Archives de catégorie : Récit

Petite note à l’usage de mes biographes (7)

7 -Le tanneur de Saint-Amand

Il faut savoir qu’à cette époque lointaine, j’exerçais le métier d’expert pour le compte des Compagnies d’assurances. En termes simples, pour que vous compreniez bien, cela consistait pour moi, quand se produisait quelque part un incendie, une explosion, un dégât des eaux, le bris d’une machine ou toute cette sorte de choses qu’on appelle un sinistre, à évaluer les dommages causés par ledit sinistre et, si possible, à en déterminer les causes. Enfin, c’est ce que je me rappelle de ce métier.
Il faut que vous sachiez aussi que je n’exerçais mes talents que dans le domaine industriel.
Il faut que vous sachiez enfin que le sinistre dont je vais dire à présent quelques mots était l’une des toutes premières grosses affaires que j’eus à traiter. Voici : Continuer la lecture de Petite note à l’usage de mes biographes (7) →

Petite note à l’usage de mes biographes (6)

6- Hôtel de la Gare et Ski cassé

Il y a une soixantaine d’années, alors que nous en avions une vingtaine, nous allions skier à Zermatt, en Suisse. Nous habitions à l’Hotel Bahnhof, juste à côté de la gare où arrivait, et où arrive encore, je le suppose, le train à crémaillère qui monte depuis Visp dans la vallée du Rhône jusqu’au sommet du Gornergrat en passant bien entendu par Zermatt.

L’Hotel Bahnhof était une sorte de caserne qui offrait des chambrées à six places pour le prix, modeste pour une station élitiste, de 5 Francs suisses par jour et par personne. Le confort était lui aussi modeste, très modeste, mais du moment que nous avions accès aux pistes et aux boites de nuit, ça nous suffisait. (Google vient de m’informer que l’hôtel Bahnhof existe toujours, qu’il offre toujours des chambres à six lits pour le prix toujours modeste de 45 Francs suisses.)

C’est à Zermatt que se trouvait le seul Club Privé auquel j’aie jamais adhéré : le Broken Ski Club. Il avait fallu batailler Continuer la lecture de Petite note à l’usage de mes biographes (6) →

Petite note à l’usage de mes biographes (5)

5- Aventure en Arizona

C’était Juillet 1962. C’était l’Amérique. Plus précisément, c’était l’Arizona. Pour 50 dollars, à six, nous avions acheté une voiture à marchand de la ville. Huit dollars un tiers par personne, nous pouvions nous le permettre. C’était une Hudson 51, comme celle qui figure sur la photo.

C’était une 6 cylindres en ligne qui pesait 1800 kilos. Dans ma mémoire, sa couleur était grise, mais il se peut qu’elle ait été marron mat. Ce qui est certain, c’est que son pare-brise était en deux parties planes, ses fenêtres hautes, et sa calandre ornée d’un gros Delta chromé. Elle sentait l’huile chaude et la poussière. Elle consommait beaucoup d’essence. Et d’huile aussi. Mais l’essence n’était pas chère. Quant à l’huile, il nous arrivait de la voler.

Ses phares s’éteignaient parfois de façon intempestive, et lorsque nous roulions la nuit, il fallait que le passager qui était à l’avant tienne à la portière une lampe torche qu’il allumerait en cas d’extinction des feux.

Nous n’avons jamais réussi à nous mettre d’accord sur un nom à donner à cette voiture. De toute façon, à moi, ça paraissait un peu artificiel : elle et nous, nous nous connaissions à peine.

Un jour que nous roulions entre Flagstaff et Las Vegas, il nous est arrivé quelque chose.

La route en descente s’insinuait dans une forêt de grands pins en larges virages bien dessinés. La montagne était sur notre gauche et, sur notre droite, le terrain descendait en pente assez forte à travers les pins jusque vers un torrent.

Soudain, au débouché d’un virage sur la gauche, un grand arbre est en travers de la route. Notre conducteur du moment, peut-être moi, freine fortement mais sans panique et arrête la voiture sur la chaussée à quelques mètres de l’obstacle, car en cet endroit, il n’y a pas de bas-côté, pas de shoulder où ranger la voiture.

Nous descendons de voiture et tous les six nous approchons de l’arbre pour examiner la situation. L’arbre couché ne fait que sept ou huit mètres. Du côté gauche de la route, sa cime s’appuie sur le talus. Du côté droit, ses branches basses maintiennent le tronc à presque un mètre au-dessus du bitume. En l’attrapant par le sommet, il doit être possible de le faire pivoter pour le ranger le long du côté droit de la chaussée. Pendant que nous réfléchissions, une voiture qui venait en sens inverse s’est arrêtée comme nous quelques mètres avant le pin. Une famille en descend. Nos deux groupes, chacun de son coté de l’arbre se prépare à le saisir par la cime.

