Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

La bière

Morceau choisi

(…) mais je buvais aussi un peu de tout, et dans ce tout il y avait beaucoup de bières, avec une prédilection pour la 1664.
J’aime la bière. C’est la déglingue de proximité. On commande sans réfléchir, comme on hèle un taxi. Une-pression-s’il-vous-plaît. On reprend la conversation. Une bière, ce n’est pas grand-chose. On garde un air dégagé, mais toute la tension est tendue vers le verre à venir. Le manque se fait sentir, cruel : pas une sensation sophistiquée, juste un trou au plus profond de l’être. Qui a bu, boira : c’est l’axiome implacable. La bière arrive. On ne renifle pas le verre, on ne fait pas cent grimaces. On ne la goûte pas. On la sèche sans façon. La bière n’est jamais décevante. On reçoit ce que l’on vient chercher : la fraîcheur, le goût de blé humide et l’alcool qui chauffe le carafon. Elle ne recèle pas de secret, elle est ce qu’elle donne à voir : le contenu doré et glacé, dans son contenant ergonomique et fuselé. On ne la fait pas tourner comme un maniaque, on ne commente pas, on saisit le verre parce qu’il fait bon sentir les minuscules cristaux de givre sur la paume. On n’en boit une deuxième, on est très légèrement engourdi, on se détend, on prend possession des lieux. Tout à coup les choses se précisent, les choses et les gens gagnent en relief. Les couleurs sont plus chaudes, pas beaucoup plus mais un peu. On veut se nouer. On parle aux gens qu’on ne connaît pas. Ou bien on reste seul, dans la torpeur agréable. (…)

Le Voyant d’Étampes (Abel Quentin)

Souvenir de cinéma (10),

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Le salaire de la peur

Palme d’or à Cannes pour Henri-Georges Clouzot.
Yves Montand, un peu fragile en dur de dur, Charles Vanel, extraordinaire en faux dur, Gino Cervi, l’image du routier sympa, Peter Van Eyck en futur cadavre « présentable ». 
Un très beau suspens avec les moyens de 1953

Cliquez sur le titre en rouge :

LE SALAIRE DE LA PEUR 

 

Rendez-vous à cinq heures : Everything happens to me

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EVERYTHING HAPPENS TO ME
Billie Holliday

Enregistré à New York en 1955, cette chanson mélancolique avec cette voix en noir et blanc de night club enfumé. Autre chose qu’Adèle ou Céline Dion…
Timothée Chalamet interprète cette même chanson et s’accompagne au piano dans l’excellent film de Woody Allen, A Rainy Day in New York. Interprétation très sobre et délicatement désabusée. Mais l’enregistrement sur YouTube était de trop mauvaise qualité. Allez plutôt voir le film.

 

« Les souliers d’Oriane » ou « Vous reprendrez bien un peu de Proust ? »

Morceau choisi

Cet extrait est l’un des moments les plus cruels de « A la Recherche du Temps Perdu », roman qui n’en manque pas.

Les Guermantes s’apprêtent à se rendre à une soirée lorsque leur ami Swann vient déposer chez eux un objet promis à Oriane, duchesse de Guermantes. Au cours d’une brève discussion, Swann annonce qu’il est gravement malade et que ses jours sont comptés. La gravité de cette nouvelle n’émeut pas le moins du monde le duc de Guermantes tout à la préparation de la folle soirée mondaine qui s’annonce. Ce qui le préoccupe est que sa femme porte  des chaussures qu’il trouve mal assorties à sa robe rouge.

« Mme de Guermantes s’avança décidément vers la voiture et redit un dernier adieu à Swann. « Vous savez, nous reparlerons de cela, je ne crois pas un mot de ce que vous dites, mais il faut en parler ensemble. On vous aura bêtement effrayé, venez déjeuner, le jour que vous voudrez (pour Mme de Guermantes tout se résolvait toujours en déjeuners), vous me direz votre jour et votre heure », et relevant sa jupe rouge elle posa son pied sur le marchepied. Elle allait entrer en voiture, quand, voyant ce pied, le duc s’écria d’une voix terrible : « Oriane, qu’est-ce que vous alliez faire, malheureuse. Vous avez Continuer la lecture de « Les souliers d’Oriane » ou « Vous reprendrez bien un peu de Proust ? »

Rendez-vous à cinq heures : chez le dentiste

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DENTIST BLUES
Ray Charles-Henri Salvador

Bon, d’accord, il parait qu’Henri Salvador n’a pas été le plus parfait des gentlemen. Mais dans le cadre de la loi de séparation de l’artiste et de l’homme, on peut apprécier ce duo avec Ray Charles. Les paroles sont de Boris Vian et la musique d’Henri Salvador. Ce morceau était paru dans un 45 tours dont le titre était « Rock and Roll Mops »

 

 

Rendez-vous à cinq heures : Louis Bellson

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SKIN DEEP
Louis Bellson

Édité en 1952, le disque Ellington Uptown ne contient pratiquement que des enregistrements exceptionnels, tels que Take the A train, Perdido, A Tone parallel to Harlem, The Mooche et Skin deep.
Ce dernier morceau de près de 7 minutes est constitué en grande partie d’un énorme solo de batterie par Louis Bellson. Accompagné par le Big Band d’Ellington, c’est le solo de batterie le plus impressionnant que j’ai jamais entendu.