Archives de catégorie : Récit

Post it n°8 – En voiture

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Le soleil rasant vient chauffer ma joue droite. Une longue courbe se dessine, encadrée par le pare-brise. A cette vitesse, le moteur est silencieux, mais le vent chante un peu et les pneus murmurent.
Un pont passe en rase-motte au-dessus de ma tête. S’il n’avait pas été là, le camion Coca-Cola qui vient de le franchir, je l’aurais pris en plein travers.
C’est quand même bien fait, les autoroutes.

Le bon la brute et les enfants (Version 6-Proustienne)

Après ces versions très scolaires parues pendant cette semaine,  en voici une un peu plus recherchée, à la manière de Marcel Proust.

Le bon, la brute et les enfants
Version 6-Proustienne

Longtemps, je me suis assis de bonne heure à la terrasse de cet établissement de la rue Gay-Lussac, pour y déguster ma première coupe de champagne dans laquelle je laissais s’amollir une petite madeleine dorée et joufflue parmi les fines bulles qui montent en colonnes élégantes et spiralées dans ce breuvage aristocratique.

Je pensais déjà à la morne journée qui s’étendait presque indéfiniment devant moi et qui me séparait encore du souper mondain qui m’attendait ce soir dans un hôtel du Faubourg Saint-Germain, quand une voiture à chevaux vint s’arrêter devant ma table, obstruant ma vue sur les jeunes filles en fleur qui, à cette heure matinale, descendent en cortège vers le Luxembourg en faisant virevolter leurs ombrelles multicolores.

La voiture était conduite par un de ces hommes du peuple, de ceux que l’on nomme Fort-des-Halles et dont les muscles Continuer la lecture de Le bon la brute et les enfants (Version 6-Proustienne) →

Le bon, la brute et les enfants (Version 5-Télégraphique)

Après les versions « notations », «sentimentale», « auditive » et « négative », voici la cinquième version, à la manière «télégraphique». Cette version présente l’indéniable avantage de la brièveté, car chaque mot compte et chaque mot coute.

Le bon, la brute et les enfants
Version 5-Télégraphique

Suis assis au café-tabac /STOP/ Ai commandé café croissant /STOP/ Camion de livraison se gare devant terrasse/STOP/ Chauffeur costaud tatouages crâne rasé /STOP/ Objectif livraison fûts de bière /STOP/ Opération bruyante emmerde tout le monde /STOP/ Groupe d’enfants en route pour jardin passe entre camion et terrasse/STOP/ Discutent entre eux sans rien voir /STOP/ Chauffeur pas sympa se dit stop /STOP/ Stoppe son travail/STOP/ Regarde passer enfants et leur fait des farces /STOP/ Chauffeur livreur sourit /STOP/ Moi aussi /STOP/ Journée transformée /STOP/

La prochaine version, Proustienne, paraitra demain 18 avril

 

Bonjour, Philippines ! Chap.6: Retour à Manille

Pour les chapitres précédents de Bonjour, Philippines ! cliquez ci-dessous

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Dans le chapitre précédent, Ratinet s’est comporté normalement et, pour ce que l’on en sait, il n’a pas connu de nouvelle mésaventure. C’est plutôt Philippe, le narrateur, qui, pris brutalement d’un accès de dengue, a connu quelques péripéties étranges, incluant un cabriolet Mercedes blanc, des individus hostiles et enturbannés  et un coq de combat. Le week-end à Manille vers lequel il se dirige au début de ce sixième chapitre s’annonce plus calme. Mais sait-on jamais ?

Retour à Manille
(où l’on constate que contrairement à la foudre,  la malédiction a encore frappé au même endroit et où l’on découvre les sports en vogue le dimanche à Manille)

« Nous venons d’atterrir à l’aéroport international de Manille. Il est 21 heures 15 et la température extérieure est de 90° Fahrenheit. Nous vous rappelons que votre ceinture doit rester attachée jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil….. »

Je ne prête même plus attention à la partie de l’annonce qui porte sur les armes. Lorsque nous sortons de l’aéroport, il est près de dix heures, et je ne pense qu’à ma chambre au huitième étage du Hilton.

