Une Américaine à Paris

La parution dans le JdC du 26 octobre 2024 (un quotidien chrétien de gauche proche de Télérama) d’un commentaire élogieux envers NRCB (Notre Rédacteur en Chef Bienaimé) a soulevé bien des protestations et suscité une immense jalousie chez l’ensemble de ses lecteurs de sexe masculin. Pour ces maris et pères de famille respectables férus de la Princesse de Clèves, le commentaire de cette jeune et belle américaine venue étudier le portugais à Paris revêtait tous les caractères d’une véritable déclaration bien qu’il ne s’agissait, en théorie, que d’un remerciement un peu appuyé quand même pour l’aide décisive apportée par NRCB à la révision de ses cours. Selon Paddy qui avait traduit en albanais pour La Cause Ouvrière de Tirana les fameuses Lettres de la Religieuse Portugaise, la ressemblance littéraire était troublante même si certaines imprécisions grammaticales traduisaient les tâtonnements, si l’on peut dire, de l’étudiante en portugais et de son mentor parisien.

Moi, de mon côté, je me demandais comment avait pu disparaître l’impitoyable censure qui sévissait jadis au JdC et qui avait interdit la publication de la suite des Corneilles de Lorenzo dell’Acqua au prétexte que son titre, Les oiseaux ne vont pas que mourir au Pérou, avait une connotation érotique.

Mais qui est donc cette Saina Smith qui avait répondu avec enthousiasme aux avances d’un octogénaire un soir d’octobre dans un véhicule de transport en commun parisien ? Après vérifications, il s’avéra que Madame Saina Smith ne faisait pas partie des multiples séductrices dont notre écrivain soupoudrait comme James Bond ses exploits aux quatre coins du monde. Non, vraiment, personne parmi les lecteurs assidus du JdC n’en avait jamais entendu parler. Pour René-Jean, Saina n’aurait jamais existé et l’auteur du commentaire obséquieux ne serait autre que Philippe lui-même. Il s’agirait encore d’une provocation de ce mégalo (selon lui) destinée à faire baver de jalousie ses anciens camarades d’Ecole pourtant pas plus séniles que lui (mais moins séduisants, NDLR). Quant à Madame Chantal, dite Lariégeoise, qui s’y connait en aguicheuses professionnelles d’origines géographiques variées, elle affirma que cette Saina n’avait jamais fait partie de son personnel.

Force-nous fut de constater que l’inconnue l’était aussi au bataillon. Pourquoi cette séductrice yankee était-elle venue perturber le ronron bien huilé des récits consensuels du JdC où les galipettes d’un autre âge étaient bannies depuis belle burette ? On se le demande ! Mais là, brutalement, sans aucun avertissement, le JdC change d’orientation et sombre dans l’immoral. NBRC est le seul à considérer que ce commentaire n’est pas plus indécent que les dialogues de Blind Dinner. Un peu facile l’amalgame s’est exclamé Jim qui n’a pas pour habitude de contester la parole du Chef.

L’épouse légitime de NRCB, considère qu’une vie entière consacrée à la Littérature autorise ce genre de rencontre virtuelle (d’après elle) surtout quand on vise le Prix Nobel. Personne n’a osé la contredire pour le moment. NBRC, lui, a refusé de répondre à nos questions pourtant pertinentes et s’est retiré dans une province défavorisée de l’est du pays où il ne nous a pas semblé prudent à notre âge d’aller l’interviewer surtout en plein hiver et sous la neige.

Que s’est-il donc passé sur la banquette arrière du Bus 91 qui dessert non seulement les règles de la bienséance mais aussi le domicile du séducteur ? Comme l’a souligné Bruno, notre expert du Septième Art, cette rencontre n’est pas sans rappeler la scène inaugurale du film Emmanuelle bien qu’elle se déroulât, non pas dans un avion de ligne d’Air-France, mais dans un autobus de la RATP. D’après les informations que nous avons déduites de son statut d’étudiante en Portugais (on se demande d’ailleurs pourquoi une Américaine est venue apprendre le Portugais en France. L’avenir nous l’apprendra peut-être mais ce n’est pas certain), l’intéressée devait avoir entre 18 et 24 ans à tout casser au moment des faits. D’où une différence d’âge que la morale judéo-chrétienne juge rédhibitoire, même pour une relation amicaline.

