Archives de catégorie : Fiction

Cours de mythologie 1ère année-Leçon 2

La fin des haricots

En ce temps-là, c’était l’Age d’Or. Les dieux et les humains vivaient chacun de leur coté en bonne intelligence. Le travail n’existait pas, les femmes non plus, la nature était généreuse, les animaux étaient amicaux et même soumis à l’homme. Bref, on s’ennuyait ferme. Prométhée aimait bien les humains, mais il aimait encore plus faire des blagues à Zeus. Il décida donc de voler le feu du ciel et d’en faire cadeau aux hommes.

On a dit ici comment Zeus punit Prométhée puis comment, malgré son serment, il mit fin à sa punition.

Mais, pendant ce temps, les hommes, maintenant équipés de ce qui était autrefois l’apanage de Zeus, ne se prenaient plus pour la moitié d’un confetti. Ils faisaient des trucs et des machins de plus en plus compliqués et se jugeaient les égaux des habitants du Mont Olympe.

Il fallait donc les punir et, là-dessus, tous les dieux étaient d’accord.

Ils créèrent donc la première femme et l’appelèrent Pandora. Ils l’équipèrent d’abord de tous les attraits de la beauté physique. Ensuite, ils façonnèrent son caractère : ils la firent insatiable, insatisfaite, menteuse, jalouse et curieuse. Ceci fait, ils l’envoyèrent chez les humains.

Les hommes tombèrent tous amoureux de Pandora et, pour satisfaire les exigences infinies de cette splendide créature, ils durent se mettre à travailler.

Ce fut la fin de l’Age d’Or, la fin des haricots…

Sans parler de la petite boîte…

Contrôle des connaissances :
(Le temps de réponse est limité à moins de temps qu’il n’en faut pour le dire)
1- Pourquoi l’Age était-il d’Or ?
A) parce que les femmes n’existaient pas 
B) parce que le travail n’existait pas
C) parce que les moustiques n’existaient pas
 
2- Comment s’appelait la première femme ?
A) Germaine
B) Pandora
C) D2-R2
 
3-Qu’est-ce que la boite de Pandore ?
A) un célèbre night-club
B) un sacré truc
C) un foutu machin 

 

Cours de mythologie 1ère année-Leçon 1

Un cadeau du ciel

Un jour, Prométhée le Titan vola le feu à Héphaïstos, l’illustre boiteux. Aussitôt, il en fit cadeau aux hommes et pour faire bonne mesure, il y ajouta les Arts. Dès lors, les humains se prirent pour les égaux des dieux. Ils en vinrent même à menacer l’équilibre du Cosmos.

Ceci déclencha la fureur de Zeus le Cronide.

Pour punir Prométhée, il le fit attacher à un rocher du Mont Caucase par de lourdes chaines, et jura sur le Styx qu’il ne l’en détacherait jamais.

Le premier matin, l’Aigle du Caucase fondit sur Prométhée, lui ouvrit le ventre avec ses serres et lui dévora le foie. Durant cette première journée de son supplice, Prométhée souffrit beaucoup mais, pendant la nuit, son foie  se reconstitua et son ventre se referma. Et quand l’Aigle revint avec le matin, le supplice recommença. Il devait recommencer ainsi chaque jour et pour l’éternité à cause du serment sur le fleuve des Enfers qu’avait prêté Celui qui commande aux autres dieux.

Pourtant, Héraclès, qui un beau jour passait par là, détacha Prométhée.

Et Zeus, qui éprouvait quelques remords, le laissa faire. De même, Il ne punit pas le grand Costaud, car après tout, c’était aussi Son fils.

Alors, afin de ne pas trahir son serment sur le Styx, Il prit un anneau de la chaine, y enchâssa un morceau du rocher, et passa l’objet au doigt de Prométhée. Ainsi Prométhée serait-il toujours attaché à son rocher et Zeus fidèle à son serment.

C’est divinement subtil, non ?

En plus, Zeus venait d’inventer la bague.

