Archives de catégorie : Textes

LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

LES TROIS PREMIÈRES FOIS

Le diner s’était prolongé fort tard dans la nuit. D’abondantes volutes de fumées bleues et grises flottaient sous les poutres du plafond de l’auberge en enveloppant la roue de charrette qui, avec ses pauvres ampoules électriques, faisait office de lustre au-dessus de nos têtes. Depuis quelques instants, sans doute sous l’effet des mets et des vins que nous avions absorbés en quantité, nous étions tombés dans un silence méditatif qui contrastait avec la gaité et la vivacité des conversations que nous avions échangées jusque-là.

Franz Bauer, Bertram Fitzwarren et moi nous étions rencontrés pour la première fois quelques heures auparavant dans les bureaux de la Compagnie Maritime des Indes Orientales dont le Princesse des Mers devait appareiller dans la nuit pour Sidney via Singapour et Macassar.

Pour des raisons et des destinations différentes, chacun d’entre nous avait retenu une cabine sur le Princesse des Mers et nous avions lié connaissance en accomplissant les formalités d’embarquement. Compte tenu de la marée, le cargo ne pourrait quitter le port avant trois ou quatre Continuer la lecture de LES TROIS PREMIÈRES FOIS : La nuit des Roggenfelder (1)

AVENTURE EN AFRIQUE (4)

Très courte leçon d’histoire récente

 De l’indépendance en 1960 jusqu’au coup d’état de 1974 le pays a été dirigé par Diori Hamani, premier président du Niger. Il a été député et représentait le Niger à l’Assemblée Nationale française. Un coup d’état militaire, la nuit du 14 au 15 avril 1974 (3 mois après notre départ) met en place Seyni Kountché. Depuis cette époque, ce n’est Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (4)

AVENTURE EN AFRIQUE (3)

Fayçal d’Arabie saoudite

Un matin fin novembre quelques jours après mon arrivée Issoufou me dit tout excité « patron le roi Fayçal nous rend visite c’est le gardien de la Mecque ». Jean-Georges Martinet me conseilla d’aller voir le campement des cavaliers à la sortie de Niamey en bordure de la route de l’aéroport. Je m’y suis rendu le lendemain matin au lever du jour : grand Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (3)

AVENTURE EN AFRIQUE (2)

Courte leçon de géographie

Avant d’aller plus loin  dans le récit des aventures de l’Expert au Niger, il serait peut-être bon de rappeler en quelques lignes ce qu’était ce pays dans les années 70 et ce qu’il est aujourd’hui. Rassurez-vous, ce ne sera pas long.

*

Les Nations Unies considèrent le Niger comme l’un des pays les moins développés du monde.

Superficie : 1.267.000 km2  (France : 644.000 km2), pays sans accès à la mer, enclavé Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (2)

AVENTURE EN AFRIQUE (1)

Géraud (voir ci-contreétait, non ! est géomètre-expert (car Expert un jour, Expert toujours). A présent qu’il a pris sa retraite, il s’est mis à écrire quelques souvenirs du temps où, jeune VSNA (Volontaire du Service National Actif), il accomplissait son temps au Niger entre novembre 1972 et janvier 1974.

Il va nous raconter ici quelques-unes des aventures qu’il a vécues au milieu des Djema, des Haoussa, des Peuls et des Touaregs.

 La première scène se passe le 15 novembre 1972. Maintenant, c’est Géraud qui parle :

15 novembre 1972

Arrivé à Niamey, au sortir de l’avion, la chaleur nous tombe dessus, toujours avec mon costume de velours marron par plus de 30 degrés. Je suis accueilli par mon prédécesseur Jean-Georges Martinet, ingénieur géomètre INSA de Strasbourg. Il me conduit à la case de passage dite « des infirmières » dans un quartier populaire de la capitale.

La case des infirmières

La case des infirmières était une grande case de passage. Antérieurement, des infirmières avaient dû l’occuper d’où son nom. C’était une villa de type colonial avec un petit enclos bordé de hauts murs avec un garage indépendant. La rue était en terre battue avec deux grands fossés de part et Continuer la lecture de AVENTURE EN AFRIQUE (1)

Le pouvoir absolu rend fou absolument

La campagne de la Maire de Paris pour accéder à la Présidence de la République sombrant dans l’indifférence au point que c’en devient ridicule, Anne Hidalgo avait décidé de se reconcentrer  sur la Capitale. Selon leur caractère, les Parisiens étaient terrorisés ou résignés. Mais on sait que l’idéologie conduit toujours au totalitarisme et que le totalitarisme finit toujours par trouver en lui-même sa propre punition. Pour le prouver, voici un conte moral extrait de « L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes », publié ici par le passé.

Le contexte :

La scène se passe à l’Hôtel de Ville. Anne Hidalgo, Maire d’alors, vient de lire un article de presse la concernant. Cet article ne lui convenant pas entièrement, elle rumine son mécontentement devant son Chef de Cabinet, Hubert Lubherlu.

