Archives de catégorie : Critiques

Le pont des espions (Critique aisée n°66)

Critique aisée n°66

Le pont des espions (Bridge of spies)
2015-Steven Spielberg
Tom Hanks, Myke Rylance

1957, la guerre froide bat son plein, Berlin-Est construit son mur, l’URSS envoie des espions aux USA, les USA le lui rendent bien, avec en plus des avions U-2.
Le FBI arrête Rudolf Abel, espion soviétique, le fait passer en procès et le met en prison.
Trois ans plus tard, le U-2 de Gary Powers est abattu au-dessus de l’URSS qui récupère le pilote.
Deux ans plus tard, Abel et Powers seront échangés sur le le fameux pont de Glienicke, près de Berlin.
Telle est l’histoire.

Un de mes cinéastes favoris, Spielberg, en a tiré un film de 2 heures et 21 minutes. J’aimerais beaucoup dire en dire du bien.

Voilà : on entre très bien dans le film en même temps que dans l’intimité de Rudolf Abel. Ceux qui connaissent Norman Rockwell et son célèbre autoportrait seront comblés. C’est dans cette situation que l’on découvre l’espion, chez lui, en train de Continuer la lecture de Le pont des espions (Critique aisée n°66)

Thaddaeus Ropac (Critique aisée n°65)

Pourquoi n’iriez-vous pas faire un petit tour chez Thaddaeus Ropac ?
C’est à Pantin. Il vaudra mieux prendre votre voiture et vous serez heureux d’apprendre qu’il y a un parking.

Thaddaeus RopacInstallée depuis peu dans d’anciens établissements industriels, cette galerie expose des œuvres d’art contemporain. Les locaux y sont vastes et clairs, comme il se doit maintenant dans les galeries d’art. Ils permettent d’exposer dans de très bonnes conditions des œuvres de toutes tailles, la cour pouvant aussi accueillir des œuvres monumentales.

Depuis octobre 2015 et jusqu’à fin janvier 2016, une des galeries accueille une exposition de photographies de Dennis Hopper. Vous y verrez surtout des portraits de célébrités des années soixante, Peter Fonda, Roger Vadim, Nikki de Saint Phalle, Jane Fonda, et tous les copains de l’acteur qui fut surtout connu pour avoir tourné dans Easy rider et l’Ami américain.
Vous y verrez aussi comment Hopper, totalement barge, et pour annoncer au monde ébahi Hopper se fait sauterqu’il allait se remettre a la peinture, s’est assis au milieu d’un cercle de bâtons de dynamite qu’il a fait exploser pour prouver qu’à l’intérieur de ce cercle, il n’y avait aucun souffle. Il avait raison.

Du 17 au 24 janvier, la galerie accueillera 60 jeunes créateurs. Renseignez-vous.
Du 15 Janvier au 5 mars, c’est jean Marc Bustamante, photographe, sculpteur et directeur actuel de l’école des Beaux Arts, qui exposera.
Je ne connais ni les oeuvres de Bustamante ni celles des 60 jeunes créateurs, mais je vous recommande quand même d’aller faire un tour chez Ropac. Ce matin, c’était la deuxième fois que j’y allais. Il n’y a personne, c’est très chic, et vous êtes accueillis par des jeunes gens charmants.
Si vous êtes sages on vous fera même visiter le loft, un bureau comme on aimerait en voir, et en avoir, plus souvent.
Galerie Thaddaeus Ropac Paris Pantin
69 Avenue du Général Leclerc 93500 Pantin
Mardi-Samedi 10h-19h
 

 

Les huit salopards (Critique aisée n°64)

Les huit salopards (Hateful eight)
2015-Quentin Tarantino
Samuel Jackson, Kurt Russell, Tim Roth et quelques autres.

Tarantino a encore frappé.
Deux heures et quarante-sept minutes, soit deux de plus que son film précédent, Django Unchained.
En son temps, j’en avais fait une critique peu indulgente. Mais maintenant, je me dis qu’au moins, il y avait une ou deux scènes avec Leonardo di Caprio et une blague ou deux rigolotes.

