Archives de catégorie : Récit

Bonjour, Philippines ! Chap.13 – Ratinet, suite et fin

Voici donc la fin des aventures de Philippe aux Philippines. Mais, ce qui fera l’objet de ce dernier chapitre, c’est plutôt le dénouement de celles de Ratinet.
André Ratinet, dit Riton Padbol, dit Andy Bad Luck, dit Dédé la Déveine, a pris une pris une place de premier plan dans le développement de cette histoire. On se souvient que le bonhomme attire les ennuis comme la Normandie la pluie. Après avoir perdu sa valise entre Bruxelles et Bangkok, s’être fait dévaliser en douceur dans Luneta Park, après avoir photographié les plus belles fleurs du monde avec une caméra vide de pellicule, ne voilà-t-il pas qu’il a rencontré le démon de midi en la personne de la jolie Tavia. Ces dernières semaines, la jeune personne a beaucoup perturbé l’ingénieur dans sa recherche du meilleur tracé pour la route côtière nord de Mindanao. Ça lui a valu les reproches amers de son bien-aimé chef de mission, Gérard Peltier. Mais, quand il décide de ramener la donzelle à Montalivet-les-Bains (Gironde) et que, pour cela, il a un besoin urgent de 5000 dollars, quand il compte les emprunter, certes indirectement mais quand même, à la Banque Mondiale, ou, à défaut, à ses collègues, les choses deviennent graves.
A ce stade, et bien que l’éternel optimiste Peltier ait assuré que « ça allait se tasser », le lecteur sent bien que les aventures de Ratinet ne vont pouvoir s’achever que dans la douleur.
C’est ce qu’on va voir dans ce dernier chapitre dont on remarquera qu’il porte le numéro 13.
Mais pouvait-il en être autrement ?

***

Au cours de notre dîner du vendredi précédent, obstinément optimiste, Peltier avait Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.13 – Ratinet, suite et fin

Post it n°16 – Si par hasard, su’l Pont des Arts…

8 juin.
L’hiver est fini depuis deux jours. C’est le printemps, presque l’été. Un doux parfum d’ordures flotte au coin de la rue de Seine. La CGT bloque les trains et les poubelles. La bêtise au front de taureau. L’Etat recule pour mieux reculer. Et bientôt, ce sera le foot, le foot, le foot…

Sous la Passerelle des Arts, le fleuve fonce vers la mer. Sur le tablier de bois, entre les garde-corps retrouvés, on a installé quelques sculptures énervantes, acérées. Des personnages déchirés, perforés, encadrés de palmiers plats découpés dans de la tôle luisante. Il fait chaud et l’ombre que procurent les arbres métalliques est rare.

Malgré tout cela, les touristes et les passants font leur métier. Ils passent.

Au bout de la passerelle, du côté du quai du Louvre, Continuer la lecture de Post it n°16 – Si par hasard, su’l Pont des Arts…

Une affaire de taille

Je vais vous raconter une histoire. C’est une histoire vraie. Il n’y a aucun doute sur sa véracité. Elle a été rapportée par l’un de ses intervenants. Et pas n’importe lequel ! Un prix Nobel ! C’est dire combien cette histoire ne peut qu’être vraie.

Quand il s’agit d’une histoire courte et vraie, on a l’habitude de parler d’anecdote. Voici donc une anecdote.

C’est amusant de constater comme, en général, personne ne met en doute la véracité d’une anecdote. Quand on dit : « je vais vous narrer une anecdote sur la rencontre de Napoléon et de Joséphine », tout le monde écoute attentivement sans mettre en doute la véracité de la chose à aucun moment. Mais si on dit : je vais vous raconter une histoire : « C’est Napoléon qui rencontre Joséphine pour la première fois …», personne n’y croit et tout le monde se prépare à rigoler.

Mais ici, il s’agit bien d’une anecdote. Que voici.

Mais, encore une fois, il faut qu’il n’y ait aucun doute dans votre esprit sur cette histoire. Sans quoi, elle n’aurait aucun intérêt, et ne constituerait qu’une perte de temps pour vous et moi. Donc, voici l’anecdote :

Un jour qu’il buvait un verre de morgon Continuer la lecture de Une affaire de taille