C’est alors qu’un bruit se fait entendre derrière nous, un bruit de moteur qui monte brutalement en régime. C’est un camion qui dévale la pente. En voyant notre Hudson et l’arbre qui lui barre la route, le chauffeur a rétrogradé puis pesé sur le frein. Quand la remorque a commencé à chasser, le chauffeur n’avait plus que deux solutions :

a – continuer à freiner et risquer ainsi de percuter d’abord une Hudson 51 et ceux de ses occupants qui n’auraient pas eu le temps de se jeter dans le fossé ensuite un tronc d’arbre et finalement une voiture montante et ses passagers.

b – passer en force en évitant si possible de tamponner les deux voitures.

C’est la deuxième solution qu’il choisit. Se porter sur le milieu de la chaussée en accélérant a pour premier effet de redresser la remorque et pour second effet de lui faire percuter l’arbre de face et en pleine vitesse. Dieu merci, la hauteur du parechoc de ce camion est supérieure à celle du tronc couché ; si bien que, dans un grand bruit, les pneumatiques du tracteur puis ceux de la remorque franchissent l’obstacle en bondissant par-dessus. Un habile coup de volant lui permet d’éviter la voiture montante. Cent mètres plus bas, dans un grand chuintement pneumatique, le camion s’arrête avant le prochain virage. Le chauffeur saute sur l’asphalte, considère un instant le tableau de l’arbre toujours en place et des voitures qu’il bloque, puis remonte dans sa cabine, repart dans un long coup d’avertisseur et disparait derrière le prochain virage.

Tandis que les piétons, le souffle coupé par ce qu’ils viennent de voir, reviennent lentement autour de l’arbre, je m’interroge sur l’étrange comportement du chauffeur. Je n’arrive pas à comprendre qu’il soit pressé au point de ne pas prendre quelques minutes pour comprendre ce qui s’était passé, engueuler tout le monde, aider à dégager la route. Ce n’est qu’après coup que j’en ai compris la raison.

Donc, nous sommes en train de nous remettre de cette émotion et de nous rapprocher du pin couché pour reprendre la manœuvre ébauchée un peu plus tôt.

Et c’est alors qu’un bruit se fait entendre derrière nous, un bruit de moteur qui monte brutalement en régime. C’est un camion qui dévale la pente, un camion en tout point identique à celui qui vient de disparaitre. En voyant notre Hudson et l’arbre qui lui barre la route, le chauffeur a rétrogradé puis pesé sur le frein. Quand la remorque a commencé à chasser, le chauffeur a lui aussi choisi de passer en force. Il s’est porté sur le milieu de la chaussée en accélérant. La remorque s’est redressée. Ses pneumatiques ont franchi l’obstacle en bondissant par-dessus. Un habile coup de volant lui a permis d’éviter la voiture montante. Cent mètres plus bas, dans un grand chuintement pneumatique, le camion s’est arrêté au même endroit que le précédent. Le chauffeur a sauté sur l’asphalte. Il a considéré la scène un bref instant, et d’un air furieux, il nous a montré le poing. Puis il est remonté dans sa cabine pour continuer sa route et disparaitre dans un long coup d’avertisseur.

Il ne nous restait plus qu’à dégager le pin fautif.

Bientôt publié
Aujourd’hui, 16:47 Sans titre ? Vraiment ?
26 Déc, 07:47 Tableau 376

Petite note à l’usage de mes biographes (4)

4-Athènes – Moi et les colonels

Hemingway sobre, imberbe et encore jeune, muni d’une seule petite valise et d’une machine à calculer Hewlett Packard, je débarquai du Boeing 707 d’Iran Air à Athènes le 15 novembre 1973 en provenance de Téhéran. Le monde état soulagé : la fête du Kippour était passée, Israël avait failli arriver au Caire, les Russes et les Américains avaient failli en venir aux mains, mais tous les combats avaient fini par cesser la veille de mon anniversaire. Délicate attention. 

À cette époque et depuis plus de six années, la Grèce était sous ce qu’il a été convenu d’appeler le régime des Colonels. Depuis le coup d’état militaire du 21 avril 1967, la Grèce s’était couverte de cet Continuer la lecture de Petite note à l’usage de mes biographes (4) →

Rendez-vous à cinq heures : Man farsi balam nistam 

La page de 16h47 est ouverte…

Man farsi balam nistam
par Guy

En 2008, j’étais à Téhéran pour quelques conseils techniques visant à améliorer la tenue de trois grands ponts de la ville, malheureusement sous-dimensionnés au séisme, hélas relativement fréquent et violent dans la région.