Quelques heures auparavant, pendant le voyage en voiture entre Iligan et l’aéroport de Cagayan, Ratinet m’avait demandé de mes nouvelles. Brinquebalé par les chaos de la route, fatigué par mes jours de fièvre, et sans doute aussi vexé par le manque d’intérêt manifeste de mon conducteur,  j’étais resté très laconique. Cela n’avait pas paru le troubler, car il avait embrayé aussitôt sur la narration de ses propres aventures.
Sur un ton mi-râleur mi-plaintif accompagné d’une nuance de reproche à mon égard, il me raconta la dernière de ses mésaventures. Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.6: Retour à Manille →

Sur la Piazza Farnese

11 mars 2015

Sur la Piazza Farnese, c’est une belle fin de matinée de mars, fraiche et ensoleillée. Pour la centième fois depuis que nous venons à Rome, nous avons erré un peu sur le Campo dei Fiori dans les allées du marché au milieu des fruits, des fleurs, des bouteilles d’huile, des pâtes multicolores, des olives en vrac, des épices en sachet, des bruits, des odeurs et des triporteurs abandonnés.

Et puis, pour la centième fois, nous avons pris la Via dei Baullari, cette ruelle qui nous amène à chaque fois, bouche bée, sur la grande Piazza Farnese, entre les deux fontaines, juste dans l’axe de l’Ambassade de France. D’ordinaire, hormis une demi-douzaine de touristes et un carabinier devant la porte de l’ambassade, la place est pratiquement déserte. Mais aujourd’hui, elle n’a pas son aspect Continuer la lecture de Sur la Piazza Farnese →

Ritorno al passato (Couleur café n°16)

Couleur café n° 16
Ritorno al passato
Café Ritorno al Passato
Piazza della Rotonda

Depuis des décennies, je viens sur cette place. Au soleil, à l’ombre, le matin , le soir, je l’aime. Elle rassemble toutes les couleurs de Rome. Le noir des pavés, le gris foncé du Panthéon, le bleu ciel du ciel, le bleu délavé de la façade de chez Di Rienzo, l’ocre de l’Albergo Abruzzi, le bistre, le jaune, toutes les teintes possibles de marron, la perfection de la patine. Mais aussi le rouge terne des capes des centurions qui font le tapin pour une photo, le rouge vif de la veste des serveurs du café Ritorno al passato, le noir chic de la veste des serveurs d’en face. Mais encore, les couleurs des anoraks, des laines polaires et des survêtements de la moitié des touristes de la terre, bleu roi, jaune serin, vert pomme, rose fuscia, orange travaux publics. L’élégante banane ne se porte presque plus, remplacée par le pratique sac à dos mou du citadin prévoyant et du touriste pragmatique.

Tout ça, je l’ai vu ici mille fois. Mais ce qui est nouveau, le bidule indispensable Continuer la lecture de Ritorno al passato (Couleur café n°16) →

Bonjour, Philippines ! Chap.5: La fièvre monte à Mindanao

     Pour les chapitres précédents de Bonjour, Philippines ! cliquez ci-dessous

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Ce chapitre est essentiel et onirique à la fois. C’est pourquoi il est important de rappeler ce qui s’est passé jusqu’à présent. Voici : Gérard, André et Philippe ont été envoyés à Manille pour une étude routière financée par la Banque Mondiale. Ils s’envolent ce soir pour Mindanao pour découvrir demain le terrain où va s’exercer leur art. Gérard, le chef de bande, est joyeux, comme souvent, et André est bougon, comme toujours. Quant à Philippe, ça va mieux.

La fièvre monte à Mindanao

 

– Philippines Airlines est heureuse de vous accueillir sur ce vol à destination de Cagayan de Oro. Nous atteindrons notre destination après une heure et 45 minutes de vol. Nous volerons à une altitude de 22000 pieds. Sur le parcours le temps sera calme avec des risques de turbulences à l’arrivée. Nous remercions les passagers éventuellement porteurs d’armes à feu de bien vouloir les décharger.

C’est la deuxième fois que j’entends cette annonce qui continue pourtant à me surprendre. J’espère qu’il n’y aura pas de fausse manœuvre lors du déchargement. Effectivement, le temps est beau. Le soleil traverse le hublot à l’horizontal. En bas, c’est déjà la nuit. J’ai toujours été fasciné par le spectacle de la terre vu d’avion. C’est pourquoi, quand le temps est clair, je sors souvent d’un vol de quelques heures avec un sérieux torticolis. Ce soir, on peut voir les lumières de cette immense agglomération qu’est Manille. Après quelques minutes de vol, les lumières s’espacent puis s’effacent, et on a maintenant de la peine à distinguer la terre de l’océan. De temps en temps, une lumière apparait dans un coin du hublot. Est-ce un village isolé ou un cargo en route vers la baie? Parfois, une constellation glisse sous l’aile. C’est une ville.