Contrôle des connaissances :
Sans consulter vos notes ni Wikipedia répondre aux trois questions suivantes :
 
1- Le  Styx est 
A) un des fils de Zeus
B) un fleuve
C) un produit nettoyant 
 
2- Qui est Héphaistos ?
A) un marin grec 
B) un pilote de ligne 
C) le dieu des volcans 
 
3- De quoi était fait le petit déjeuner de l’aigle du Caucase ?
A) du foie de Prométhée 
B) de deux œufs au bacon 
C) ou bien du foie de Prométhée 

 

Une photo de la planète

Sir Alexander Pritchard-Wooster, que les membres de son club appelaient familièrement Boostie, était un astronome amateur plutôt calé en mathématiques. Le 27 septembre 1913, sans l’aide d’aucun instrument d’optique et seulement par la force du hasard et du calcul mental, Boostie découvrit la cinquième planète de la naine rouge Chandrashkar.

La Royal Academy se réunit l’année suivante au début du mois d’août pour officialiser la découverte et baptiser cette nouvelle planète du nom de son inventeur, Pritchard-Wooster. Après le vin d’honneur, tout le monde partît à la guerre.

Le 1er octobre 1940, pendant le premier bombardement de Londres, Bootsie mourut d’une crise de hoquets dans sa résidence de Mayfair. Il avait 94 ans. Compte tenu des circonstances, sa mort passa inaperçue et on oublia jusqu’à la planète qui portait son nom.

Exactement cent ans plus tard, Priscilla Brougnard-Potin, étudiante en psychohistoire de l’Université Isaac Asimov de Trantor-upon-Avon, tomba par hasard sur une autobiographie romancée de Sir Alexander Pritchard-Wooster. Prenant pour point de départ le centième anniversaire Continuer la lecture de Une photo de la planète

Début d’été

C’était une belle soirée de début d’été du côté de la Place Sainte Apolline. Il venait de tomber une courte pluie d’orage et la merveilleuse odeur de l’asphalte humide et chaud envahissait les terrasses des cafés.

Les hommes en chemise avaient renouvelé leur demi. Les femmes reprenaient une Marlboro Light avant de jeter leur dévolu.

Il faisait bon. On était bien.

Elle portait des sabots noirs, un pantalon de jean bleu, un chemisier blanc un foulard bleu et de longs cheveux blonds. Elle était entourée de Continuer la lecture de Début d’été

Sacré nom de nom !

Je m’appelle Gérard Grougnard. Avec deux D. Un D à la fin de Gérard.  Et un autre à la fin de Grougnard.

Mon père s’appelait Marcel, Marcel Grougnard.
Il était garçon boucher.
Il était très propre, impeccable même. Il se douchait deux fois par jour. Le matin avant de partir au travail. Et le soir, avant de diner.
Mais il sentait le sang. Ses cheveux, son cou, ses mains sentaient le sang. C’était écœurant.
Je l’aimais bien, mon papa. Mais il sentait le sang. C’était écœurant.
J’ai grandi dans cette odeur. Je l’emmenais avec moi à l’école.
Et puis, quand j’ai eu douze ans, Papa a acheté une boucherie.
La boucherie Grougnard.
Il était fier, papa.
Pendant les vacances, il me prenait comme apprenti.
Et je sentais le sang moi aussi. Comme Papa.
C’était écœurant.

Alors, j’ai pas voulu faire boucher, comme Papa.
Et j’ai cherché ce que je pouvais faire.

Aventurier…
Ça m’aurait plu, aventurier.
Mais est-ce qu’on peut Continuer la lecture de Sacré nom de nom !

Une matinée de rêve

Comme tous les matins, il ouvre vivement la porte du bureau de sa secrétaire et lance un Bonjour-Léna-comment-ça-va-ce-matin joyeux et sonore.

