Objectif  : Le Monde

Objectif  : Le Monde

Au temps de ma jeunesse folle, il était de bon ton de considérer que Le Monde était un journal objectif. Personnellement, je n’en ai jamais cru un mot, mais il n’était pas toujours aisé d’apporter la contradiction à cette idée reçue, largement partagée pendant des décennies1  dans les milieux estudiantins et leurs environs. C’est pourquoi, l’autre jour, sur cet excellent podcast qu’est « Le Nouvel Esprit Public« , son créateur, animateur et modérateur, Philippe Meyer, qu’on ne soupçonnera pas de conservatisme exacerbé, m’a fait grand plaisir en rapportant cette anecdote à propos d’Hubert Beuve-Méry2.

Philippe Meyer, alors jeune journaliste sans emploi, déjeune avec Beuve-Méry pour discuter de son éventuelle collaboration au Monde. HBM présente longuement ses conceptions du journalisme en général et du Monde en particulier. Comme le Grand Manitou n’a pas prononcé une seule fois le mot « objectivité » au cours de son exposé, Meyer pose la question :
—Mais, Monsieur, qu’en est-il du devoir d’objectivité du journaliste ?
—Jeune homme, si vous entrez au Monde, contentez-vous donc d’une subjectivité désintéressée.

Le mot est joli, la formule est élégante, mais elle fait bon marché de la légende du journal3.

Notes
1 — Elle l’est beaucoup moins (partagée) depuis le séjour d’Edwy Plenel à la tête de la rédaction
2­­ — Directeur du Monde de 1944 à 1969
3 — C’est la chose la plus gentille que j’aie trouvé à dire sur Le Monde

Bientôt publié

    • Demain, …….A propos de l’affaire Dreyfus
    • 21 Mar, ………Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
    • 22 Mar, ………Tableau 246
    • 23 Mar, …….. La fin de l’écriture
    • 24 Mar, ……..Big Bang

2 réflexions au sujet de « Objectif  : Le Monde »

  1. Nous avions en effet un prof d’une très grande valeur, au Collège d’Enseignement Général, qui lisait Le Monde et nous donnait en commentaires de textes des extraits de son journal de référence. Il commençait toujours son cours en ôtant sa montre et en la posant sur son bureau.
    En cas d’absence – rarissime- de l’un de ses collègues, il était capable de le remplacer et de prendre en charge deux classes de 30, en n’importe quelle matière à l’exception des matières scientifiques. Je me souviens qu’il participa au fameux « jeu des mille francs » avec succès. Cher Monsieur Debrus, dans la tombe où vous devez reposer, mes respects affectueux, et merci pour les quelques baffes méritées dont vous me gratifiâtes.

  2. Beuve-Merry est le fondateur du Le Monde en 1944 à la demande du Gl de Gaulle. On sait comment il remercia ce dernier, en tout cas avec une parfaite subjectivité digne d’un jesuite (il debuta sa carrière dans un canard catho), surtout dans ses tribunes signées Sirius.

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