AVENTURE EN AFRIQUE (18)

7 minutes

Morceaux d’aventures

L’Ader Doutchi Maggia

Un matin, début mars, une des “fatys” était venue me trouver à mon bureau, pour me dire que le directeur Amadou Cissé désirait me voir. Elle me précéda jusqu’à la porte de son bureau et vérifia par le petit trou, avant de frapper. Le chef démarra tout de suite l’entretien, m’expliquant qu’il y avait une dizaine d’années le Génie Rural avait effectué des travaux dans l’Ader Doutchi Maggia. Il me situa la région, dépendant de la préfecture de Tahoua, à l’ouest d’une ligne Malbaza-Tahoua. Il y avait été réalisé quatre retenus collinaires, dans les années 1960-1970, plus ou moins importantes, pour le compte de l’U.N.C.C. (Union Nigérienne de Crédit et de Coopération), sur les sites de Kaouara-Nord, Galimé-Mouléla, Toinfafi et Guidanmagagi. Elles étaient destinées à stocker la totalité des eaux de ruissellement de leur bassin versant. Il me les localisait sur un plan de situation. La difficulté actuelle, pour les exploitants des périmètres hydro-agricoles en aval, était de connaître à tout moment les volumes d’eau disponibles pour les guider sur les natures de cultures à mettre en œuvre. La mission demandée était d’établir des courbes hauteur-volume de chaque retenue, à partir de l’échelle de crues, existante ou à installer sur la digue. La base du travail était : le relevé topographique de chaque retenue. Pour ce faire il fallait que celles-ci soient vides ce qui voulait dire d’effectuer les relevés en pleine saison sèche, au moment où il faisait le plus chaud. Ce travail allait nous demander plusieurs semaines en pleine brousse. Jusqu’à ce jour aucun V.S.N.A. n’avait été volontaire pour réaliser cette tâche, évoquant la température et l’isolement. Il m’indiqua qu’à Guidanmagagi, il y avait une case équipée de toilettes, d’un puit et presque tout le confort, mais avait oublié de me dire que le toit était en tôle. Cissé me demanda, si j’acceptais, de faire la liste du matériel complémentaire nécessaire, après avoir visité le stock en magasin du Service et chiffré celui à acquérir.

J’ai calculé, avec les déplacements, que nous en avions pour environ quatre semaines de travail qui serait à effectuer au mois d’avril.

Je demandais à Chantal son avis sur cette mission atypique. Elle me donna son accord pour cette aventure. Je revis le directeur et lui fixais alors les conditions pour effectuer cette mission.

La première était que mon adjoint Michel Granges m’accompagne. La seconde était l’achat de tout le matériel pour permettre de vivre sur place avec la Section Topo : lampes tempêtent, lits de camps, petit piquets de bois, jerricanes, de l’argent liquide pour l’achat de notre nourriture, bons d’essence,… etc.

A mon grand étonnement, alors que j’avais accepté la mission, Amadou Cissé un peu gênée, m’indiqua qu’aucun budget n’avait été alloué à ce projet… et que la seule solution était de faire appel à un mécène comme par exemple la banque du Liban. Je n’avais pas envisagé cela ! Néanmoins j’ai été très bien reçu par un banquier à qui j’ai présenté le projet et expliqué sa nécessité pour optimiser les cultures en aval des retenues. Je me suis déplacé trois fois pour au final obtenir la somme honorable de 100 000 CFA (environ 150 €). Cela m’a permis d’acquérir le matériel manquant et la nourriture pour la première semaine. Pour les achats, je m’étais rendu au Grand Marché pour connaître un peu les prix, après un début de marchandage. J’ai ensuite envoyé Mahamane Sala pour prendre la suite et obtenir de meilleurs prix. J’avais acquis aussi 7m de tissus en coton pour me faire un “chèche” indispensable. Keita le chauffeur du porte char, m’avait enseigné la mise en place sur la tête.

Un matin d’avril nous avons changé une 404 pick-up avec le matériel ainsi qu’un réfrigérateur à pétrole, un fut d’essence, et un bidon de pétrole. Et dans la Lande-Rover nous avons placé tout le matériel topographique. Nous nous étions répartis dans les deux véhicules : direction la préfecture de Tahoua. Avant de partir quatre gars de la Section, les uns après les autres, m’ont demandé de conserver sur moi, leur paie du mois précédent, de peur de dépenser leur argent en futilités pendant la mission. J’ai apprécié ce geste de confiance. Je n’étais plus le “nassara“ (le chrétien), je faisais partie du groupe, dont j’étais le chef. J’avais déjà sur moi l’argent liquide pour la mission et mon argent… je n’étais pas sans rien. Mon pantalon avait une grande valeur !

