Rendez-vous à cinq heures : C.Q.F.D. ? 

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C.Q.F.D. ? 

Mon admiration sous entendue pour l’emballage de l’Arc de Triomphe a déclenché hier chez Lorenzo une vive réaction à la quelle je souhaite réagir à mon tour. J’ai choisi d’y répondre non par un commentaire mais par un article à part entière. En effet, d’une part, je souhaitais pouvoir développer mes arguments tout à loisir. Et d’autre part, après tout, c’est mon journal, non ?
Pour pouvoir battre le fer pendant qu’il est encore chaud, j’ai avec regret reporté à plus tard le rendez-vous à cinq heures que j’avais prévu pour vous cet après-midi avec Jean Yanne, Jacques Martin et Christian Bonnet, Ministre de l’Intérieur.

***

La  Fondation Christo est une entreprise privée. Je ne sais pas si les fonds dont elle dispose proviennent en partie de mécènes, mais ce qu’on sait, c’est que l’essentiel provient de ventes aux enchères de parties de la collection privée de Christo et des recettes des expositions de ses œuvres.

La Fondation est, je crois, domiciliée à Bâle, en Suisse. Avec ses fonds, elle offre à qui veut bien les regarder des visions différentes et étranges de monuments et de sites naturels auxquels nous étions habitués au point de ne plus les voir. Sur le plan artistique, chacun en pensera ce qu’il voudra comme c’est la règle en la matière. En ce qui me concerne, je le répète, ce truc à beaucoup d’allure et, je le répète également, l’emballage  de ce monument, certes chargé d’histoire et de symboles mais qui, il faut bien le dire, n’est pas d’une grande élégance, a ce gros avantage d’être éphémère.

Beaucoup d’argent est dépensé chaque jour dans des installations  autrement plus banales dans leur volonté souvent manifeste de choquer le bourgeois.

La question de savoir s’il est honorable de dépenser de l’argent dans l’art, et qui plus est dans l’art éphémère, alors que des gens “ont du mal à s’en sortir” est éternelle. Je ne suis ni assez politique ni assez philosophe pour pouvoir y répondre valablement, mais mon opinion transparaissait clairement dans le seul fait d’avoir publié cette “Brève de mon comptoir”.


On peut qualifier cette dépense d’indécente, mais alors il faudra dénoncer également les feux d’artifices municipaux, les concerts gratuits en plein air, les spectacles son et lumière et assimilés, les fan-zones pour les grands matches de n’importe quoi, la statue hommage à Johnny Hallyday, une motocyclette empalée sur un manche de guitare (!) qui, elle, ne sera pas éphémère.

La liste est interminable de ce dont on pourrait se priver sur le plan artistique ou festif au profit des nécessiteux.

Maintenant, un peu d’arithmétique : selon mes sources, le seuil de pauvreté en France est actuellement de 1063 €/mois pour une personne seule. Il y a environ 12 millions de Français vivant en dessous de ce seuil. Affecter la dépense pour “l’Emballage” à cette catégorie de personnes  reviendrait à donner à chacune la somme de 1,17€

Rappelons que la Fondation est suisse et notons que dans son pays, le même seuil est à 2098€ et que le nombre de personnes se trouvant en dessous est de 735000. Le transfert de 14 millions à leur profit apporterait à chacune un chèque de 19€. Mais en Suisse, qu’est-ce qu’on a pour 19€ ? Cinq tablettes de chocolat ? Une course en taxi de la Gare Cornavin à l’Hotel d’Angleterre ? La moitié d’une pendule qui fait coucou ?

Enfin, et pour en terminer, l’usage de l’acronyme péremptoire CQFD pour conclure le rapprochement effectué entre l’emballage de l’Arc de Triomphe et les Gilets Jaunes est abusif, dans la mesure où il n’y a aucune réelle démonstration menant à la conclusion.

En effet, d’une part, il est constant que les Gilets Jaunes ont précédé l’Emballage. Or, bien que la physique quantique ait émis quelques réserves sur ce point, il est encore admis qu’un événement quel qu’il soit ne peut être la cause d’un événement qui lui est antérieur.

