All about Eve (Critique aisée 59)

Critique aisée 59

Je viens de revoir ce film et je ne peux m’empêcher de m’assurer que vous l’avez vu aussi ou que vous le verrez bientôt.

All about Eve
1950-Joseph L.Mankiewicz-Bette Davies-Anne Baxter-George Sanders

C’est une histoire qui se déroule dans le même monde, la même ville, probablement la même rue et le même décor que le récent et passablement surfait « Birdman« . Mais ça se passe soixante-cinq ans plus tôt, c’est en noir et blanc, et ça n’a rien à voir.

A presque quarante ans, Margo Channing (Bette Davies) est la plus grande actrice de Broadway, capitale mondiale du théâtre. Quand commence le film, elle joue le rôle d’une jeune femme dans le succès de l’année, mis en scène par Bill Sampson, son fiancé, comme on disait à cette époque, sensiblement plus jeune qu’elle.  La pièce a été écrite par leur meilleur ami, Lloyd Richards. Son titre est, ironiquement, Aged in wood, (Vieillie en fût de chêne). On comprend là que Margo va vivre une crise de la quarantaine. Arrive dans la vie de la star une jeune admiratrice, Eve Harrington (Anne Baxter). Intelligente, arriviste, manipulatrice, Eve va se placer  auprès de Margo et prendrepour elle de plus en plus d’importance. Son talent et ses manœuvres lui permettront même de se faire engager comme doublure de Margo et de remporter un soir d’empêchement de la vedette un très grand succès. Poussée et guidée par Addison DeWitt (George Sanders), critique de théâtre raffiné et tout puissant, Eve finira par prendre le rôle principal, celui de la jeune fille, dans la nouvelle pièce, Footsteps on the ceiling, que Lloyd Richards avait écrite spécialement pour Margo. Eve deviendra ainsi la nouvelle Margo Channing.Bette Davies as Eve

Aux Oscars de 1950, All about Eve a été nominé quatorze fois et a reçu six statuettes dont celles du meilleur film, du meilleur scénario, du meilleur metteur en scène et du meilleur acteur dans un second rôle (George Sanders).

A y réfléchir, là, maintenant, tout de suite, je ne vois pas de meilleur film sur le théâtre, sur le métier de comédien, sur le statut de monstre sacré. Bien sûr, je n’oublie pas Entrée des artistes, qui portait davantage sur l’apprentissage que sur l’exercice du métier (merveilleux Jouvet, excellent Dauphin, prometteur Blier). Naturellement, je me souviens  du Dernier métro qui était plus une histoire d’amour sur fond d’Occupation (Charmant Truffaut, excellente Ferréol, bon Depardieu, belle Deneuve). Toujours, je me rappelle Looking for Richard (intense Al Pacino) qui était moins un film qu’un documentaire sur l’analyse et la mise en scène d’un colossal Shakespeare. Ça me fait penser à  Shakespeare in Love, charmant mais léger.

Aucun de ces films ne s’approche de l’intelligence de celui-là, avec ses personnages un peu convenus, ses dialogues construits, son absence totale de naturalisme, et ses acteurs si solides. Bette Davies est la star de ce film. C’est son personnage bien sûr, mais elle le remplit parfaitement, parfois belle, parfois laide, parfois femme amoureuse, parfois peste. Je ne vois aucune actrice française capable de jouer tous ces aspects avec une telle virtuosité, Peut-être Girardot dans ses meilleures années, ou bien Huppert. Oui, probablement Huppert.

All about Eve, louez-le, achetez-le, piratez-le, streamez-le, volez-le, mais voyez-le et prenez une leçon de théâtre.
En cadeau bonus, vous pourrez y apercevoir, déjà très belle et dans un tout petit rôle prémonitoire, Marylin Monroe.

5 réflexions au sujet de « All about Eve (Critique aisée 59) »

  1. J’oubliais!! J’aime la derniere scene où la nouvelle Margo va ouvrir sa porte….
    Je n’en dit oas plus pour ceux n’ont pas vu ce chef d’œuvre….

  2. Oui oui! Je l’ai vu trois fois en trente ans peut être ! C’est effectivement son meilleur rôle . Elle est d’une beauté incroyable. Ce film nous fait térriblement regretter le noir et blanc.
    Une film Français avec A. Jaoui et k. Viar ( Le rôle de sa vie) est tres bon , mais ne m’a jamais transporté comme Eve.
    Encore une fois nous sommes d’accord.

  3. Je l’ai vu, y a longtemps, l’avais oublié, et le reverrai avec plaisir et intérêt, c’est promis. Merci de m’y avoir incité. Dans la liste évoquée, j’ajouterai un grand film qui a un autre rapport avec le théâtre, différent j’en conviens: « Les enfants du paradis », ne serait-ce que – mais pas seulement – pour Pierre Brasseur et son rêve de jouer Othello.

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