Archives de catégorie : Critiques

La puce à l’oreille – Critique aisée n°183

Critique aisée n°183

La puce à l’oreille
Georges Feydeau – (1907)
Troupe de la Comédie Française (2019)

Les pièces de Georges Feydeau sont des mécanismes d’horlogerie, des mécanismes d’horlogerie d’une précision suisse, construits par un horloger maniaque dans le seul but de pouvoir y introduire lui-même un à un les grains de sable qui emmèneront l’horloge en survitesse et finiront par la faire exploser.
Bon, d’accord, mais la comparaison des pièces de Feydeau avec un mécanisme, infernal ou de précision, d’horlogerie est d’une telle banalité que je vous prie de m’excuser d’être tombé dans un tel cliché. Alors, je vais tenter devant vous de filer une métaphore dont j’ai tout lieu de croire qu’elle est totalement originale. Voici : pour un metteur en scène, une pièce de Feydeau, c’est comme un meuble à monter de chez IKEA.

Tiens donc ?

Quand vous recevez un meuble à monter de chez IKEA, tout est là, toutes les pièces, les planches, les portes, les étagères, les vis, les écrous, les targettes, les poignées, les miroirs, les cornières et même la petite clé à 6 pans, celle que vous perdez dans les six premières minutes, tout vous dis-je, et si vous respectez Continuer la lecture de La puce à l’oreille – Critique aisée n°183

Le Mans 66 – Critique aisée n°182

Attention, ceci n’est pas le 3ème épisode du récit haletant que vous suivez depuis quelques jours « De La Flèche au Mans » !

Critique aisée n°182

Le Mans 66
James Mangold – 2019 – 152 minutes
Matt Damon, Christian Bale

Et voilà ! Cela fait cinq ans que vous lisez mes Critiques aisées (aujourd’hui, c’est la cent quatre-vingt deuxième ( fichtre ! )). A présent, vous connaissez parfaitement ma pondération, mon sens de la mesure, mon maniement de la litote, mon usage de l’implicite. Eh bien, aujourd’hui, c’est très explicitement, sans euphémisme ni hyperbole, que je vous dis : « Le Mans 66 ? Ça, c’est du cinéma ! ».

Ne vous y trompez pas, Le Mans 66 n’est pas un remake du film Le Mans de 1971 qui n’avait d’autre Continuer la lecture de Le Mans 66 – Critique aisée n°182

Hors normes – Critique aisée n°183

Critique aisée n°183

Hors normes
Olivier Nakache + Eric Toledano – 2019
Vincent Cassel, Reda Kateb
114 minutes

Il y a une trentaine d’années, avec Rain Man, le cinéma américain nous avait présenté l’autisme sous une forme somme toute relativement peu handicapante. Le personnage central — Dustin Hoffman — souffrait en fait de ce que l’on appelle selon les cas « syndrome d’Asperger » ou « autisme savant ». Le film, excellent par ailleurs, était très loin de Continuer la lecture de Hors normes – Critique aisée n°183

La clé USB – Critique aisée n°180

Critique aisée ° 180

 La clé USB
Jean-Philippe Toussaint – 2019
Les Éditions de Minuit – 191 pages – 17€

Vous savez sûrement ce que c’est qu’une fin ouverte ? Je veux dire, en matière de roman, de récit ? Oui ? Bon !

Les fins ouvertes, c’est bien… enfin, ça peut être bien. Dans certains cas, c’est même plutôt élégant, plus chic qu’une fin bien ficelée, et certainement moins exaspérant que ces derniers chapitres de romans de détection où un détective moustachu nous explique comment le colonel Moutarde a fait disparaître le chandelier avec lequel il avait brisé discrètement le crâne du maître d’hôtel dans le vestibule. En tout cas, la fin ouverte, c’est un genre qu’affectionnent beaucoup des écrivants amateurs que je fréquente sur un certain forum d’écriture. Ils disent qu’ils souhaitent laisser toute liberté au lecteur d’imaginer ce qui Continuer la lecture de La clé USB – Critique aisée n°180

La belle époque – Critique aisée n°179

Critique aisée n°179

La belle époque
Nicolas Bedos – 2019
Fanny Ardent, Daniel Auteuil, Doria Tillier, Denis Podalydes, Pierre Arditi,

Je n’aime pas beaucoup Nicolas Bedos. En fait, je veux dire que je n’apprécie pas le personnage : dandy en vogue, branché, sarcastique, méchant quand il est moqué, toujours prêt à lancer une vraie vacherie quelle que soit la victime pourvu que les rieurs soient avec lui, tout le côté systématique et déplaisant de l’esprit Canal +. Je situe Bedos un peu au-dessus de Thierry Ardisson et pas mal au-dessus  de Laurent Baffie, mais quand même, je ne l’aime pas énormément.

Ceci dit, je n’aime pas non plus Jean Michel Ribes et j’ai déjà écrit des choses pas très gentilles sur ce personnage. Ça ne m’empêche pas d’aimer ses spectacles et de le dire.

Bon, maintenant que je me suis décerné à moi-même ce brevet d’impartialité, Continuer la lecture de La belle époque – Critique aisée n°179

Mon chien Stupide – Critique aisée n°178

Critique aisée n°178

Mon chien stupide
Yvan Attal
Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg

Vers la fin de « Mon chien Stupide », Cécile (Charlotte Gainsbourg) dit à  son mari Henri (Yvan Attal) : « Est-ce que tu sais quel est ton problème, à toi ?  » ou quelque chose d’approchant. Sans attendre la réponse, elle continue : « Tu es paresseux  » ou quelque chose de ce genre. Quand elle a lâché ce mot, j’ai tout de suite compris qu’il caractérisait à la fois le personnage principal en même temps que le film et que ma critique tournerait autour de la paresse.

