Les ormes

Une haie de vieux ormes jalonnait le talus élevé de deux à trois mètres, en pied de la grande prairie, le long du chemin de la Vierge Noire. Leur tronc, droit, haut, à l’écorce raboteuse se terminait par une cime touffue, qui dominait de vingt-cinq mètres l’allée bucolique. Elle n’était pas sans danger, cette route, les jours de grand vent, qui faisait choir les branches mortes tourmentées et cassantes.
Les arbres s’abreuvaient dans la rigole en contrebas, née du canal du Verdon ; aussi restaient-ils verts sous le chaud soleil d’été, comme dans l’allée d’un parc lyonnais.
Géraud, enfant, récolta un jour, dans un sous-bois, une belle morille et s’en souvient.
La fraicheur des lieux attirait les citadins et Chantal empruntait ces ombrages dans les promenades dominicales de sa jeunesse aixoise ; peut-être y a-t-elle rencontré le futur époux, à vélo, les yeux bandés, allant chercher le lait de la ferme Miretti.
A l’automne, l’E.D.F. pour dégager la ligne qui courait le long, massacrait un peu la végétation et nous devions lutter contre les tronçonneuses excessives. Des ronces poussaient sur le talus et la cueillette des mûres attirait les enfants.
Deux Yougoslaves, qui logeaient dans la cabane de l’Horloge, propriété voisine du XVIIIème, ramassaient le bois mort pour se chauffer. Pour la petite histoire, un jour de beuverie, ils s’entretuèrent à la hache.
A la fin du printemps s’envolaient dans les prés les samares, ailes volantes jaunâtres porteuses des graines dans cet étui parcheminé.
A la Verdière, comme partout en France, les ormes magnifiques sont morts, sous l’attaque conjointe d’un champignon et d’un insecte, et, avant notre départ, nous les avons vus, avec peine, se dessécher. Quel vide dans nos campagnes.

3 réflexions au sujet de « Les ormes »

  1. Gilles m’a tellement parlé de la Verdière, cette maison existe toujours, il m’a amené la voir, la piscine que les enfants avaient construite a été comblée de gravas, la maison est clôturée de près et le grand jardin a été transformé en un parc de la ville qui se situe à la ZAC maintenant, petit j’ai souvent amené Mickaël jouait aux jeux d’enfants surtout à l’araignée que l’on ne trouvait que là à l’époque. J’aurais aimé remonté le temps pour la voir du temps de sa splendeur.

  2. Précisions historiques :
    -C’était ma première morille. Je l’avais,dans un premier, confondu avec un nid de guêpes.
    -Les yeux n’étaient pas bandés mais maintenus fermés. Ils ne se sont ouverts que lorsque le vélo et ma tête ont buté, plusieurs centaines de mètres plus loin, contre le mur de la ferme, y gravant quelques marques. Pari stupide, entre frères et sœurs adolescents, mais gagné.
    -Quand à Chantal ce n’est qu’un peu plus tard qu’elle a été admise à poursuivre « son chemin « jusqu’à La Verdière.

    Géraud.

  3. Les ormes champêtres victimes d’une maladie cryptogamique qui de façon insidieuse, masquée, efficace, s’attaque à un symbole du grand, du beau, du majestueux, du noble, un arbre, comment ne pas faire un rapprochement avec cet attentat d’hier à Paris?
    Charlie

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