganisation de la pêche en mer. Les six premiers mois furent idylliques : elle ne s’ennuya pratiquement pas. La décoration du petit appartement, la découverte de l’ile, les plages, la plongée sous-marine, les réceptions officielles, les soirées entre coopérants, les balades à cheval, tout cela l’occupait énormément. Son mariage avec Olivier fut célébré le 27 avril par le Haut-Commissaire lui-même. Sa nouvelle situation de femme mariée pu la distraire encore quelques semaines mais bientôt, Continuer la lecture de Un couple inachevé (5)

Un jour sans fin

Première publication : 22/08/2015

temps de lecture : 2 minutes et demi 

Nuit St Sulpice Lundi
C’était une belle soirée de début d’été du côté de la Place Saint Sulpice. Il venait de tomber une courte pluie d’orage  et la merveilleuse odeur de l’asphalte humide et chaud envahissait les terrasses des cafés.
Les hommes en chemise avaient renouvelé leur demi. Les femmes en  Lothar (Ô je voudrais tant que tu te souviennes, …) reprenaient une Marlboro Light avant de jeter leur dévolu.
Il faisait bon. On était bien.
Elle  portait des sabots noirs, un pantalon de  jean bleu, un chemisier blanc un foulard bleu et de longs cheveux blonds. Elle était entourée de rires et de fumée de cigarettes.
Il y avait tant de jeunesse, tant de garçons, tant de Continuer la lecture de Un jour sans fin

Un couple inachevé (4)

temps de lecture :  4 minutes

Pourtant, malgré la solide réputation d’enquiquineuse qu’elle s’était ainsi construite, elle se voyait toujours entourée d’une ribambelle de garçons, car son attitude avait tout pour impressionner les naïfs ou pour motiver ceux pour qui les challenges sont le moteur de la vie. Selon leur tempérament, les uns voulaient « séduire la jolie fille si triste » et les autres « faire rire l’emmerdeuse  » ce qui, on le sait bien, revient au même.

4 – Elle et Lui

C’est bien en partie pour cette raison, faire rire l’emmerdeuse, qu’Olivier avait entrepris de séduire Céline. C’était en juillet. Il venait de finir Sup de Co et devait partir pour dix-huit mois en coopération en Nouvelle-Calédonie. Invité au vingt et unième anniversaire de Céline par un ami qui faisait partie de la bande du Pyla, il fut tout d’abord impressionné par la maison de vacances de ses parents. Alors que, seul, un verre de champagne à la main, il explorait une à une les pièces désertes du rez-de-chaussée, il s’amusait à évaluer la valeur de la propriété, qu’il augmentait joyeusement à chaque Continuer la lecture de Un couple inachevé (4)

Un couple inachevé (3)

2 minutes

 

Aujourd’hui, il passera sa journée à trainer avec sa femme, les Puces peut-être, ou alors un film, et demain Dimanche, après une grasse matinée et peut-être un brunch du côté de la Place d’Aligre, il prendra son 4×4 Mitsubishi Outlander PEHV hybride rechargeable — Patrick est éco-responsable — pour rejoindre le Novotel de Limoges où devrait l’attendre Aurélie.

3 – Elle

Elle, elle s’appellerait Céline. Elle ne peut que s’appeler Céline, le prénom féminin le plus attribué — douze mille cent trente-trois fois exactement — aux petites filles nées en 1978, année de sa venue au monde. Depuis qu’elle a atteint l’âge de quatorze ans, Céline s’ennuie. Son adolescence à Bordeaux, elle l’a trouvée ennuyeuse ; ennuyeuses les soirées des rallyes bordelais, les vacances familiales dans la maison d’Arcachon, les virées nocturnes dans les dunes du Cap-Ferret ; ennuyeuse sa première expérience sexuelle, ses études de pharmacie à Paris, ennuyeuse Continuer la lecture de Un couple inachevé (3)

Un couple inachevé (2)

temps de lecture : 2 minutes

Ils sont là, l’air de dire : « Regardez comme nous sommes cools, à l’aise, tellement bien l’un avec l’autre que nous n’avons même pas besoin de nous parler, images de l’entente parfaite d’un couple parfaitement assorti ! »
Mais attendez de connaitre leur histoire.