Ici, rien.

Un film ennuyeux, bavard, interminable, Continuer la lecture de Les huit salopards (Critique aisée n°64)

C’était à Mégara… (Critique aisée 63)

Critique aisée n°63

C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar.

Avec le « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » du petit Marcel, « C’était à Mégara… » est probablement l’incipit le plus connu de la littérature française. C’est celui du roman Salammbô de Gustave Flaubert.
Je ne vais pas disserter sur cette œuvre puissante et surtout pas tenter de la comparer à la Recherche du temps perdu. D’abord parce que ces deux romans sont incomparables, y compris entre eux. Ensuite parce que je ne suis carrément pas au niveau et, dans ces cas là, j’aime bien dire que je n’ai pas les outils.
Je voudrais simplement faire remarquer les différences qui existent pour moi entre ces deux magnifiques phrases d’entrée qui ne font d’ailleurs que refléter les différences fondamentales de nature entre les deux œuvres.
Avec l’incipit du petit Marcel, vous entrez dans son roman (on dirait aujourd’hui autofiction) par une petite porte, la fragile petite porte du fond du jardin de la maison de Combray, la délicate petite porte de la mémoire. La phrase est courte, simple et inattendue, surtout quand elle suit un titre aussi explicatif que « A la recherche du temps perdu ». Vous êtes tout de suite dans l’intimité du Narrateur qui, avec cette phrase d’introduction, commence à vous expliquer comment chaque soir il se couchait de bonne heure sans pouvoir s’endormir avant que sa mère ne vienne l’embrasser. Avec les trois mille pages qui suivent, vous saurez tout de lui.
Le grand Gustave ouvre Salammbô avec une phrase solennelle : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar« . On est au cinéma, l’hymne de la Twentieth Century Fox vient Continuer la lecture de C’était à Mégara… (Critique aisée 63)

L’Homme Irrationnel (Critique aisée n°62)

Critique aisée n°62

L’Homme Irrationnel

Woody Allen – Joaquin Phoenix – Emma Stone -Parker Posey

C’est curieux comme je n’ai pas grand-chose à dire sur ce film. C’est sans doute parce que je me sens incapable de disserter sur les théories philosophiques qui l’encombrent. Comme je dis souvent : je n’ai pas les outils.

J’ai donc retenu principalement une réplique, qui constitue en quelque sorte l’ouverture du cours que le nouveau prof de philo va donner à ses étudiants : «There is a difference between a theoritical world of philosophy bullshit and real life» (Il y a une différence entre un monde théorique de conneries philosophiques et la vraie vie).

Abe Lucas est professeur de philo, désabusé, alcoolique, suicidaire et, de surcroit, nouvel impuissant (la question n’est pas de savoir s’il est devenu désabusé, alcoolique et suicidaire à cause de l’impuissance ou bien l’inverse). Il ne retrouvera Continuer la lecture de L’Homme Irrationnel (Critique aisée n°62)

L’intérêt de l’enfant (Critique aisée n°61)