Les mousserons de Massiac

L’automne a semé dans l’herbe rase des pieces de monnaie aux reflets dorés, attendant le Petit Poucet courant la campagne.
Les moutons de « La Marthe » sont passés par là !
Les mousserons feront dans la poêle baveuse le bonheur de Mère Gtand’, ou sur le fil attendront l’omelette gourmande.
La canne en main, solitaire, le Grand-Père Édouard aimait découvrir ces chapelets de Sainte-Madeleine, retrouvant l’air pur de sa jeunesse et un peu de liberté.
Les moutons de La Marthe ont fumé cette terre maigre où le vent des plateaux déplie le profond de vous-même et vous grise.
Jadis, sonnait la cloche de la chapelle sous l’ardeur de nos impulsions juvéniles; elle tinte encore dans nos souvenirs, comme un air de fête et d’insouciance. Heureux les élus qui s’attachent aux bruits présents du passé.
Les alouettes s’envolent et leur cri traverse les champs sous le sifflet du vent.
Les murets de pierre volcanique cloisonnent le plateau comme en Bretagne celte.
Un trou d’eau abreuve le troupeau du cousin Soubrier, quand le soleil ne l’a point asséché.
Au loin, sur le flanc des collines, l’autoroute trace une saignée bruyante, taxe de modernité, qualifiée d’embellie économique pour le village. Les premiers hommes sont passés par là !
Mais le plat de champignons sauvages gardera pour toujours ce relief cher au palais du ramasseur !

Lucien Claveirole
Aix, le 21 août 2002

 

Bonjour,Philippines ! Chap.12 – Le serpent de mer

Voici le chapitre 12 de Bonjour, Philippines ! Si vous voulez lire et relire les chapitres précédents, cliquez dessus (ci-dessous !)

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Chapitre 7- Un diner à O.K. Corral

Chapitre 8 – Douglas et moi

Chapitre 9 – Retour au Chalet

Chapitre 10 -Ananas, exocet et noix de cocos

Chapitre 11 – Les 5.000 dollars de Ratinet

La soirée au Chalet au cours de laquelle Ratinet s’était vu refuser 5000 dollars tant par la Banque Mondiale que par ses collègues de mission avait eu lieu un mercredi. Le jeudi matin, j’accompagnai Robertson à l’avion de Kuala-Lumpur, et je ne repassai pas au bureau de la journée. Comme le lendemain, c’était le week-end de Pâques qui commençait, je n’entendis plus parler de Ratinet jusqu’au mercredi suivant. Après-tout, c’était le problème d’un chef de mission de gérer ce genre de situation et pas le mien.

Depuis plusieurs semaines, Antoine, son ami Jean-Marc et moi, nous projetions de passer ce week-end quelque part au bord de la mer à faire de la plongée sous-marine. Cela paraissait compliqué. On nous avait bien indiqué qu’il était possible de louer des petites maisons dans les villages de pêcheurs de la presqu’ile de Mabini, mais c’était un endroit difficile d’accès et nous n’avions pas de voiture. On nous avait dit aussi qu’on pouvait rejoindre Lungsod en autocar, et de là prendre des taxis ou des jeepneys vers la presqu’ile. Mais on avait aussitôt ajouté : « Ne prenez par le car de 6 heures, il est régulièrement attaqué. Prenez plutôt celui de 10 heures. Continuer la lecture de Bonjour,Philippines ! Chap.12 – Le serpent de mer

Bonjour, Philippines ! Chap.10 : Ananas, exocet et noix de coco

Voici le chapitre 10 de Bonjour, Philippines ! Si vous voulez lire et relire les chapitres précédents, cliquez dessus (ci-dessous !)

Chapitre 1- Un ptérodactyle sur fond d’azur

Chapitre 2 – Des méfaits de l’air conditionné

Chapitre 3 – Mitraillette, champagne et taille-crayons

Chapitre 4- Un soir au Monte-Carlo

Chapitre 5 – La fièvre monte à Mindanao

Chapitre 6 – Retour à Manille

Chapitre 7- Un diner à O.K. Corral

Chapitre 8 – Douglas et moi

Chapitre 9 – Retour au Chalet

Chapitre 10 – Ananas, exocets et noix de coco

L’enquête de circulation à grand spectacle que j’ai lancée entre Iligan et Butuan se termine et le dépouillement des milliers de questionnaires qui en résultent va bientôt commencer. Il est temps que je retourne à Mindanao pour organiser le début de cette opération.

Lorsque j’arrive à l’aéroport de Cagayan de Oro, Placido Palangsang est là qui m’attend avec la Jeep Willys. Il a l’air très en forme. Pendant le trajet vers la ville, il m’explique en quelques mots qu’il a pris la décision d’arrêter l’enquête trois jours plus tôt que prévu à cause de la défection soudaine de nombreux enquêteurs, retournés dans leur famille pour on ne sait quelle raison, fête religieuse ou récolte. La phase de dépouillement a commencé hier. Placido a tout organisé. Il a trouvé des bureaux, choisi les enquêteurs à conserver pour l’opération, organisé leur formation et lancé un premier test depuis huit heures ce matin. Il m’emmène Continuer la lecture de Bonjour, Philippines ! Chap.10 : Ananas, exocet et noix de coco

Are you narcissistic? Take The Test !