Nous avons quitté le bureau en milieu d’après-midi pour nous rendre à l’aéroport et prendre ce dernier avion pour Mindanao. C’est notre premier voyage sur place. Nous devons faire une reconnaissance rapide de la route en deux ou trois jours si c’est possible. Il y a Gérard Peltier, notre joyeux chef de mission, André « Badluck » Ratinet, l’ingénieur routier, Robert Robertson, notre consultant géologue Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.5: La fièvre monte à Mindanao →

Post it n° 7 – Au coiffeur !

Au coiffeur ! * 
Dehors, il fait gris sombre, froid humide et triste angoisse. Quand on passe badaudant devant la vitrine floue de la rue Saint Jacques longue, le trottoir est jaune enluminé.
Si on entre dans l’aquarium boutique, c’est encore mieux : il fait blanc lumineux et chaud tropical. Les vents électriques des séchoirs mangeurs de crânes recouvrent à peine les conversations molles et la musique en tube. D’étranges êtres capés immobiles se contemplent assis dans des miroirs lumière encadrés. Des esclaves serviles légers leur reforment la crête luisante hirsute.

Si l’on a pris bonne et due date, c’est le paradis retrouvé. On se place aussitôt parmi les maitres absolus que des serviteurs emblousés arrosent de pluies tièdes, massent de mousse odorante, abreuvent de café sucré, instruisent de considérations indispensables et d’interloquantes dernières, tondent des rouflaquettes, privent de leurs épis, coupent de leur superflu, réduisent dans leurs sourcils, séparent de leur raie et coiffent de leur technique.
On flotte léger, on somnole un peu, on répond à peine, on est bébé heureux.
Et puis, il faut partir.

Dehors, il fait gris sombre, froid humide et triste angoisse. Mais la chaleur giron du salon maternel vous caparaçonne encore pour quelques minutes de futur. Et toutes les vitrines qui bordent le chemin réfléchissent un temps puis vous confirment que vous êtes vraiment beaucoup mieux comme ça.

* Je sais bien qu’on ne dit pas « au coiffeur » ! Mais, c’est bien le titre qui vous a attiré, non ? Et si je disais que ce texte est dédié au coiffeur, ça vous défriserait moins ?

Bonjour, Philippines ! Chap.4: Un soir au Monte Carlo

   Pour les chapitres précédents de Bonjour, Philippines ! cliquez ci-dessous

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Le résumé des trois chapitres passés est-il vraiment nécessaire ? C’est évidemment l’avenir qui vous intéresse. Le voici dévoilé : dans ce quatrième épisode des aventures de Philippe au Philippines, on verra comment négocier une chambre au Hilton, comment devenir membre d’un club très fermé de Manille et pourquoi Ratinet n’a pas de chance.

Les choses vont mieux, du moins pour moi. Ces derniers jours, quand j’ai eu fini de tailler mes crayons, j’ai consacré mon temps à lire quelques études sur Mindanao et à examiner avec Pacifico de quels moyens matériels et humains nous pourrions disposer pour organiser une enquête de trafic, pour la réaliser et la dépouiller. Nous avons établi un premier planning qui devrait nous amener à boucler cette phase au bout de deux mois, ce qui nous en laisserait deux autres et même davantage pour exploiter l’enquête, effectuer les prévisions de trafic à cinq, dix, quinze et vingt ans, traduire tout ça en termes économiques, et aussi pour éponger les inévitables impondérables. Cette activité, calme et ordonnée, a amélioré mon humeur et m’a redonné un peu de moral, car, à cette occasion, je me suis aperçu que je savais à peu près ce que je faisais et que j’arriverai probablement à mener à bien ma part du projet.
Ce qui a également beaucoup contribué à me remonter le moral, Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.4: Un soir au Monte Carlo →

Post it n°6 -Au jardin du Luxembourg

temps de lecture : 1 minute

Au Jardin du Luxembourg

Il est dix heures trente. La voiture à bras couverte de petits voiliers multicolores arrive au bord du bassin. L’homme aux brancards installe les cales de la charrette près de la guitoune du gardien, exactement là où il les installe depuis 18 ans et où son père les a installées avant lui pendant 34 ans.Bateaux Luxembourg Les enfants qui attendaient cette arrivée depuis longtemps approchent en jouant des coudes. Contre quelques francs et en le pinçant par le haut du mat, l’homme au tablier leur remet un lourd bateau de bois qu’ils reçoivent dans le berceau de leurs bras. Le bassin se peuple de voiles numérotées qui filent vers le jet d’eau central en dérangeant les canards.
Les mères croyaient être tranquilles pour une heure.
Elles ont seulement changé d’inquiétude:
Pourvu que Paul ne tombe pas dans le bassin !