La chute du globe (2/2) (Couleur café n°35)

temps de lecture : 4 minutes 

Couleur café n°35 (suite)

(…) La Coupole par ci, La Coupole par là… et c’est là que venait Untel ! et aussi Machin, avec Unetelle de temps en temps ! Mais je les connais pas, moi tous ces gens ! Et à supposer que je les connaisse, ils sont pas là aujourd’hui, non ? Alors, qu’est-ce que ça peut me faire à moi, Untel, Machin et Machine ? Té, regarde plutôt : on arrive, tranquilles, Gandolfi et moi, on devise gentiment, et POF BALINGBLINGBLING! , on manque de se faire assassiner ! Alors tout ce que je vois moi, c’est qu’à la Coupole, il vaut mieux y venir casqué !

Seconde partie

GINA VAN PARABOUM,  modèle
Mince alors ! Heureusement que je ne me suis pas mise là-bas, dis-donc ! J’en suis toute retournée… Déjà que j’ai un pansement sur le nez… Ç’aurait été le pompon si j’avais pris ce truc sur la tête ! Quand je vais raconter ça à Océane !… Elle voudra plus venir ici… Mais que je suis bête, moi ! Mais faut que je change de place : je suis juste dessous la lampe d’à côté. La même, exactement la même ! Si ça se trouve, d’ici cinq minutes, elle va me tomber dessus. « Hé, Frankie ! Je m’en vais au bar, à l’intérieur. Sois un chou, apporte-moi mon Caraïbes Express, tu veux ? »

FRANCK COTTARD, chef de rang
Elle est marrante, Gina ! Elle ne voit pas que j’ai autre chose à faire, non ? Elle va se l’apporter toute seule son cocktail à la con ! Bon ! On dirait qu’il n’y a pas de blessé, cette fois. C’est déjà ça ! Je leur avais pourtant dit à la Direction qu’il fallait faire quelque chose, changer les globes, fermer la terrasse, je ne sais pas, moi ! « C’est à l’étude, ils m’ont dit ». A l’étude ! Tu parles ! Ça fait quand même  une semaine, maintenant… La prochaine fois, il y aura un drame, c’est sûr. Bon, c’est pas tout, il faut que je m’occupe de la cliente, là. « Ah, Madame ! Nous sommes désolés ! Je ne comprends pas, c’est la première fois qu’une telle chose se produit… un coup de vent, sans doute. Tenez, Madame, je vous propose de vous installer à l’intérieur le temps que l’on nettoie. Dans le bar, il n’y aura pas de risque, ah ! ah !  … Non, je plaisante, bien sûr. La maison sera heureuse de vous offrir votre consommation… ce qui vous fera plaisir… Non ? Vraiment ? Ah, mais ne partez pas, Madame… Madame ? Madame ? » Bon, eh ben barre-toi, connasse ! « Moussa ! » Où est-ce qu’il est encore celui-là ? « Ah ! Moussa ! Va me chercher un balais et une pelle et ramasse-moi tout ça en vitesse ! Faut que j’aille voir Roger, moi maintenant…»

ROGER RATINET, Responsable maintenance
« Eh ben voilà ! Le deuxième en une semaine ! C’était couru, qu’est-ce que tu veux ! Tu vois, Franck, le globe, il fait plus de quatre kilos, quatre kilos cinq-cent-cinquante exactement, j’ai pesé, presque cinq kilos de verre de 3 millimètres, du verre ordinaire, même pas du Sécurit. Eh bien, des globes comme ça, il y en a treize, tout le long de la terrasse. Bon, d’accord, c’est pas supposé tomber par terre tous les jours, mais quand même, ça peut arriver… la preuve !  Et tout ça suspendu à une espèce de cône en cuivre par trois petites vis de rien du tout… des 3 par 20, tu te rends compte ? Ni rondelle, ni frein, ni rien… C’est pas du travail sérieux ! Je leur ai dit à la direction, ça, il y a deux ans. Ils m’ont répondu que le remplacement était à l’étude. A l’étude, tu parles ! Maintenant, on voit le résultat ! Et qui c’est qui doit trouver d’urgence la solution ? C’est Bibi, comme toujours !
Pourquoi c’est tombé ? Ben, c’est évident. Qu’est-ce que tu veux, avec cette chaleur ! Quarante degrés le jour, dix-huit la nuit ! Qu’est-ce que tu crois qu’il fait, le cône en cuivre ? Eh bien, il gonfle et puis il dégonfle, et il recommence le lendemain : il gonfle, il dégonfle. Le problème, c’est que la boule de verre, elle, elle fait la même chose, mais pas autant et pas en même temps. Résultat des courses : à un moment, les vis, elles en peuvent plus. Alors elles lâchent. Et PAF ! Moi, je dis qu’il faut fermer la terrasse ! Pas possible, ils m’ont dit, débrouillez-vous ! Et comment je peux me débrouiller, moi ? J’ai même pas reçu l’escabeau que j’ai demandé !

PASCAL GANDOLFI, avocat
C’est plutôt rigolo, cette histoire, non ? C’est spectaculaire, ça rompt un peu la monotonie et il n’y a pas de blessé. Alors, que demande le peuple ? Mais il n’a pas l’air de cet avis, le cousin Ollivier. Voilà qu’il est tout pâle et qu’il ne dit plus rien. Il n’a vraiment pas l’air dans son assiette. On dirait même qu’il me fait la gueule. Qu’est-ce que j’y peux moi, s’il y a un lustre qui tombe ? Au moins, ça va nous faire un sujet de conversation, parce que jusque-là, il faut dire… En tout cas, ça lui fera quelque chose à raconter, rue Paradis. J’imagine déjà l’Odyssée qu’il va en tirer, Ollivier. Du grand spectacle… Hollywood ! Tiens, justement, des américaines ! Huit d’un coup. Des veuves ou des divorcées en goguette, riches surement, drôlement gaies en tout cas… Elles sont là pour diner, c’est leur heure.
Bon sang ! Voilà le maître d’hôtel qui les installe en terrasse, juste en dessous de deux lampadaires strictement identiques à celui de tout à l’heure ! N’importe lequel pourrait leur tomber sur la tête à n’importe quel moment !
Sur des américaines, vous pensez !
Et riches en plus…
J’imagine  la scène, le drame, le procès…
Il faut absolument que je fasse quelque chose…
Parce qu’on ne sait jamais, quand même, il pourrait y avoir un accident…
Avec un peu de chance…
Après tout, je suis avocat…
Il faut bien vivre…
Je vais proposer à César de reprendre un Ricard pour se remettre de nos émotions.
On va rester encore un peu.

FIN

 

1 réflexion sur « La chute du globe (2/2) (Couleur café n°35) »

  1. “C’est à l’étude”, c’est bien la phrase conventionnelle du moment pour comprendre les tuiles qui nous dégringolent sur la tête, et pas que les globes de La Coupole, “at large” ajouterait un anglais, y compris le CO2 (celui-là est bien à l’étude comme nous l’avons vu récemment), l’asphyxie à Paris, twitter, les frôlons asiatiques, etc, etc. “Maintenant je sais, je sais qu’on ne sait jamais” chantait Gabin, pas grave, tout est à l’étude.

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