Nous sommes arrivés à Tahoua en milieu d’après-midi après avoir parcouru 550 km d’abord sur la route principale goudronnée puis le reste environ 160 km sur une piste en latérite. Je me rendis à la préfecture de région pour faire viser mon ordre mission. Nous avons ensuite repris la route pour revenir à Malbaza puis à Guidanmagagi soit encore 170 km de mauvaise piste. Nous sommes arrivés en fin de journée au village et Michel et moi, intégré la case de passage du Génie Rural. Les gars de la Section, eux, logeaient dans le village. Nous avons passé, notre première nuit en brousse sahélienne.

Au lever du jour nous avons été réveillés par les voix des femmes qui venaient tirer de l’eau du puits situé à une dizaine de mètres de la case. Je leur ai fait comprendre que pendant que nous étions là il faudrait aller chercher l’eau ailleurs sauf pour l’une d’entre elles, estropiée qui avait des difficultés à marcher.

Après ce réveil matinal, nous avons commencé à installer notre case composée de deux pièces et d’une douche. Dans la pièce principale qui faisait office de cuisine nous avons mis en route le réfrigérateur à pétrole. La mèche de celui-ci s’était mise à fumer et il n’y avait pas d’évacuation haute ; au bout de quelques heures toute la case sentait le pétrole ! A l’extérieur de la case, une pompe à main permettait de monter l’eau dans un fut de 200 litres plaçait sur le toit. Pas besoin de de chauffe-eau pour avoir de l’eau tiède, le soleil se chargeait du travail. Devant la porte, poussait un gao dont l’ombre était précieuse. Nous avons décidé ensuite d’aller voir la première retenue proche du village. La digue mesurait environ 500 m de long pour une hauteur de 15 m au point de vidange. En aval s’étalaient des parcelles sur environ 300 ha. Cette première visite nous a permis à Michel et moi de voir si la méthodologie élaborée à Niamey était réaliste : implanter d’une perpendiculaire sensiblement au milieu de la retenue, placer des piquets à tête rouge tous les 25 m, de part et d’autre de cet axe, dresser des perpendiculaires matérialisées par des piquets tous les 25m. Chaque pied de piquet étant ensuite nivelé. Ce carroyage régulier devait être la base de notre relevé. Dès le lendemain matin nous avons travaillé jusqu’à environ 13 heures, au-delà cela devenait difficilement tenable vu la chaleur. Après le déjeuner : sieste. Ce n’était que vers 16 heures, la température ayant un peu baissé, que nous reprenions le travail jusqu’à 19 heures.

Dès le début du séjour, Michel s’étaient mis à tousser et plus particulièrement la nuit. Je n’avais rien à lui donner, la caisse à pharmacie que Chantal m’avait préparée était vide ! La Section Topo avaient consommé tous les médicaments pendant le trajet, surement pensant ainsi anticiper toute maladie! J’imaginais l’absorption de l’aspirine effervescente : cela avait dû être spécial à sucer. Je décidais donc au bout d’une semaine d’aller à Malbaza pour téléphoner au Génie Rural pour demander de m’envoyer un véhicule pour rapatrier Michel sur la capitale. Je me retrouvais donc tout seul en plein Sahel alors que c’est ce que je souhaitais éviter depuis le départ.

Pour profiter de la découverte de la région, en fin de journée il arrivait que nous ne rentrions pas directement et allions visiter un village, un point d’eau animé par les femmes puissant l’eau. Le puits est un véritable lieu de vie. Les femmes de s’y rendaient le matin au lever du jour et en soirée avant le coucher du soleil. A côté du puits de Guidanmagagi la tradition voulait que les femmes mariées aient une tenue bleu-roi, avec un foulard noir sur la tête. Après avoir puisé l’eau, elles remplissaient de grosses calebasses qu’elles portaient ensuite soit sur la tête, soit sur l’épaule attachées de part et d’autre à une barre en bois. Tout cela se faisait avec le sourire, dans un brouhaha de parole : l’information circulait. Pendant ce temps-là les hommes étaient sous l’arbre à palabres au milieu du village.

Le marché est aussi un lieu plein de vie. Nous en avions trouvé sur la piste démuni de tout arbre pour se mettre à l’abri du soleil entre Guidanmagagi et Toufafi, très coloré, où le bleu dominait. Nous y avions croisé : vieux marchand, jeune fille haoussa, touarègue…

A SUIVRE 

 

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