Tout de suite, il ajoute qu’il fait un temps magnifique, hein, est-ce qu’elle a remarqué, et que, bon, il faudrait qu’elle appelle Drumont pour déplacer le rendez-vous de mardi prochain, non, il veut dire pour le maintenir mardi prochain, mais ailleurs, est-ce qu’elle voit ce qu’il veut dire,  ici, au bureau, par exemple, enfin comme ça l’arrange, lui, Drumont, hein,  ah oui ! et puis aussi il faudrait lui réserver un avion et une voiture pour Bordeaux, pour demain matin de bonne heure, enfin pas le premier avion quand même, hein, retour le soir, pas trop tard, une petite voiture, hein, parce qu’il sera seul et que le rendez-vous n’est pas très loin de Mérignac, il lui demande enfin si on a reçu un accord de la SMT, parce qu’il serait temps, hein, nom de Dieu, pardon Léna, mais qu’est-ce qu’ils fichent depuis le temps, et que bon, si ça ne l’ennuie pas, il prendrait bien un petit café, Léna s’il vous plaît… Léna?

Alors, Léna répond que non, que ça ne va pas, que le temps qu’il fait, elle s’en fiche complètement, que de son wagon de RER, on ne voit pas le ciel, que, non, elle n’appellera pas Drumont ni Continuer la lecture de Une matinée de rêve

La suite de Balbec – Chap.5 – Le petit Marcel

Bon, je vous donne les derniers mots du chapitre précédent, mais c’est bien la dernière fois !

… je vis, en grande lettres capitales soigneusement tracées à la règle et au compas, mon nom. Mes jambes fléchirent et je tombai assis à côté du gros livre. C’était le mien ! Mon Gaffiot ! Celui que j’avais revendu dès la fin de ma classe de seconde.

-Ça y est ? Vous avez compris ?

5-Le petit Marcel

Je sursautai et levai les yeux : c’était la petite silhouette silencieuse de tout à l’heure. Maintenant que je l’observais depuis le niveau du sol où j’étais tombé assis, saisi par la surprise, il me paraissait grand, très grand. Pourtant, il se dégageait de lui une impression de douceur et de grande sagesse. En un éclair, je me souvins que c’est à peu près comme ça que je m’imaginais le Bon Dieu quand je faisais mes prières le soir avec maman, moi, les yeux fermés, à genoux devant mon lit, coudes appuyés sur la couette et elle, assise sur le lit, me regardant et me soufflant quand il fallait les mots qui me manquaient.

-Est-ce que j’ai compris ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr.

-Réfléchissez encore un peu, me dit-il. Qu’avez-vous vu ici depuis que vous êtes entré ?

-Eh bien, des stylos, des carnets, des livres, un dictionnaire de latin, vous…

-Et ces objets, ces livres, vous les connaissiez ? Et moi, vous me connaissiez ? Continuer la lecture de La suite de Balbec – Chap.5 – Le petit Marcel

La suite de Balbec – Chap.4 – La librairie

Si vous voulez savoir ce qui s’est passé avant, allez donc consulter le JdC des 3 jours précédents ! Non mais sans blague, je ne vais quand pas tout faire ! Bon, voila le chapitre 4

4-La librairie

Je passai ensuite de l’autre côté du magasin, celui qui était consacré à la littérature. Je me faufilai entre deux rayonnages de bois dont les étagères se courbaient sous le poids des livres. Curieusement, la plupart d’entre eux n’étaient que d’autres exemplaires de ceux que j’avais vu un peu plus tôt dans la vitrine. Hugo, Dickens, Maupassant… Je prélevai un exemplaire de Bel-Ami et me mis à le feuilleter. Ses pages étaient blanches. Je reposai Bel-Ami et saisi une Madame Bovary voisine. À part la première, qui reprenait le nom du roman et celui de son auteur, toutes les autres pages étaient vierges. Étrange ! Je pensai alors que je me trouvais devant un stock de rebuts d’imprimerie destinés au pilon. Je relevai la tête. La silhouette sous la lampe avait disparu. J’avançais entre les rayons de plus en plus éloignés de la vitrine donc de plus en plus sombres. Je remarquai plusieurs changements : du blanc cassé ou jaune filasse ou marron clair, les dos des livres étaient passés au rouge vif, bleu ciel, rose bonbon, vert pomme. Les dimensions aussi variaient d’un volume à l’autre, créant sur les étagères des falaises crénelées comme on en rencontre en Islande. Je m’arrêtais devant Continuer la lecture de La suite de Balbec – Chap.4 – La librairie