Je vais vous raconter une anecdote. Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures : Man farsi balam nistam  →

Petite note à l’usage de mes biographes (3)

3- Téhéran – Les chiens et le Shah

Téhéran ? J’y ai vécu un grand mois dans un bel hôtel moderne du quartier nord, l’Imperial Hotel, à réfléchir à la possibilité de réaliser un métro dans cette ville immense et disparate. Pour moi, les conditions de vie y étaient paradisiaques (j’en ai dit un mot dans Les chiens de Téhéran) : Ville nord moderne et confortable, bons restaurants, caviar pas cher, bourgeoisie francophone et francophile, cinémas et boites de nuit ; ville sud pittoresque et voilée, poussiéreuse et pratiquante, bazar exempt de touristes, mosquées inaccessibles. C’était il y a près de cinquante ans.

Deux jours après mon arrivée, le 6 octobre 1973, une attaque concertée des Egyptiens dans le Sinaï et des Syriens sur le Golan déclenchait ce qui devait être « la guerre du Kippour ». Elle dura 3 semaines. 

A l’époque, c’est Mohammad Reza Shah qui régnait sur l’Iran. C’est sans doute pourquoi le pays ne prit aucune part au conflit, au contraire de plusieurs autres pays musulmans. Seules quelques manifestations dans Téhéran-sud vinrent apporter un soutien purement formel à la coalition. Je remarquai aussi la discrétion de la bourgeoisie, très vraisemblablement pro-israélienne, dans ses commentaires sur la guerre. De son côté, la télévision du Shah faisait de son mieux pour condamner Israël sans convaincre personne. 

A part ça, la vie continuait comme avant pour moi et pour les Farsis. 

Un cessez-le-feu intervint le 23 octobre. Un peu plus tard, je remis un petit bout de rapport qui devait conclure, comme c’est l’usage, au besoin d’études complémentaires et je quittai Téhéran pour Athènes le 15 novembre.

Les travaux du métro commencèrent en 1978 sous l’égide d’une filiale de la RATP pour être interrompus par la révolution islamique et la guerre Iran-Irak. Ils ne reprirent qu’un vingtaine d’année plus tard, avec des entreprises chinoises. 

Telle fut ma contribution au métro de Téhéran. 

Bientôt publié
17 Déc, 07:47 Hôtel
18 Déc, 07:47 Le Wokisme a 50 ans
18 Déc, 16:47 Rendez-vous à cinq heures : souvenir de cinéma (2)

Petite note à l’usage de mes biographes (2)

2 – Premiers emplois.

Je terminai mon service militaire au mois de Janvier 1968 après deux mois passés à ne pas faire grand-chose dans la base aérienne de Carpiquet et quatorze autres mois à ne rien faire du tout dans la base aérienne de Villacoublay. Le marché du travail étant ce qu’il était en ces années glorieuses, je n’eus aucun mal à décrocher un emploi dans une société d’engineering parisienne. Je n’y étais pas depuis plus de deux semaines, occupé à planifier le déplacement d’un immeuble de neuf étages sur une cinquantaine de mètres dans la banlieue de Marseille, que je reçus une offre d’emploi financièrement supérieure dans Continuer la lecture de Petite note à l’usage de mes biographes (2) →

Petite note à l’usage de mes biographes (1)

1- Souvenir d’enfance

Je suis né en octobre 1942 dans une clinique du 9ème arrondissement. Comme du reste de ma vie en général, je n’ai que très peu de souvenirs de mon enfance. En voici un cependant que je n’oublierai jamais :

Une nuit d’été 1944, je me suis levé de mon petit lit pour aller me planter devant la porte fenêtre de ma chambre. A l’époque, nous habitions au cinquième étage du numéro 20 du Boulevard de Port-Royal. Donc, il faisait nuit et je crois même me souvenir de ce détail supplémentaire : la pleine lune éclairait l’immeuble d’en face. Et j’étais là, le front collé sur la vitre, à contempler sa façade gris pâle qu’aucune Continuer la lecture de Petite note à l’usage de mes biographes (1) →

AVENTURE EN AFRIQUE (6)

Arrivée de Chantal

Sachant que j’étais marié et que mon épouse allait arriver, avec un travail à venir, l’ambassade de France m’a attribué un studio dans un groupe d’habitations : « les Célibatoriums».

Les Célibatoriums étaient un ensemble de quatre immeubles comprenant huit studios chacun, soit 32 logements occupés essentiellement par des couples, logique pour des Célibatoriums !

 

Pour que nous puissions découvrir le pays, j’avais acquis la 2CV de mon prédécesseur qui n’était pas d’une première Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (6) →

AVENTURE EN AFRIQUE (5)

Le fleuve et le chantier de Saadia

Un dimanche matin Michel de Verdière m’a convié à une balade en zodiac sur le fleuve Niger en amont du pont Kennedy, en saison de hautes eaux. Ce pont d’une longueur de plus d’un kilomètre et a été financé et construit par les   Américains en remplacement d’un vieux bac. La plus grande partie de la ville se trouve sur la rive gauche du fleuve.

Cette sortie m’a permis d’observer les berges. Vers le pont les rives du lit majeur étaient cultivées. Il y avait de petits jardins maraîchers qui fournissaient la capitale en légumes frais. Rive gauche Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (5) →