Nous rappelons également aux lecteurs du JdC que NRCB avait non seulement dépassé les quatre-vingts ans mais qu’en plus sa connaissance du Portugais se résumait à un tour de chant d’Amalia Rodriguez auquel ses parents l’avaient emmené pour l’anniversaire de ses douze ans.

En réalité, tous les lecteurs du JdC se demandent lequel des deux est le responsable de cette aventure torride qui défraya la chronique sur la ligne 91 un soir d’octobre 2024 : l’innocente étudiante en portugais qui séduit un Ingénieur des Ponts néanmoins cacochyme ou l’impénitent séducteur d’âge canonique qui s’attaque à une petite anglo-saxonne seule et sans défenses dans Paris ?

Il n’y a pour le moment aucune réponse à cette interrogation cruciale mais, soyez rassurés fidèles compagnons de route de plus de cinquante ans, l’honneur de votre ami Philippe est sauf. Il sort même grandi de cette aventure car la petite Américaine qu’il avait aidée avec succès à réviser ses cours de portugais sur la banquette arrière du bus 91 était la fille de son neveu installé aux USA, autrement dit sa petite nièce, ce que l’on n’apprit que neuf mois plus tard quand elle donna naissance à un petit garçon prénommé Philippe.

14 réflexions sur « Une Américaine à Paris »

  1. @ Jim : on pensait que tu avais voulu dire : cyber-ration, en prévision de la famine culturelle numérique qui nous attend …

  2. Tout à la fois. Une sidération non au sens médical du terme mais au sens d’une stupéfaction spontanée, comme un réveil après une somnolence provoquée par la rareté, la pauvreté parfois, des commentaires qui sont, ou étaient, l’esprit du JDC pour votre humble serviteur qui ne se contente pas que du sujet du jour (texte, photo, opinion, etc) mais en prime des commentaires suscités. J’espère ne pas fâcher qui que se soit, je ne sais pas si mes commentaires valent quelque chose mais j’essaie d’en faire, toujours spontanés.

  3. Bien que je m’en sois donné la peine, j’avoue que je n’ai pas saisi la  »sidération » de Jim. A-t-elle été provoquée par le fait divers diffamatoire rapporté par certain, par les accusations de mollesse proférées par d’autre, par les tentatives poétiques et polyglottes d’aucun ? Va savoir !

  4. Personne ne l’a peut-être remarqué, mais les deux commentaires disparus ont mystérieusement réapparu dans la boite du JdC. Je les ai aussitôt validés, bien sûr… Plutôt deux fois qu’une.

  5. Je confirme qu’il y a bien un bug qui circule. Avant hier j’écris mon commentaire à 12h15, je valide mais le Capcha me dit d’opérer un retour et recommencer. Je décide de faire ça plus tard car je suis appelé à déjeuner. À 12h54, je retourne à mon commentaire, y apporte une ou deux corrections, le valide et l’envoie sans problème cette fois. Quelques heures plus tard de retour sur le JDC pour voir s’il y a du nouveau, ce qui m’intéresse toujours car la consommation de JDC m’est une addiction incurable (et il y a du nouveau en effet, sous la plume de Mme Lariègeoise) et je constate que mes deux commentaires sont là, celui rejeté à 12h15 et celui accepté à 12h54. La communauté fidèle au JDC, addicte ou non, va penser que je suis fêlé, tant pis.
    Des bugticides existent, mais sont-ils acceptés par les ayatollahs écolo ou par l’UE, c’est une autre histoire.

  6. Comme je l’ai dit à Lorenzo à qui, hier, il est arrivé la même chose, tous les commentaires reçus ont été publiés.
    Il y a donc eu un bug quelque part. Quant à savoir où, c’est une autre affaire.