2 – Lui

Lui, ce serait Olivier. Est-ce vraiment son nom ? Peu importe. Olivier, ça ira très bien. Il est P.D.G. et actionnaire majoritaire d’une petite société, Etienne Combes & Fils, spécialisée dans la fabrication d’objets funéraires (exvotos, plaques commémoratives, fleurs éternelles, urnes, poignées de cercueil, crucifix, tout pour vos chers défunts). Ancien associé minoritaire d’une agence de publicité de moyenne importance rachetée deux ans auparavant par un groupe australien, la valeur de ses parts lui a été payée rubis sur l’ongle à la seule condition qu’il s’en aille tout de suite sans faire d’histoires. Cela lui a permis de passer Continuer la lecture de Un couple inachevé (2)

Un couple inachevé (1)

2 minutes

1 – Un couple

Quand je suis entré à la Maison Marie, le café était presque désert. Je les ai vus, un homme, une femme, un beau couple. Je me suis installé face à eux, sur la banquette, pas trop près pour ne pas les gêner, pas trop loin pour pouvoir les observer. Ils sont venus là parce que c’est samedi. Ils ont acheté tous les journaux qui ont une édition magazine pour le weekend, l’Équipe, Le Figaro, Le Monde, Libé, L’Obs… Installés de part et d’autre d’une table en bordure de la vitrine, pas vraiment face à face mais calés de biais dans leur fauteuil, jambes croisées, tête penchée, l’un examine rêveur la page golf de L’Équipe, tandis que l’autre traverse, nonchalante, les pages modes du Figaro Magazine pour s’arrêter finalement sur les pages voyages : « Cinq îles paradisiaques à découvrir avant qu’elles ne disparaissent« . Ils ne se parlent pas : elle n’éprouve aucun intérêt pour le golf, il déteste les voyages.

Ils ont commandé la formule Petit-Déjeuner-Tradition à 8,50 € : grand café crème, thé ou chocolat ; orange, citron ou pamplemousse pressé ; pain, beurre, confiture ou Continuer la lecture de Un couple inachevé (1)

Le mardi, c’est Mythologie (10)

temps de lecture : 5 minutes

Tout se tient
ou
Midas et le bonnet phrygien

Où l’on verra que tout se tient : les Mosches, l’Amérique, les patronymes, l’or, le gros lot, la pensée unique, les noeuds, l’impérialisme, la musique, les chapeaux, la République, les roseaux, la dépression nerveuse. Tout se tient, je vous dis ! 

Midas était roi des Mosches, quelque part en Macédoine. Un jour, une bande de Mosches rencontra Silène, un ami débauché de Dionysos. Ils le firent prisonnier et l’amenèrent à leur roi. La spécialité de Silène, c’était de raconter des histoires, ce qu’il fit pour Midas. Il lui raconta celle d’un continent au-delà de l’Océan, séparé de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, où les habitants sont grands et forts, où ils vivent longtemps et heureux et bénéficient de lois justes.

— Sans blague ? dit le roi des Mosches.

— Non, je rigole ! répondit Silène.

Midas se mit à rigoler lui aussi et pour remercier Silène, il le rendit à Dionysos, qui en retour proposa à Midas de réaliser deux de ses vœux.

—  Que veux-tu que je fasse pour toi en premier ? Continuer la lecture de Le mardi, c’est Mythologie (10)

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres

temps de lecture : 20 minutes 

Deuxième chance :
Voici le texte intégral de ce qui a été publié ici en 4 épisodes entre les 19 et 22 mai dernier. 

1

C’était un jour qu’était pas fait comme les autres. Je l’avais bien senti dès le début, moi, qu’il était pas fait comme les autres, ce jour. D’abord, quand je m’étais réveillé, y avait pas cette odeur habituelle de soupe aux poireaux. C’est mon voisin du dessous, Grospied. Il se fait une soupe aux poireaux tous les matins avant de partir bosser, cet emmerdeur. Ça empeste la cour et la cage d’escalier et ça rentre chez moi par les fissures du plancher. Je pourrais lui dire à Grospied qu’il pourrait se faire du café à la place de la soupe aux poireaux, et que ça serait mieux pour tout le monde, mais depuis qu’il est arrivé dans l’immeuble, il y a six ans, je lui ai pas dit un mot. Lui non plus, d’ailleurs. Ben oui, quoi ! Avec les voisins, vaut mieux pas être trop intime, sans ça ils deviennent vite envahissants.

Bref ! Ça sentait pas le poireau, c’était bizarre, mais bon ! Comme d’habitude, je m’étais fait mes sardines grillées et je les avais fait passer avec une bonne tasse de chocolat chaud. Quoi ? Qu’est-ce qu’y a ? Chacun fait comme y veut, non ? Moi, c’est comme ça tous les matins : chocolat chaud et sardines grillées. Dans l’immeuble, personne s’est jamais plaint. Manquerait plus que ça ! Après, je me suis habillé, j’ai enjambé l’enveloppe qui traînait sur le palier — probable que c’était encore une facture — et je suis parti au boulot. J’y pensais pas plus que ça à l’absence de poireaux. Je me disais comme ça : bon, ce matin, y a pas de poireaux ! Eh ben, tant mieux ! Peut-être même qu’il est mort, Grospied ! Avec un peu de chance…

Et puis deux minutes plus tard, y a un type Continuer la lecture de C’était un jour qu’était pas fait comme les autres