AVENTURE EN AFRIQUE (10)

Nos activités

Les activités de loisirs

Nous étions conscients que nous avions de la chance d’être là et que notre séjour se passerait rapidement. Il fallait donc profiter pleinement du présent pour découvrir ce vaste pays et connaître ses habitants. Nous n’avions ni poste de radio, ni télévision. Nous occupions nos soirées de semaine entre : dîners en ville, cinéma en plein air avec un western spaghetti, sorties au centre culturel Franco Nigériens avec son ciné-club et ses conférences. Régulièrement en fin de journée nous prenions l’apéritif chez les uns ou chez les autres. Là, nous échafaudions entre autre le programme du week-end. Nous ne passions jamais un dimanche dans les studios. Nous avions le samedi après-midi et le dimanche de libre. François Charpentier arpentait la semaine le Niger dans le cadre de ses activités de journaliste. De mon côté, je passais une grande partie de mes journées de la semaine en brousse pour mes chantiers. A nous deux cela nous permettait d’envisager des secteurs à découvrir les week-ends avec nos amis.

Il y a une notion que je voudrais évoquer : la notion de temps : le “temps long”. J’avais l’impression que le temps s’écoulait plus lentement au Niger qu’en France. Nous étions coupés de tout : la famille, la France, plus d’examen à préparer, pas de souci, et financièrement de quoi vivre. Nous n’avions qu’à penser à nous et à profiter du temps qui passe en copiant les Africains. De retour en France, le temps s’est accéléré !

Au pied d’un baobab poussé sur la tombe d’un marabout.

La pharmacie
Récit de Chantal

Il y a quarante-huit ans, début janvier, je partais rejoindre mon mari qui effectuait son service militaire dans le cadre de la coopération technique, au Niger. C’était mon premier grand  voyage par avion pour une destination méconnue : le Sahel !

Deux mois auparavant, par un concours de circonstances inespérées, j’avais rencontré un pharmacien de Toulon, qui s’apprêtait, par un itinéraire transsaharien, via la Méditerranée et l’Algérie, à rejoindre le Niger. Il lui était nécessaire d’avoir un pharmacien assistant, remplaçant dans son officine de Niamey…

Je suis arrivée par une chaleur torride insoupçonnée, elle venait du sol latéritique rouge de la piste du petit aéroport. Aux formalités de douane et à la récupération de mon bagage, le personnel était noir, peu de blancs. Je retrouvai mon mari accompagné de quelques-uns en tenue saharienne, d’autres en boubou.

Quelques jours après, je venais à la pharmacie. C’était un bâtiment de style colonial s’étirant en bordure de la place du marché : un quai surmonté d’une galerie à piliers et d’un fronton à claustras, l’ensemble de couleur blanche imprégnée de poussière de sable rouge. En arrière deux grandes vitrines sans publicité ni décoration pour la lumière du jour, étaient celles de la pharmacie, une troisième était celle du magasin de photos « Kodak », attenant. Le tout appartenait au pharmacien titulaire qui m’embauchait : Louis-Henri Mouren.

Sitôt les marches du quai franchies, je trouvais un premier personnage : le gardien, adossé à un pilier, un grand noir, petit chapeau noir sans bord style « chéchia », édenté. Quelques doigts restaient à ses mains abimées et blanchies par la lèpre. Une tunique beige laissait apparaître ses jambes maigres dont les pieds retenaient avec peine des « samaras ». Une béquille ancienne, dans le creux de son épaule le soutenait. De sa béquille, redoutable et menaçante, il faisait fuir les enfants espiègles, les estropiés, les culs de jatte qui venaient mendier.

J’entrais dans le magasin : de hautes étagères tapissaient les murs, deux longues échelles y étaient adossées, au sol le comptoir en « L », à l’angle la caisse. La caisse était actionnée avec une manivelle, et ne distribuait pas de tickets. Elle recevait les pièces de monnaie, les billets (francs CFA), des « bons », ceux-ci servaient ultérieurement à établir les factures correspondantes adressées ensuite aux payeurs ! C’est la gestionnaire, Mme Havard dit Duclos, épouse d’un adjudant-chef cantonné sur la base aérienne française de Niamey, qui tournait la manivelle. Grande femme, quillée sur des talons compensés, menant à grands éclats de voix et à grands pas le personnel africain (trois employés noirs). Elle assurait le « public relation » surtout avec les blancs ! Elle n’avait que peu de connaissances médicales. Cela contrastait avec Jean, d’origine dahoméenne (Bénin), de petite taille, rond, ancien infirmier de l’armée française. Il était catholique et avait quatre épouses ! Il servait les clients, assurait des soins d’infirmerie. Il était responsable des commandes et des relations avec le service des douanes. Pour ce service il fallait toujours quelques choses : des liasses de papiers (imprimés de déclarations) et de la « monnaie cadeau » ! Boubacar, grand mince, jeune, portant des lunettes, à la démarche nonchalante, intellectuel, d’ethnie Haoussa, était surtout vendeur, parfois magasinier. Par un passage on accédait à l’arrière-boutique occupée par des rayonnages, et de petites réserves. C’était le domaine d’Ibrahima. Il recevait, plaçait les commandes et, par une sorte de passe-plats, il fournissait les médicaments à l’appel de Boubacar  dans un langage commun : « Brema ! 3 aspirines ». Ibrahima était petit, mince, plus âgé et d’ethnie Djerma.

Ces trois personnages parlaient français, langue nationale, savaient la lire. Ils parlaient aussi les langages de leurs ethnies avec les clients. Ils avaient en commun une expression phonétique « voualaï », en français « nom de Dieu », exclamation qu’ils utilisaient souvent, signifiant l’étonnement, l’admiration, la stupeur…

Par les petites réserves, on débouchait dans une ruelle interne à ciel ouvert. Sur un côté elle donnait accès à de grandes réserves sous les toits de tôle ondulée, un petit laboratoire, une infirmerie, et en étage à l’appartement de M. Mouren. Un bout de la ruelle était muré, l’autre avait une porte, cette dernière donnait sur une rue passante.

A l’arrière comme à l’avant de la pharmacie, se tenaient des « kaya-kaya » (petits marchands à étal réduit), une foule grouillante, colorée, de marchands ambulants, de passants, de mendiants, de clients, déferlait… !

Le gardien surveillait !

A SUIVRE

 

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