  7. Sidération!
    C’est le mot pour seul commentaire que j’ai envoyé avant hier soir, pensant « comprenne qui voudra s’il s’en donne la peine ». Mais, il n’est pas apparu hier. Est-ce une décision arbitraire du cerbère vigilant Capcha? Ou bien une censure opérée par NRCB? J’en sait rien.

  8. Lariégeoise m’accuse de produire des distractions ubuesques alors que la guerre sévit partout.
    Elle a raison et tort. Mais si on ne résiste pas à la morosité mortifère ambiante, alors, nous aussi, nous sommes morts. Je pense que les articles qui ont la prétention de nous distraire sont, à ce titre, des bouées de sauvetage salutaires.

  9. @ Paddy : Nous sommes soulagés d’apprendre que tu n’es pas spécialiste que de l’albanais. Néanmoins, nous te serions reconnaissants de bien vouloir rédiger à l’avenir tes commentaires en français plutôt que dans des dialectes en voie de disparition et inconnus des lecteurs du JdC.

  10. Cela ayant été dit, il me semble salutaire de tenter de nous distraire de la morosité, le mot est faible, ambiante. Voilà pourquoi les articles qui voudraient être distrayants sont à mes yeux les bienvenus.

  11. Il est logique de faire un commentaire quand on n’est pas d’accord avec toi. Mais le problème avec tes articles polémiques, c’est que nous sommes tous d’accord avec toi. Alors, les seuls commentaires que nous aurions pu ou du faire auraient été : « Merci NBRC de dire exactement ce que nous pensons comme toi ».

  12. J’AI, la réponse à cette interrogation cruciale. Cette Saina Smith à l’arrière de l’autobus 91 était évidemment une américaine lettrée, connaissant beaucoup plus que les romans à l’eau de rose de Mary Higgins Clark et connaissant parfaitement tous les poèmes de l’une des plus grandes poétesses anglo-saxones, Elisabeth Barrett Browning, connus surtout pour plusieurs oeuvres dont l’une en particulier: « Sonnets from the Portuguese » (Sonnets portugais). Échangeant à l’arrière de l’autobus 91 avec son voisin volubile, elle comprit de suite qu’elle avait à faire avec un lettré, il y en a à Paris pensait-elle, un lettré qui devait connaitre les Sonnets portugais de Elisabeth Barrett Browning, obligatoirement, et, obligatoirement, le fameux sonnet 43 qui n’était pour elle, alors qu’elle entrait en transe, le seul moyen de communiquer son amour subit pour son interlocuteur, sonnet que je cite ici en VO:
    « How do I love thee? Let me count the ways.
    I love thee to the depth and breadth and height
    My soul can reach, when feeling out of sight
    For the ends of Being and ideal Grace. »
    etc
    Paddy n’est pas qu’un lettré albanais!

  13. J’AI, la réponse à cette interrogation cruciale. Cette Saina Smith à l’arrière de l’autobus 91 était évidemment une américaine lettrée, connaissant beaucoup plus que les romans à l’eau de rose de Mary Higgins Clark et connaissant parfaitement tous les poèmes de l’une des plus grandes poétesses anglo-saxones, Elisabeth Barrett Browning, connus surtout pour plusieurs oeuvres dont l’une en particulier: « Sonnets from the Portuguese » (Sonnets portugais). Échangeant à l’arrière de l’autobus 91 avec son voisin volubile, elle comprit de suite qu’elle avait à faire avec un lettré, il y en a à Paris pensait-elle, un lettré qui devait connaitre les Sonnets portugais de Elisabeth Barrett Browning, obligatoirement, et, obligatoirement, le fameux sonnet 43 qui n’était pour elle, alors qu’elle entrait en transe, le seul moyen de communiquer son amour subit pour son interlocuteur, que je cite en VO:
    « How do I love thee? Let me count the ways.
    I love thee to the depth and breadth and height
    My soul can reach, when feeling out of sight
    For the ends of Being and ideal Grace. »
    etc
    Paddy n’est pas qu’un lettré albanais.

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