Archives par mot-clé : Lorenzo

Rue des martyrs

RUE DES MARTYRS

ou

FAIRE DU VÉLO AVEC UN BON COPAIN LE DIMANCHE MATIN

EN PLEIN HIVER

ET AUTRES PLAISIRS MAJUSCULES

Le souvenir du réveil difficile par un dimanche lugubre de février est déjà loin. Le bol de café vite avalé en grelottant dans la cuisine pendant que madame et les enfants rêvent au fond de leurs lits, l’habillage fastidieux avec ces multiples couches de vêtements qui vous font ressembler plus à une poupée russe qu’à un champion du monde sur piste, la paire de gants indispensables à la survie qui demeure introuvable, le bonnet grotesque que vous a imposé votre épouse faute d’en trouver un plus adapté, le vélo grinçant que vous poussez délicatement dans l’entrée de l’immeuble pour ne pas réveiller les gens normaux, la gifle de la bise qui vous arrache vos dernières illusions, tout cela n’est rien en comparaison de ce qui vous attend ce matin-là où vous avez relevé le défi, vous allez faire du vélo avec un bon copain. Vous vous demandez d’ailleurs en escaladant votre engin quelle est la définition exacte d’un bon copain. Il vous faudra trouver une réponse à cette question cruciale avant de prendre tout nouvel engagement susceptible de grever vos rares moments de repos. Vous n’imaginiez pas non plus que le dimanche le thermomètre affichait cinq degrés de moins que les autres jours de la semaine. De toute façon, Continuer la lecture de Rue des martyrs →

Retour de Campagne (32) La huitième fonction du langage

En prolongation de la discussion récente sur Roland Barthes, Lorenzo dell’Acqua nous prie d’insérer ce qui suit :

La huitième fonction du langage

Première partie

La prochaine épreuve du Trophée des Septuagénaires ne sera pas sportive mais intellectuelle même si certains ont objecté qu’à l’impossible nul n’est tenu. Elle se déroulera dans l’Amphithéâtre d’Anatomie du Palais de l’Archiginassio à Bologne qui accueillit par le passé de célèbres joutes oratoires. Le thème sera la Sémiologie chère à Roland Barthes, dernière Science, mais non la moindre, entrée au Collège de France.

Une révision préalable nous ayant semblé indispensable, les concurrents sont priés de consulter le petit opuscule de Patrick Rambaud, Le Roland Barthes sans peine. Nous leur conseillons également de lire ou de relire l’ouvrage de référence de R. B. : Le degré 0 de l’écriture avant que l’encre ne gèle dans l’encrier. C’est un émouvant recueil de ses souvenirs d’enfance chez ses grands parents maternels sur les hauts plateaux enneigés du Gers.

         Les sujets des épreuves ont été choisis par d’éminents intellectuels germanopratins et approuvés par un disciple Continuer la lecture de Retour de Campagne (32) La huitième fonction du langage →

Retour de Campagne (27)- Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Retour de Campagne (27)
Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.

Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droite son eau couleur d’encre. Il y avait au milieu, un bateau plein de bois, et sur la berge deux rangs de barriques.

Au-delà du canal, entre les maisons que séparent des chantiers le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient. Une rumeur confuse montait du loin dans l’atmosphère tiède ; et tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été.

Deux hommes parurent.

L’un, de taille moyenne, aux cheveux rares plus blancs que blonds, avait des yeux bleus fatigués par les longues soirées passées à recopier les registres de l’entreprise à laquelle il se consacrait corps et âme depuis de longues années. Il semblait Continuer la lecture de Retour de Campagne (27)- Bouvard et Pécuchet – SUITE&FIN  selon Lorenzo →

Un café ? Non, merci !

Moi, j’aime pas les cafés ; je ne m’y suis jamais senti bien et je n’y ai jamais perçu la moindre chaleur humaine. Les inconditionnels ont beau me dire qu’ils vont au café pour se retrouver face à eux-mêmes, moi, j’ai plutôt l’impression qu’ils y vont pour échapper à eux-mêmes. Dans leurs paradis publics pour rêveurs solitaires règne une connivence d’habitués dont je ne comprends pas la langue. Leur indifférence à l’égard des clients de passage accentue mon sentiment d’exclusion. Mais n’exagérons rien, tout n’est pas si désagréable dans un café ! Parfois, après de multiples tentatives infructueuses pour accrocher son retard fixé sur un horizon imaginaire, il arrive, mais pas à tous les coups, que le garçon s’aperçoive enfin de votre présence et condescende à venir prendre votre commande tout en vous faisant bien comprendre qu’il s’agit d’une faveur. Si vous étiez ce jour-là en charmante compagnie, votre honneur est sauf.