Mon chien Stupide est un film paresseux, aussi paresseux que l’énorme chien Stupide et que son maître. Bien que tiré d’un roman américain de John Fante, ce film est pour moi typique de tout ce qu’il y a de mauvais dans le cinéma français : film bâclé, à moitié écrit, facilement, rapidement, réalisé et joué de façon nonchalante par des gens de talent qui pensent que leur présence, quelques mots d’esprit et un ou deux gags répétés à l’envi les dispenseront de travailler le scénario et les dialogues et que ce sera bien suffisant pour faire venir le spectateur. So frenchie !

Le personnage principal, Henri, est un écrivain en perte de vitesse depuis vingt ans qui reproche son incapacité d’écrire à son environnement familial. On a là un cliché de première classe, d’autant plus qu’Attal le joue perpétuellement mal rasé, bouffi, cynique, râleur. Ses quatre enfants, post-adolescents tendance Tanguy désagréable, sont caricaturés au point que c’en est gênant, même pour un vieux râleur comme moi. Charlotte est splendide, comme très souvent, mais les deux ou trois scènes un peu intense qu’elle a à jouer ne suffisent pas à faire oublier la banalité, parfois la vulgarité, du scénario ni le jeu appuyé d’Yvan Attal.
Quant au chien, il est répugnant.

Voilà pour Mon chien Stupide. N’allez pas y perdre votre temps. Je l’ai fait pour vous.

 

Le Traître – Critique aisée n°177

Critique aisée n°177

 Le Traître

Marco Bellocchio – 2019 – 2h25min
Pierfrancesco Favino.

« Ne dites pas Mafia ; la Mafia n’existe pas, c’est une invention des journalistes. »
Voilà la déclaration que fait Tommaso Buscetta au juge Falcone la première fois qu’il le rencontre.

Le film commence dans les années soixante avec une longue et belle scène de fête quelque part en Sicile. On pourrait se croire dans les premières minutes du Parrain de F.F.Coppola. Deux familles de la Cosa Nostra sont censées se réconcilier, les Corleone et les Bontate. Mais la guerre ne tarde pas à se déclarer et les Corleone commencent à éliminer un à un les membres de la famille Bontate. Pour se protéger lui et sa propre famille, Buscetta s’exile au Brésil où il ne tarde pas à devenir un roi de la drogue. Tandis qu’il y gagne le surnom de « Patron des deux mondes », la guerre de la mafia fait rage à Palerme, ses amis et même deux des fils d’un premier mariage de Buscetta se font assassiner. Arrêté au Brésil, puis extradé en Italie, incapable de Continuer la lecture de Le Traître – Critique aisée n°177

Luchini : des écrivains parlent d’argent – Critique aisée n°104

Puisque Luchini ressort son spectacle à partir de demain, je peux bien, moi, ressortir ma critique. Mais attention, c’est maintenant au théâtre de la Porte Saint-Martin !

Critique aisée n°104

Des écrivains parlent d’argent
Fabrice Luchini
Théatre de Paris – Salle Réjane

La salle n’est pas très grande, trois cents places environ : c’est agréable.
Luchini va lire des auteurs : c’est promis.
Des auteurs qui parlent d’argent : c’est osé.
Ce soir, ce n’est que la cinquième représentation : c’est chic.
Une courte silhouette mince, un peu voutée, plus toute jeune : c’est lui

Il lit Zola : c’est précis.
Une articulation Continuer la lecture de Luchini : des écrivains parlent d’argent – Critique aisée n°104

Alice et le Maire – Critique aisée n°176

Critique aisée n°176

Alice et le Maire
Nicolas Pariser – 2019- 1h43
Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier

Qu’est-ce qu’il se passe ?
Première année; L’Homme fidèle ; Le chant du loup ; Une intime conviction ; Roubaix, une lumière ; Deux moi  et maintenant Alice et le Maire ! Que se passe-t-il avec le cinéma français ? En plus, il parait que Ceux qui travaillent, c’est pareil ! Très bon aussi !
En aurait-on fini avec les Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?, avec Les Tuches, avec les Vérité si je mens et toutes leurs séquelles ? Ne va-t-on pas bientôt retomber dans les Happy end, les Fantômes d’Ismaël ou les Frankie ?
Sommes-nous définitivement sortis de l’ère de la comédie vulgaire et du drame bâclé où des acteurs vedettes viennent refaire le numéro qu’on leur a demandé la dernière fois et qu’on leur redemandera la prochaine ?
Serions-nous revenus au Continuer la lecture de Alice et le Maire – Critique aisée n°176

Intra muros – Critique aisée n°175

Critique aisée n°175

Intra muros
Alexis Michalik

Voici comment, au début du mois de mars 2019, je débutais ma critique aisée du succès théâtral de l’année, Edmond, la pièce d’Alexis Michalik. : « Il a tout pour plaire cet Alexis Michalik. Trente-six ans, sympathique, spirituel, brillant même, beau mec, auteur à succès, comédien plutôt à l’aise, tout pour plaire. Sans savoir qui il était véritablement, j’avais beaucoup apprécié son incarnation d’un ….. »

Ça partait plutôt bien comme critique, mais par la suite, pour Edmond, ça se gâtait Continuer la lecture de Intra muros – Critique aisée n°175