L’autre jour, on m’a gentiment fait suivre un article de l’un des blogs du New York Times. Son titre : « Is Social Media Making Us More Narcissistic ?  » (Les médias sociaux vous rendent-ils davantage narcissiste ?) Quelle question !

Ignorant total en matière de twitts, béotien débutant sur Facebook, mais créateur d’un blog dont le lectorat dépasse régulièrement les trente personnes (au moins), paranoïaque clairvoyant et complotiste averti, je me suis aussitôt demandé quelle était l’intention cachée derrière cet envoi. Voulait-on me faire comprendre que j’étais narcissique. Se pourrait-il que je le sois ? Est-ce un défaut ? Et si par extraordinaire je l’étais, serait-ce justifié ? Qu’en pense ma famille ? Mes amis ? Mes ennemis ? Dois-je leur demander ? Les pingouins ont-ils des genoux…? Un abîme de questions nouvelles s’ouvrait devant moi.

Perplexe, je lus l’article en entier. Ma méconnaissance de quelques idiomes nord-américains fit que je ne compris pas tout, fort heureusement, et je fus à moitié rassuré quand je réalisai que l’article concernait les teenagers, catégorie d’âge assez imprécise, mais qui à coup sûr ne s’étend pas jusqu’au mien. Mais d’un autre côté, je me dis qu’en commençant assez jeune, et sous réserve d’un entraînement régulier, on devait pouvoir être narcissique sans être teenager et faire mentir ainsi ce proverbe idiot qui affirme qu’on ne peut pas être et avoir été.

Je commençai à vaciller sous les coups de boutoir de l’incertitude quand je m’aperçus que la page de l’article perturbateur comportait un petit bouton sur lequel était écrit « Take the test« .

J’ai donc « pris l’essai », j’ai « fait le test » !

Je vous rassure, les résultats ne prêtent aucune confusion : avec un score de 6 sur 40, je ne suis évidemment pas narcissique. Je vais pouvoir continuer à me regarder en face et sans honte dans les miroirs des ascenseurs et les vitrines des magasins. Ouf !…à moins que mes réponses aux questions  de « Take The Test » n’aient pas été tout à fait sincères… Ah ! zut…Je ne saurai jamais vraiment.

Enfin, voyez vous-même…

Lisez l’article complet en cliquant ICI

Et prenez l’essai vous aussi, Take The Test, appuyez sur le bouton…BOUTON

Amère victoire (Couleur café n°18)

Couleur café n°18
Café Le Hibou, Carrefour de l’Odéon

Amère victoire ou l’Esprit d’escalier 

Il fait vraiment très chaud en cette fin d’après-midi de juin. La table que je choisis à la terrasse du Hibou est à l’ombre, juste derrière une autre, occupée par un couple.

Elle : parisienne, rive gauche, juste avant la cinquantaine ; brune, élégante, cheveux tirés en arrière, grosses lunettes de soleil remontées jusque derrière le front.

Lui : asiatique, trente-cinq ans peut-être mais, avec ces gens-là, on ne peut jamais savoir ; sa chemise, dessinée à la main, est un camaïeu de rouge sur brun ; chaque jambe de son jean noir est décorée d’un large galon jaune vif qui part de la hanche pour descendre jusqu’à la chaussure ; ses tennis, énormes, peintes à la main elles aussi ont l’air de sortir d’un tableau de Miro ; ses lunettes DG sont posées sur son crâne.

Lui, je le vois assez bien dans la mode, créateur par exemple. Elle, elle serait dans Continuer la lecture de Amère victoire (Couleur café n°18)

ADOPTEZ UN INCIPIT ! (Couleur café n° 20)

Couleur café n° 20
Café La Palette 43 rue de Seine

Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

De mémoire, je viens de taper ces quelques mots sur mon clavier et j’ai déjà l’impression d’entreprendre l’écriture de la Recherche du temps perdu. Formidable pouvoir d’évocation d’un incipit, surtout quand il s’agit du plus connu de la littérature occidentale.

Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

Bon, et après ? Qu’est-ce que j’ai bien pu faire après ça ? Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire après ça ?

J’aligne des mots, dont les premiers ne sont pas les miens, un peu comme j’amorcerais la pompe du jardin avec Continuer la lecture de ADOPTEZ UN INCIPIT ! (Couleur café n° 20)

La première Daille

Il fait beau. Froid. Bleu profond.

A la gare des Tufs, la balancelle avance vite. Il faut protéger le dos des cuisses du choc du métal en interposant sa main.

Le siège s’élève, vibre au passage du premier pylône puis se balance doucement.

Regard vers le bas ; fourmis noires en procession.

Silence ; long silence ; rêverie.

Regard vers le haut ; dernier pylône avant l’arrivée, léger grincement Continuer la lecture de La première Daille