La suite de Balbec – Chap.3 – Les Cahiers du Temps

Si vous ne savez plus où vous en étiez, relisez donc la fin du chapitre 2. La voici :

…A un moment, je butai dans je ne sais quoi et je m’affalai sur le sol en me cognant violemment la tête contre quelque chose d’incroyablement dur.

-Acréroneteudiouderoneteudiou ! jurai-je en m’adressant au trottoir. Acréroneteudioudemordeldeberde !

3-Les Cahiers du Temps

Je me relevai, étourdi, en me frottant le front. J’avais froid, j’étais furieux et fatigué et mes deux genoux me faisaient souffrir. J’allais rebrousser chemin et retourner au chaud à mon hôtel quand je vis un spectacle étrange : noyée dans le brouillard, une vague lueur orangée avançait vers moi par petits bonds successifs depuis le fond de la rue. Quand elle arriva juste au dessus de moi, je m’aperçus qu’elle provenait des réverbères de la ville qui venaient de s’allumer l’un après l’autre. J’étais maintenant baigné dans un cône de lumière jaune qui se découpait dans la masse sombre du brouillard qui m’entourait. Je levais les yeux et c’est alors que je vis l’enseigne.

Au-dessus de la porte d’entrée, accrochée par deux chaines rouillées à une tige torsadée que l’on avait plantée dans la façade à colombage, pendait une petite plaque de métal sur laquelle avaient été peintes en noir sur fond vert foncé les lettres gothiques qui formaient les mots « Les Cahiers du Temps ». Le nom du magasin était Continuer la lecture de La suite de Balbec – Chap.3 – Les Cahiers du Temps

La suite de Balbec – Chap.2-Le Grand Hôtel

Pour vous remettre dans le bain, voici la fin du chapitre précédent :

…Je cherchais Balbec et son Grand Hôtel dans le Guide Michelin, mais ils n’y étaient pas. Je dus me rendre à l’évidence : Balbec n’existait pas. Pas de problème, Google m’apprit en moins d’une minute que Balbec était en fait le faux nom de Cabourg, et qu’il y existait bien un Grand Hôtel.

2-Le Grand Hôtel

J’appelai l’hôtel et je demandai à parler au Directeur. Je lui fis part de mon projet. Un type charmant. Il m’expliqua que lui et toute son équipe seraient ravis d’accueillir un auteur sur les traces du grand Marcel Proust. Il ajouta qu’ils avaient une grande habitude de mon genre de clientèle. En effet, me dit-il, depuis plus d’un demi-siècle, le Grand Hôtel avait l’honneur de recevoir chaque année au moins un écrivain et deux ou trois journalistes ayant le même souci : se replonger dans l’ambiance proustienne du tournant du dix-neuvième siècle. Le Grand Hôtel avait donc mis au point une offre spéciale qu’elle avait appelée « Une suite à Balbec« . Proposée uniquement aux professionnels, écrivains, cinéastes, journalistes et assimilés et pour un séjour minimal d’une semaine, « Une suite à Balbec » comprenait la jouissance de la suite même où Monsieur Proust avait séjourné, le petit déjeuner continental servi dans la chambre, et les deux repas principaux à la table que l’auteur de la Recherche avait honorée de sa présence. Selon les humeurs du temps, le thé pouvait être servi sur la terrasse ou dans le petit salon. La décoration de la suite « Balbec » avait été refaite entièrement l’année précédente, mais en stricte conformité avec ce qu’elle était du temps Continuer la lecture de La suite de Balbec – Chap.2-Le Grand Hôtel