D’autre part, les Gilets Jaunes n’ont pas particulièrement besoin de ce genre d’événement pour alimenter leurs colères, leurs frustrations, leurs envies. Pour cela, ils font feu de tout bois : le prix de l’essence, les limitations de vitesse, le niveau de vie des autres, les masques anti Covid, les vaccins, les Pass sanitaires, et pourquoi pas,  la météo.

Être Gilet Jaune est moins la conséquence objective d’un état de faits qu’un état d’esprit, une manière de penser.

10 réflexions sur « Rendez-vous à cinq heures : C.Q.F.D. ?  »

  1. J’arrive en retard mais j’ai déjà l’impression de me trouver autour de la table du dîner chez Renée. L’atmosphère s’échauffe, bientôt les invectives? Quant à l’emballage de l’Arc, moi je l’approuve non seulement pour l’art mais aussi pour les bénéfiques économiques induits qui compensent son coût, notamment l’emploi rémunéré des fabricants des bâches en plastique, puis celui des recyclers de ce plastique, l’emploi des cordistes qui ont installé les bâches et qui vont ensuite les retirer, l’emploi des journalistes, photographes, agences de tourisme, etc, et enfin le salaire – justifié ! – du Président de la République qui va inaugurer l’œuvre en question.

  2. Non, il ne s’agissait pas de ma position ; il s’agissait de la position que j’imaginais chez une partie des français.
    Je m’étais donc mal exprimé.

  3. C’est pour l’analyse d’un sujet polémique, par exemple lors de l’écriture d’un essai, que l’honnêteté intellectuelle impose de présenter les différentes positions.
    Mon RV à 5 heures n’était pas un  essai mais l’exposé d’une position en réponse à celle que tu venais d’exposer très clairement.

  4. Sur un sujet polémique, l’honnêteté Intellectuelle impose de présenter les deux positions. Sinon, il n’y a pas de discussion possible.

  5. « Cela dit, à titre personnel, il ne me choque pas plus que toi. »
    Ah bon ? pas même son côté indécent ?

    « Je persiste à penser que le coût de ce spectacle (qui n’est pas le premier) alimente les ressentiments paranoïaques d’une partie de notre pays. »
    Christo, LVMH, les banques, les péages, le service des Urgences, l’obligation de porter un masque, le prix de l’essence, les contrôles d’alcoolémie, les programmes de France Culture, la ceinture de sécurité, le nucléaire, les éoliennes, la pollution, la politique étrangère de l’Azerbaïdjan et la météo, tout est bon pour alimenter la paronoïa des paranoïaques. 
Faut-il pour autant s’en priver ?
    Faut-il tout faire pour calmer le dragon parano en espérant qu’il nous en sera reconnaissant et qu’il nous mangera en dernier ?

  6. Le problème avec le bouquet de chamallows (en anglais marshmallows) de Jeff Koons est double: 1) il a couté fort cher à la Ville, 2) il n’est pas du tout éphémère.
    Réalisé en résine de Vistemboir-52, il est définitivement imputrescible.
    Quand au monument de Bercy, est-ce un bel hommage ? Hommage peut-être, mais beau, surement pas; une moto empalée sur un manche de guitare, fallait quand même le faire !
    La statue hommage à Johnny ne sera plus là la semaine prochaine, car d’ici là, elle aura été volée soit par un fan, soit par un motoconnard.

  7. Dans le style sculpture éphémère discutable, il y a aussi les fleurs de Jeff Koons.
    Dans un quartier triste, c’est une note de gaieté pendant quelque temps. Alors, d’accord.
    Pour l’emballage Cristos, je trouve que c’est plutôt majestueux, bien adapté au monument. J’apprécie.
    Pour la guitare/moto de Johnny, je ne pense pas qu’elle sera encore là dans 10 ans, car ce n’est pas du bronze ou de la pierre, ni même un béton spécial.
    Alors, pourquoi pas, car c’est un bel hommage pour ses nombreux fanatiques, jeunes (à l’époque)?

  8. Mon commentaire était un sentiment et non pas un calcul arithmétique ni quantique …
    Je persiste à penser que le coût de ce spectacle (qui n’est pas le premier) alimente les ressentiments paranoïaques d’une partie de notre pays. Cela dit, à titre personnel, il ne me choque pas plus que toi.

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