Le canard : 2-L’escadre

Résumé du chapitre précédent : pour un garçon de onze ans, passer les derniers jours de l’été chez sa tante, à Eygalières, dans une trop grande et trop belle maison, c’est plus des vacances.

2 – L’escadre
Il a déjeuné dans la cuisine en tête à tête avec sa tante. Son nouveau mari est à Paris pour ses affaires. Pendant le repas, elle lui a posé deux ou trois questions sur ses vacances, sur sa future école. Elle n’a pas écouté les réponses. Elle lui a déclaré avec componction que bien travailler à l’école, c’était important. Et puis elle a annoncé qu’elle devait aller à Saint-Rémy pour faire des courses. Elle a chargé quelques paniers artisanaux dans la Méhari et puis elle lui a dit qu’elle en avait pour deux heures : qu’il aille jouer dans le jardin, qu’il aille voir les canards, qu’il ne fasse pas de bêtises. La petite camionnette beige a soulevé un peu de poussière dans l’allée, puis elle a disparu derrière les mimosas, sa capote noire flottant au vent.

Maintenant, il est seul. Il rentre dans la maison, monte un escalier, visite une chambre, et puis une autre. Tout y est net et ordonné. Il avance comme dans un musée. Les édredons sont si luisants et si gonflés qu’il ose à peine y poser la main de peur d’y laisser une trace. Alors qu’il passe près d’un bouquet de fleurs séchées, un pétale se détache et tombe. Il veut le ramasser, mais il est si craquant qu’il l’émiette sur le tapis. Il pince les petits bouts de pétale un par un entre deux doigts d’une main et les dépose dans la paume de l’autre. Il cherche où se débarrasser des indices du crime et ne trouve que les toilettes de la salle de bain. Les miettes dorées flottent maintenant dans la cuvette. Il appuie sur le poussoir de la chasse d’eau, mais le tourbillon ne fait disparaître que la moitié des morceaux tandis que le reste achève de tourner en rond à la surface. Ce n’est qu’à la troisième chasse qu’ils  disparaissent totalement.

Il a compris maintenant que, dans la maison, il ne sera jamais à l’abri d’une maladresse. Il sort dans le jardin et prend son vélo. Bien sûr, il n’a pas le droit de quitter la propriété, mais le jardin est grand. Il fait un premier tour de l’étang lentement, en reconnaissance, puis un deuxième, à toute vitesse. Il est deux heures et il fait chaud. En nage, il s’arrête sur la rive à l’ombre d’un grand arbre et laisse tomber son vélo à terre. Il contemple l’étang avec ennui. L’eau est parfaitement lisse. Il n’y a pas un souffle d’air. Le chant des cigales qui avait cessé à son approche reprend doucement et enfle. A l’autre bout de l’étang, quelques canards sont sortis de derrière les roseaux et semblent se diriger vers lui. Il les observe. Ils glissent sur l’eau, sans mouvements apparents. Ces formes marrons et vertes qui avancent vers lui, ces allures régulières, ces sillages parallèles, ça lui rappelle ces films de guerre où l’on voit une flottille de destroyers et de porte-avions avancer inexorablement vers les côtes de l’île qu’ils vont attaquer. Dans sa tête, la cacophonie des cigales a maintenant fait place à la musique martiale qui accompagne traditionnellement ce genre de scène.

Ils vont attaquer, il faut empêcher ces navires japonais d’approcher. Au sol, autour de lui, les munitions ne manquent pas. Il saisit une pomme de pin et la lance « à la grenade » vers l’escadre ennemie. La bombe tombe à la verticale à trois encablures en avant du vaisseau amiral qui donne l’ordre de stopper : « Couac ! »

ET DEMAIN, LA SUITE : COUAC, COUAC, COUAC !

Une réflexion au sujet de « Le canard : 2-L’escadre »

  1. Il y a quatre ans déjà! C’était quand même pas mal pour un jeune auteur. Rappelez-vous ma citation d’Hervé Bazin l’autre jour  » bien écrire, c’est un aveu doublé d’un camouflage ».

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