L’Hôtel de Ville de Bagnolet. Critique aisée 12

Bagnolet n’est pas si difficile que ça à trouver. En fait, quand vous partez pour Dubaï, Los Angeles ou Singapour, quand le taxi qui vous emmène à Charles De Gaulle tourne à droite pour quitter le périphérique et prendre l’autoroute, quand vous voyez grandir puis disparaître deux tours jumelles noires surmontées de hautes antennes squelettiques, vous pouvez vous dire que vous venez de traverser Bagnolet.
Je ne suis pas un (Nouvel) observateur patenté de la banlieue proche, et je ne me lancerai pas, sous un titre pseudo-humoristique du genre « En bagnole à Bagnolet », dans une apologie bobo d’une cité de la première couronne, avec son vieux quartier, sa pittoresque place du marché, ses commerces bigarrés, ses tags célébrés et sa petite église du XVI ème siècle.
Mais j’ai vu là-bas quelque chose dont il faut que je parle.

À la fin de l’année dernière, au milieu des grues et des palissades, dans les odeurs traditionnelles de méchoui et de ciment frais, les Bagnoletais et les Bagnoletaises ont inauguré leur nouvel Hôtel de Ville. Aujourd’hui, 22 janvier 2014, les grues ont été repliées, les odeurs de gas-oil du proche périphérique ont pris le dessus et le nouveau bâtiment ses fonctions. Relié à lui par une passerelle vitrée, l’ancienne marie demeure, genre de gros pavillon de banlieue, toutes portes et volets clos au milieu d’un terrain vague. On dirait qu’on a oublié de démonter une des baraques du chantier.
Il serait pourtant souhaitable que les maitres d’ouvrage mégalomanes et conservateurs, les architectes répétitifs, les décideurs pusillanimes, les contrôleurs tatillons, enfin tous ces gens à qui nous devons, entre autres,  le Ministère des Phynances, la grande  Arche de la Défense ou la Villa Méditerranée, il serait souhaitable donc que tous ces gens aillent  voir ce modeste bâtiment tout neuf.
A l’extérieur, l’entrée principale est surmontée d’un empilement de cylindres à base elliptique, qui rappelle sans imiter le Guggenheim de la 5ème Avenue, couronné par un parallélépipède ouvert sur l’extérieur comme ceux qui constituent la structure du Musée Pompidou de Metz. L’ensemble est très réussi. Le sont moins les deux façades perpendiculaires qui se rejoignent sur les cylindres. Ces façades, d’un modernisme classique et sobre, sont malheureusement gâchées par l’adoption de cette mode des résilles, si réussie au MUCEM de Marseille et si malvenue ici, qui donne une très forte impression de clôture provisoire. Passons, avec un peu de chance, ça rouillera vite.

Pour moi, la véritable réussite de ce lieu, c’est son hall d’entrée, tout fait de volumes  courbes et blancs, d’une complexité audacieuse, magnifique et légère. Un Trissotin appointé de Télérama y a vu une « impeccable prétention de l’architecte ». Il a cru également y sentir souffler l’esprit de Tati. Lequel? Celui de Mon Oncle, avec son modernisme ridicule? Celui de Trafic, avec sa splendide froideur? Ou celui des vêtements bon marché? Je n’y ai vu ni impeccable prétention ni fantôme de Tati mais un jeu superbe de creux et de volumes, de gris et de blancs, d’ombres de lumières.
Je suppose, j’espère, mais je n’ai pas pu vérifier, que les parties non accessibles au contribuable sont tout aussi réussies.
Bravo, Jean-Pierre Lott, architecte!

P1240402BagnoletPour agrandir, cliquez sur les images

Vous pouvez voir davantage de photographies sur le site suivant:

http://www.office-et-culture.fr/architecture/concept/la-nouvelle-vie-de-la-mairie-de-bagnolet

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