Non, décidément, je n’aime pas les cafés, mais alors pas du tout ! Leurs sièges sont inconfortables et, à mon malaise psychologique, s’ajoute un malaise physique qui Continuer la lecture de Un café ? Non, merci ! →

Retour de Campagne (17) – À la mer comme à la mer

À la mer comme à la mer

Nous voilà à nouveau confinés au bord de la mer mais cette fois-ci, ce  n’est plus le printemps, et, croyez moi, en hiver, c’est une toute autre aventure ! Heureusement, il y a des compensations. D’abord, les rues sont   (presque) désertes et le nombre d’irresponsables sans masque est bien moindre qu’à Paris. Mais, attention, comme me l’a fait remarquer un ami ingénieur bienveillant, il faut se méfier Continuer la lecture de Retour de Campagne (17) – À la mer comme à la mer →

Retour de Campagne (9) : La dame de Chez Lipp-Suite &Fin par Lorenzo

Retour de Campagne (9)
7 novembre 2020

Le jeu « Suite & Fin » récemment proposé ici-même consistait à produire un texte en continuation d’un texte proposé par le JdC et dont le titre était « La dame de Chez Lipp »
Voici la contribution de Lorenzo. Le texte de départ est imprimé en bleu et le texte de Lorenzo en noir, tout simplement.
Et qu’est-ce qu’on dit ? Merci , Lorenzo !

(Guy a envoyé sa « Suite&Fin » qui paraitra demain. On attend Lariègeoise, Edgard et Bruno avec impatience. )

La dame de Chez LIPP

Chez Lipp, dans l’angle Nord-Est de la première salle, juste sous le petit panneau cartonné suspendu à une patère qui « pour la tranquillité de la clientèle, demande aux utilisateurs de téléphones portables de renoncer à s’en servir à table », il y a une femme qui n’y a pas renoncé.

Elle est entrée, seule, brune et pâle, l’oreille collée au petit écran.  Au maitre d’hôtel qui l’a reçue comme une habituée, elle n’a pas adressé un regard. Par un imperceptible mouvement de la tête, elle a refusé les services de la demoiselle du vestiaire et, sans interrompre sa conversation, dans un mouvement compliqué accompli avec la dextérité que seule donne une grande habitude, elle s’est débarrassée de son imperméable. Elle l’a posé sur la banquette, noir, noir comme son sac, comme son tailleur, Continuer la lecture de Retour de Campagne (9) : La dame de Chez Lipp-Suite &Fin par Lorenzo →

Paris était une fête

Hier, mercredi 28 octobre, le journal Le Monde titrait :
Pour la première fois, le nombre de piétons morts par accidents de vélos
et de trottinettes a dépassé celui des morts par le mutant n° 157 du Covid.

Les victimes sont jeunes car les vieux parisiens ne sortent plus de chez eux depuis que les frais chirurgicaux dus aux accidents de la circulation ne sont plus pris en charge par la Sécurité Sociale au-delà de 65 ans.

La vie dans Paris est devenue compliquée malgré la réélection de madame Hidalgo pour la cinquième fois consécutive. Jugez-en plutôt.

Les anciens grands axes de circulation ont été réduits à une seule voie et les rues à une voie sont interdites aux automobiles. On devine la finalité implacable de ces arrêtés municipaux … Le stationnement de surface est strictement Continuer la lecture de Paris était une fête →

Bas les masques !

T’as d’beaux yeux, tu sais ?
Marcel Carné – Quai des Brunes, 1937.

Si j’ose aborder ce sujet frivole (mais préoccupant), c’est parce que mon âge m’y autorise désormais sans la moindre ambiguïté. Il devrait intéresser les lecteurs masculins du blog, peut-être certaines lectrices aux idées larges, et, à coup sûr, son rédacteur en chef.

Voilà. Depuis que le confinement s’est abattu sur notre vie quotidienne, je me demande si le port du masque n’aurait pas modifié la fréquence des coups de foudre fugitifs dans la rue, le bus ou le métro, encore que dans ce dernier le charme féminin ou masculin s’y fasse de plus en plus rare. Je m’explique : depuis que tout le monde porte un masque, j’ai le sentiment que le nombre de jolies femmes a augmenté de façon exponentielle alors que, paradoxalement, seule la moitié supérieure de leur visage est visible. La première explication Continuer la lecture de Bas les masques ! →

Paris ! À nous deux (3) – Les horreurs de Paris

Ce jour-là, j’avais décidé de commencer le tour des horreurs de Paris. Quand je dis « horreurs », je ne veux pas parler du Sacré-Coeur de Montmartre ni de l’Institut Imagine du Boulevard Montparnasse, non, je veux parler des horreurs récentes, celles que nous devons à notre Maire, toujours détestée mais toujours élue, celle dont je croyais bien avoir réglé le compte en révélant ses dictatoriales méthodes et ses perfides intentions dans mon explosif essai : « L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes ». Hélas, cet ouvrage, pourtant remarquable ne serait-ce que par le sérieux de ses recherches, n’a pas rencontré le succès escompté, que ce soit auprès de la presse mainstream ou spécialisée, toujours à la botte du pouvoir en place, auprès des éditeurs pusillanimes et terrorisés par les éventuelles représailles d’une administration totalitaire, ou auprès du public (quoique les trois personnes qui l’avaient lu en entier m’aient déclaré spontanément que « ouais, c’était rigolo ».)

Donc, pour ce rallye des horreurs municipales, pour m’échauffer, j’aurais sans doute commencé par Continuer la lecture de Paris ! À nous deux (3) – Les horreurs de Paris →