Journal de Campagne (14)

Journal de Campagne (14)
Dimanche 29 mars 2020 – 16h47

Aujourd’hui, il s’est passé quelque chose : l’article du matin est paru avec une heure de retard. C’est la faute à Giscard et à son heure d’été. C’est réparé : le Journal sera a nouveau distribué à l’heure. Jusqu’à la foutue heure d’hiver.

Et il vient de se passer autre chose : la chute de quelques flocons de neige.

Mais avant-hier, il ne s’était rien passé. Hier non plus. Tellement rien que j’en ai été réduit à vous parler d’un distributeur automatique de légumes et du Monde de l’Écriture. C’est dire !
Aujourd’hui, à l’heure d’écrire mon petit mot quotidien, j’essaie de me rappeler quel a été l’évènement marquant de la journée (autre que l’avènement de l’heure d’été). Fut-ce le lever du soleil ou le passage du facteur ? Vous me direz que ce dimanche n’est pas achevé et qu’il peut se passer encore bien des choses, qu’un avion peut traverser le ciel au-dessus de nous comme autrefois, ou que George Clooney peut venir frapper à ma porte pour exiger un café Jacques Vabre. C’est possible. Mais je ne vais pas prendre le risque d’attendre que ça se produise pour remplir le 28 mars dans mon éphéméride de crise.

Ce matin, c’était un peu avant six heures, j’avais depuis longtemps achevé mon petit-déjeuner dont le plateau reposait à côté de moi sur les couvertures. J’avais ouvert les volets et j’observais la lueur grise du jour apparaitre au-dessus de la haie et tourner lentement au bleu pâle. Ça allait être encore une belle journée. Un peu fraiche avec ce vent d’Est, mais une belle journée quand même.

Le monde extérieur et ses nouvelles froides étant inaccessibles depuis ma chambre du fait de l’épaisseur des murs et de la faiblesse des ondes de mon WiFi, j’écoutais, peut-être pour la vingtième fois, Denis Podalydès me lire les dernières pages du Temps retrouvé (1) . Il en était au superbe passage des pavés de la cour des Guermantes. Il commence comme ça :

« Mais c’est quelquefois au moment où tout nous semble perdu que l’avertissement arrive qui peut nous sauver : on a frappé à toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par où on peut entrer et qu’on aurait cherchée en vain pendant cent ans, on y heurte sans le savoir et elle s’ouvre… » (2) 

C’est à cet instant que, sans interrompre Podalydès dans sa lecture, mais sans l’écouter davantage, je cherchai à retrouver mes souvenirs de Campagne. Je sais bien que, pour le petit Marcel, seule compte vraiment la mémoire involontaire et que, s’il avait été au courant de mes efforts, il m’aurait probablement dit : « Certes, on peut prolonger les spectacles de la mémoire volontaire, qui n’engage pas plus de forces de nous-même que feuilleter un livre d’images. » Mais bon, je n’avais que ça sous la main et, à l’instar de George Clooney, la mémoire involontaire ne venant me voir que quand elle veut et non quand je veux, je devrais bien m’en contenter.

Ayant fait ingénieur, comme m’en accusait mes associés pour mieux me reprocher mon esprit trop cartésien, je commençai à méthodiquement dresser la liste de mes Campagnes. L’ordre chronologique semblant le plus adapté, je commençai ma liste avec Touffreville, en Normandie, la maison forestière que mes parents louaient à l’année. Venaient ensuite mes différents lieux de chasse, Coullons, près de Sully sur Loire, Ardon près d’Orléans, puis à nouveau au Sud de Sully, un village dont le nom m’échappe, et puis Baugy. Tous ces lieux étaient remplis de souvenirs, mais ils étaient lointains, confus, souvent mélangés, indistincts les uns des autres. Venait en dernier, bien sûr, et pour couronner le tout, le plus récent, le plus permanent, le plus personnel, Champ de Faye.

Si par hasard il ne se passait ces jours prochains, je tenterai de rallier mes souvenirs de Champ de Faye.

Je ne manquerai pas de vous tenir au courant du suivi et, dans cette attente, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’assurance de mes meilleurs sentiments.

Note 1 : Merci encore à ceux qui, il y aura bientôt sept ans, s’étaient réunis pour m’offrir cette Recherche du temps perdu que j’écoute et réécoute sans cesse ni me lasser. Jamais un cadeau d’anniversaire n’aura été autant utilisé.

Note 2 : Pour un extrait plus complet, cliquez donc I C I

P.S. Nous sommes à Champ de Faye depuis maintenant quinze jours. Pourtant,  jusqu’ici, ça va :

Cartoon aimablement communiqué par Paddy

 

2 réflexions au sujet de « Journal de Campagne (14) »

  1. Syracuse ayant réveille chez tes lecteurs Matudinaux de beaux souvenirs ensoleillés , les voilà refroidis par ces flocons de neige campagnards…
    À PAris rien , c est encore plus calme que d habitude , difficile de se défaire des habitudes , eT un Dimanche de confinement , on fait moins que rien!
    Les jeunes adultes chargés de jeunes enfants s échangent des blogs d astuces pour occuper leur progéniture et voient arriver avec angoisse les premières vacances sans la perspective du relais grandparental….
    Une naissance dans notre entourage : Ca fait tout drôle !

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