Homéoteleute et Polyptote (2/10)

Résumé du début du premier acte :

En commençant ici votre lecture, vous avez raté la liste des personnages et des interprètes. Vous avez également manqué les trois coups et le lever de rideau sur le somptueux décor. Ce n’est pas bien d’arriver en retard au théâtre. Ca dérange tout le monde.
Le type au milieu, là, c’est le récitant. Il a demandé que l’on fasse silence et il vient de commencer son histoire. 

…Retenez vos larmes, étouffez vos cris, car il n’y a que dans le silence et le recueillement que l’on peut entendre une telle tragédie. Je commence…

C’est au pied du mont Lycabette, la colline aux loups féroces, qu’ils se rencontrèrent pour la première fois. Elle s’appelait Polyptote et lui, Homéotéleute. Elle venait de Zeugma, petite ile de la mer Métaphorique aux mille naufrages, et lui, des grandes plaines d’Antanaclase, riches en hypallages et en hypotyposes.

Polyptote était arrivée à Athènes un peu avant les dernières calendes pour suivre le cycle annuel des cours de Solipsisme Perspicace que prodiguait toujours Doryphore d’Alexandrie malgré son grand âge. C’était la première fois qu’elle quittait son ile où elle avait vécu jusque-là d’heureuses années, entourée de ses parents adoptifs, Charybde et Scylla, et de ses frères et sœurs Epigastre, Epigone, Epiphénomène et Epifanny. Elle était sans conteste la plus jolie des jeunes filles de Zeugma et, quand elle traversait la ville, simplement vêtue d’une peau de mouton de Panurge jetée sur ses épaules, les Zeugmiens faisaient pleuvoir sur elle des olives vertes et des figues de Barbarie en signe d’admiration tandis que les Zeugmiennes lui lançaient des éponges mouillées et des moules cuites en signe d’amitié. Mais depuis qu’elle était arrivée dans la capitale du monde, toutes ces petites attentions, certes rustiques mais cependant débonnaires, avaient cessé. C’est à peine si de temps en temps un Athénien l’accompagnait une heure ou deux en marchant à reculons devant elle, ou si une ménagère se couvrait la tête de poulpes sur son passage. Les olives et les éponges de son pays natal lui manquaient et elle commençait à se sentir isolée. C’est pourquoi, en plus de son inscription aux cours de Doryphore l’Ancien, elle était devenue membre d’un club sportif hyperbolique, espérant ainsi rencontrer des jeunes gens de son âge.

Ce jour-là, elle prenait le frais sur un petit banc de marbre de Thassos à l’ombre d’un grand cognassier du Péloponnèse après une séance de Lutte Elliptique, avant d’aller s’asseoir sur les gradins de l’amphithéâtre Antigone Œdipide pour y subir quatre heures de Doryphore le Prolixe en plein soleil.

Elle portait une très jolie petite praxis en toile de Catachrèse, légèrement échancrée dans le dos, et des spartiates en cuir de Terpsichore. Une large ceinture en fibres de synecdoque était négligemment nouée en bande de Möbius autour de sa taille. Ses longs cheveux blonds, rassemblés au sommet de son crâne par un anneau torique en onyx repoussé, ruisselaient sur ses belles épaules et luisaient au soleil.

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5 réflexions au sujet de « Homéoteleute et Polyptote (2/10) »

  1. Bravo pour l’exercice, et c’est tellement de sortir du globbish !

    Ma seule observation concerne la coiffure de Polyptote, plutôt anachronique.

  2. Pourquoi ce retour éternel à la Grèce Antique?

    La capitale mondiale (The World Capitol) de 2021 ou 22, ce sera Beijing!

    Essayes donc de traduire cette suprême tragédie en Mandarin avec un Casting Coco du Parti?

    La philo Mao-Confucéenne te permettra un certain flou, garant du succès!

  3. « On dirait du Homère » : pas encore, mais y en aura
    Q1 : les bonnes années seulement
    Q2 : oui, par souci d’économie

  4. On dirait du Homère.
    Question 1 : le cognassier du Péloponnèse donne-t-il des cognasses ?
    Question 2 : la belle Polyptote se fait-elle le maillot à l’aide d’un rasoir d’Ockham ?

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