Manière de penser l’urbanisme (15)

Quand elle eut fini de lire, elle reposa l’article devant elle sur le bureau puis elle parut se concentrer quelques instants avant de relever les yeux et de s’adresser calmement à son Chef de Cabinet.

—Bon, écoutez Lubherlu. Il y a du bon et du mauvais là-dedans. D’abord, le style est déplorable : on dirait un mélange d’un Mallet-Isaac d’avant 68 et de la Gazette de Gouzon(15).  Et qu’est-ce que c’est que ce dicton faussement Continuer la lecture de Le pouvoir absolu rend fou absolument

The French Dispatch – Critique aisée n°220

Critique aisée n°220

The French Dispatch
Wes Anderson – 2021

Avertissement : Cette 220ème critique est publiée dans l’édition vespérale car  elle n’est pas une véritable « Critique aisée ». . Le texte en est bien trop court et dépourvu de nuances pour paraitre dans l’édition du matin. Et encore ! J’ai été tenté, un instant, de le réduire à son incipit : « Un film à la fois épuisant et ennuyeux » !

Un film à la fois épuisant et ennuyeux :

– une voix off incessante au débit précipité qui débite dans le style d’Amélie Poulain une incompréhensible histoire, ou peut-être trois, je ne suis pas certain.
– un manièrisme agaçant dans le jeu des personnages principaux, et pour les autres,
– un défilé de comédiens, fameux, grimés, entr’apercus, sans véritable rôle, sans autre fonction que celle de vous amener à tenter de les reconnaître Continuer la lecture de The French Dispatch – Critique aisée n°220

Sacrée soirée ! (28)

28

Dans la cuisine, il n’y a plus que moi, Renée qui hoche la tête au rythme de la musique militaire, Charles qui somnole dans un coin, agrippé à une bouteille de gin, Marcelle, les lèvres pincées, raide comme un passe-lacet, et André, qui regarde Renée, accablé.

Français, Françaises, mes chers concitoyens…

Je n’y comprends rien. Je ne sais pas ce que je pense. Ce n’est pas une façon de parler : à ce moment, je n’ai aucune idée de ce qui vient de se passer : rêve ou réalité, canular de potaches ou théâtre de boulevard ? Je ne sais pas, je n’arrive pas à me décider. Après tout, c’est peut-être vrai tout ce qu’Anne vient de me raconter. Mais non, voyons, je n’aurais pas mis dix ans à m’en apercevoir ! C’était une blague, forcément. Je ne sais pas… je ne sais rien…

Mais tout d’un coup, il y a une chose que je sais, un truc qui me saute aux yeux, c’est que je déteste tous ces gens. André, le gigolo, Longchamp, le playboy de Continuer la lecture de Sacrée soirée ! (28)

Sacrée soirée ! (27)

27

C’est vrai que nous étions beaucoup invités à la chasse chez Fernand. J’étais même étonné qu’Anne accepte d’y aller aussi souvent, elle qui, avant, détestait la campagne. Fernand, lui, il aurait bien voulu que je vienne chaque semaine, mais c’était parce que je lui donnais des conseils sur le gibier, sur la façon de placer les chasseurs ou de conduire les battues. Il m’arrivait même de lui donner des trucs pour améliorer son tir. Il était content ! Il me le disait : « Gérald, vous et votre épouse êtes vraiment indispensables à un bon weekend de chasse ». Il m’était aussi très reconnaissant d’avoir embauché son neveu, le petit Rajchman, pour me seconder au cabinet. C’est comme ça que nous étions devenus de vrais amis, Fernand et moi. Bien sûr, déjà à l’époque, je trouvais Renée un peu snob, mais quand même, j’aimais bien aller diner chez eux de temps en temps. Il y avait une sorte de complicité virile entre Fernand et moi, un peu comme si nous avions gardé les vaches ensemble. Et puis les deux femmes s’entendaient vraiment bien, ça faisait plaisir à voir. Bref, une vraie amitié entre couples comme Continuer la lecture de Sacrée soirée ! (27)

¿ TAVUSSA ? (81) : ODEON 84 00

L’autre  jour, visité Versailles.

Très beau, très chouette, je vous le recommande, surtout quand il y a peu de monde et qu’il fait beau comme ce jour-là.

Après avoir passé sans encombrement les diverses barrières et contrôles qui donnent accès au château royal, nous sommes entrés tout d’abord et comme il se doit dans la chapelle. Magnifique endroit plein de dorures.

Là, l’atmosphère est recueillie et un silence presque total règne parmi la petite foule des visiteurs. Au bout de quelques instants, on est troublé dans son recueillement et son admiration par une voix grave qui donne l’heure : « …sera exactement dix heures douze minutes et vingt secondes… dix heures douze minutes et quarante secondes… » Vous n’aviez pas entendu ça depuis Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (81) : ODEON 84 00