Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Piqûre de rappel – 1

C’est l’été et vous allez partir pour quelque pays insalubre où, si vous êtes surs de trouver en abondance moustiques, frelons et méduses, il est à peu près certain que vous ne trouverez pas une seule bonne librairie. C’est donc l’heure d’une petite piqure de rappel. Rassurez-vous, ce n’est pas la peine de prendre rendez-vous et ça ne fait pas mal : il suffit d’aller sur Amazon, de taper Philippe Coutheillas dans la case de recherche et d’acheter Blind dinner ou La Mitro ou les deux. Vous pouvez aussi penser à vos amis et en prendre plusieurs exemplaires. En attendant voici un extrait de l’une de ces deux œuvres indispensables pour passer un été en toute sécurité.  

BLIND DINNER (Extrait)

 (…) Comme je suis plutôt casanier et qu’Anne est plutôt sauvage, ces soirées de blind dinner ne nous enchantent plus guère ni l’un ni l’autre et nous préférerions mille fois nous retrouver en tête à tête au Stella devant une douzaine d’huitres. Disons plutôt qu’autrefois, nous aurions préféré diner en tête à tête au Stella devant une douzaine d’huitres. Aujourd’hui, ce serai plutôt devant Thalassa et un plateau-TV jambon-épinards. Mais bon… l’habitude était prise et il était trop tard pour opposer à Renée un refus qu’elle aurait pris pour une trahison.

Cette contrainte qu’elle nous imposait de ne rencontrer chez elle que des inconnus était devenue ridicule. Tout le monde devrait savoir que, pour qu’un diner soit réussi, si l’on peut y admettre un ou deux nouveaux venus, il faut que l’essentiel de l’assemblée soit composé de gens qui se connaissent afin qu’une certaine complicité fondée sur un minimum de souvenirs communs puisse faciliter la conversation. Quand un ange passe, rien de tel pour le chasser que quelqu’un qui lance : « Si je me souviens bien, chère Isabelle, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, c’était chez les Machins. » Et c’est parti ! : « Mais, tout à fait ! Quel homme charmant que ce Michel, n’est-ce pas ! » Ou bien : « Pas du tout ! C’était à Bormes, mon cher ! Chez les Choses. Il faisait une de ces chaleurs ! Nous avions tous fini dans la piscine ! Quelle soirée ! Ah ! Ah ! » Et en avant les minauderies, les galanteries, les traits d’esprit sans lesquels il n’est pas de bonne réception. Au contraire, quand personne ne se connait, la tendance naturelle des gens est de rester sur la réserve de peur de gaffer ou de passer pour un imbécile. C’est comme ça du moins que je vois les choses.

Je viens de sonner à la porte de l’appartement et, Anne et moi, nous attendons en vérifiant l’état de nos chaussures que l’on vienne nous ouvrir, quand tout à coup :

« Meeerde ! Tu as oublié les fleurs dans le taxi ! »

Anne a réussi à crier son accusation tout en la chuchotant. Crier en chuchotant est un exercice difficile mais elle le pratique avec aisance. C’est sur le même ton, car j’ai beaucoup appris d’elle dans cette technique d’agressivité, que je proteste:

« TU as oublié… ! Tu es gonflée, quand même ! TU les as oubliées autant que moi, il me semble ? Et puis, ne dis pas merde comme ça tout le temps. Chez une femme, ça fait vulgaire.

— Merde, merde et merde ! Sans vouloir être vulgaire : tu me fais chier, Gérald, chuchote-t-elle furieusement, puis, dans la foulée, mais sur un ton beaucoup plus mondain : Oh ! Bonsoir ma chérie ! C’est nous ! Nous ne sommes pas trop en retard ? »

Renée venait de nous ouvrir la porte.

« Bonsoir Anne, bonsoir Gérald. Pas du tout, vous êtes les premiers. La circulation doit être monstrueuse ce soir, tout le monde est en retard. Entrez donc ! »

Tandis que je laisse passer Anne devant moi pour entrer dans l’appartement, elle en profite pour lancer perfidement :

« Gérald a oublié mes fleurs dans le taxi : un très joli bouquet de chez Morelli. On ne peut vraiment pas faire confiance aux hommes pour ces choses-là. »

Elle lève les yeux au ciel puis elle soupire avec affectation :

« Pour le reste non plus, d’ailleurs…

—Ce n’est pas grave, ma chérie, dit Renée en souriant. L’essentiel, c’est que vous soyez là. »
(…)

C’est ça, ouais ! C’est l’essentiel !

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Good Ol’Times, Good Ol’Music (4)

And now, ladies and gentlemen :

Harry Belafonte

Harry Belafonte est mort il y a quelques jours à 96 ans, la plus belle voix de l’époque dans le plus beau mec de l’époque. Et maintenant, bien que septembre soit passé, essayez quand même de vous rappeler, try to remember the kind of september, when life was slow and oh, so mellow… Et allez-donc ! Encore un grand coup de nostalgie !

Try to remember when life was so tenderThat no one wept except the willowTry to remember the kind of SeptemberWhen love was an ember about to billowTry to remember and if you rememberThen follow, follow

Madame Bovary m’épuise

temps de lecture : 2 minutes 

morceau choisi

On le sait, Gustave Flaubert était un travailleur acharné. Il polissait et repolissait ses phrases que cent fois il remettait sur le métier, biffant, raturant, changeant les mots, les verbes et le style. Il lisait ses textes à voix haute et considérait qu’une phrase était à éliminer si elle ne sonnait pas parfaitement. Au contraire de sa correspondance dont l’abondance et la prolixité montre une extraordinaire aisance, ses manuscrits prouvent à l’évidence que l’écriture ne lui était pas facile, ou du moins que la recherche de la perfection exigeait de lui un travail colossal.
Flaubert commença l’écriture de Madame Bovary en 1851 et l’acheva en 1856. Ses lettres à Louise Colet pendant cette période permettent de suivre la construction de l’œuvre. Le roman compte 35 chapitres. En janvier 1853, alors que son manuscrit n’en est qu’au chapitre 4, il écrit à Louise Colet et lui fait part de ses difficultés. Ses paragraphes, lui dit-il, sont bien « tournés », mais ils ne « dévalent » pas les uns sur les autres. Après deux ans de travail, il va falloir tout reprendre, peut-être même changer de style
.

« Mon sacré nom de Dieu de roman me donne des sueurs froides. En cinq mois, depuis la fin d’août, sais-tu combien j’en ai écrit ? Soixante-cinq pages dont trente-six depuis Mantes. J’ai relu tout cela avant-hier et j’étais effrayé du peu que Continuer la lecture de Madame Bovary m’épuise

Rendez-vous à cinq heures avec Sempé et son orchestre symphonique

la page de 16h47 est ouverte…

Dis Sempé, c’est quoi l’orchestration musicale ?

C’est Jim qui pose la question !

Moi aussi je suis depuis son premier album « Rien n’est simple », autant dire depuis longtemps, un fidèle amateur de Sempé. Ses dessins, sobres ou denses, sans Continuer la lecture de Rendez-vous à cinq heures avec Sempé et son orchestre symphonique