Photos-souvenir – 16

 Par Lorenzo dell’Acqua

J’ai toujours détesté les mandarins et surtout le professeur Milliez, un médecin de gauche vénéré dans les années 68., dont on faisait semblant d’ignorer qu’il prenait les pires honoraires de Paris. Les derniers temps où j’exerçais à l’hôpital, mon activité principale consistait à obtenir des externes et des internes qu’ils retirent leurs mains de leurs poches, qu’ils ferment leurs blouses ouvertes sur des tee-shirt douteux, et qu’ils ne ricanent pas pendant la visite. Le comble fut atteint le jour où l’un d’entre eux entra dans la chambre d’un malade avec une tasse de café en plastique à la main. Là, je me suis dit que quelque chose avait changé. A la fin de ma carrière, il était devenu impossible de distinguer un brancardier d’un interne en médecine à la cafétéria. Signe des temps, là encore.

 

Aujourd’hui, l’invasion de l’Ukraine par les Russes me fait ressentit la même chose que Stefan Zweig : la honte et le désespoir.

 

Parce que c’était inclus dans notre voyage en Chine, nous étions allés voir de nuit la pêche aux cormorans depuis un bateau ancré sur un fleuve aux berges douteuses. Les malheureux oiseaux avaient un collet enserrant leur gorge pour qu’ils n’avalent pas les poissons pêchés avec leur long bec. Bien avant la déferlante écologique, c’était déjà un spectacle affligeant.

 

Ce restaurant ne figure pas ici par mégalomanie. D’ailleurs, la sobriété de sa façade le distingue sans équivoque de moi.

 

A la Galerie de la Tour de Nesles, j’avais exposé mes Correspondances avec, en particulier, une photo en noir et blanc d’un homme de dos en polo à rayures verticales devant les colonnes parallèles du temple d’Hatchepsout. Un visiteur est venu me voir parce que cette photo lui évoquait les camps de concentration. Comme quoi, chacun voit ce qu’il veut en art comme dans la vie.

 

Le boudoir était une espèce de gâteau sucré, long et très dur. Dans mon enfance, il accompagnait le champagne au dessert. Heureusement, les choses ont évolué dans le bon sens ; le champagne est devenu un apéritif et le boudoir a disparu.

 

Le Flore est un café célèbre qui m’évoque avec horreur le comité national des écrivains présidé par Sartre et Beauvoir à la Libération. A la Brasserie Lipp située en face, de nombreux écrivains contemporains, dont certains fort éloignés d’eux politiquement comme Philippe Couteillac, ont leur table attitrée, leurs voisines de table vieillissantes et y écrivent parfois, mais rarement.

Lorenzo dell’Acqua

 

1 réflexion sur « Photos-souvenir – 16 »

  1. Bonjour Lorenzo, à propos des cormorans, j’ai bien connu cette pratique ancestrale chinoise de la pêche quand je résidais en Chine, notamment sur la magnifique rivière Li qui serpente dans un décor extraordinaire de petites montagnes en pains de sucre aux abords de la ville Guillin. Cette pratique n’était pas cruelle pour les cormorans qui étaient bien rétribués en nourriture fraîche. Elle était spectaculaire avec le pêcheur debout sur un simple radeau fait de gros bambous juxtaposés parallèlement sur une largeur de 50 à 60 cms, une espèce de paddle quoi, et elle était donc écologique, à l’époque… (je doute qu’elle le soit aujourd’hui, un canot à moteur ayant probablement remplacé le radeau en bambou et la pagaie ou la perche, sauf pour le folklore, dommage!).

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