Critique aisée n°61
L’intérêt de l’enfant
Ian McEwan

Je crois que j’ai lu tous les livres de Ian McEwan. Enfin presque.
Peu emballé par EXPIATION, vaste mélodrame sur fond de Seconde Guerre Mondiale, pourtant considéré par beaucoup comme son meilleur livre, je lui avais avais donné une deuxième chance avec SAMEDI.
Et là, ça a été le coup de foudre et depuis, je crois que j’ai lu tous ses livres, enfin presque : EXPIATION, SAMEDI, AMSTERDAM, L’INNOCENT, L’ENFANT VOLÉ, DÉLIRE D’AMOUR, SUR LA PLAGE DE CHESIL, OPÉRATION SWEET TOOTH et, maintenant, L’INTÉRÊT DE L’ENFANT.
McEwan a un vrai style et une vraie technique que l’on retrouve pratiquement à chacun de ses romans.
Son style est fluide, mais net et précis. Dans quelques moments d’action, un ou deux par roman, il atteint même une incroyable densité.
Sa technique est souvent reconnaissable : choisir un métier pour le personnage principal, apprendre tout de ce métier, sans doute par une enquête approfondie et, pourquoi pas, une équipe de chercheurs, placer d’abord le personnage principal dans une crise personnelle plutôt diffuse, puis le placer dans une crise professionnelle intense, cumuler les deux crises et voir comment le héros se débrouille.
Que mon démontage de sa technique ne vous décourage pas d’entreprendre la lecture de Ian McEwan, et ne manquez surtout pas de lire SAMEDI, L’INNOCENT et DÉLIRE D’AMOUR.
Quand vous aurez lu ça, vous pourrez toujours aborder ceux de ses romans qui ont eu, je crois, le plus de succès, mais pas auprès de moi : EXPIATION, SUR LA PLAGE DE CHESIL.
Si vous décidez de commencer avec L’INTÉRÊT DE L’ENFANT, vous y retrouverez le style et la technique que j’ai cru déceler chez McEwan : Fiona est une juge spécialisée dans les affaires de famille. Alors que son mari est entrain de la quitter, elle est chargée de juger en urgence d’un refus pour des raisons de croyances religieuses de la transfusion sanguine qui pourrait sauver d’une mort certaine un adolescent.
Les exposés de quelques affaires parallèles traitées par Fiona et de ce cas de transfusion sanguine refusée sont, comme d’habitude, parfaits et passionnants. Le style est, comme d’habitude, net, précis, fluide.
Je suis pourtant resté sur ma faim. Le dilemme présenté au personnage m’est apparu un peu trop académique, et la fin, un peu trop prévisible.
Alors, si vous n’avez jamais lu McEwan, ne commencez pas par son dernier roman. J’insiste, lisez SAMEDI, le plus prenant, L’INNOCENT, le plus étrange, DELIRE D’AMOUR, le plus angoissant. Et si vous aimez les vrais grands mélos, vous pourrez toujours lire EXPIATION (dont le film REVIENS-MOI a été tiré).

Bande à part (Critique aisée 60)

Critique aisée n°60

Le livre le plus connu de Jacques Perret est sans aucun doute le Caporal Épinglé. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans le JdC.
Quand, vers l’âge de dix-sept ans, j’ai fini d’avaler le Caporal pour la première fois, on m’a aimablement signalé qu’après s’être évadé pour la quatrième ou cinquième fois, après être rentré rue de la Clé au petit matin et y avoir embrassé sa femme, Jacques Perret n’avait pas traîné longtemps dans le cinquième arrondissement. Selon mon informateur, il s’était engagé dans la résistance, avait rejoint le maquis pour finalement regagner ses pénates sain et sauf à la fin de la guerre pour y écrire, bien sûr, Le Caporal épinglé (1947) puis Bande à part (Prix Interallié 1951). Je me suis donc jeté sur le bouquin.
C’est sa résistance que Perret raconte dans Bande à part. On y rencontre des imparfaits du subjonctif, de l’argot parisien, des combats contre les allemands, de grands moments de plaisir campagnard (comme disait Desproges, prendre le maquis, d’accord, mais fallait vivre à la campagne), de l’amitié et aussi la mort. Pour moi, le meilleur passage est celui que vous allez lire maintenant. Un très grand moment d’humanisme.
Tout d’abord, le contexte :
Perret et son copain Polard se sont postés en franc-tireurs au-dessus d’une petite route de montagne. Ils sont allongés au milieu des sapins et attendent qu’un objectif ennemi se présente. Une patrouille apparaît dans le virage, mais les deux maquisards jugent qu’elle est trop nombreuse pour être attaquée à deux fusils seulement. Ils décident donc de la laisser passer. Mais voilà qu’un homme sort du rang, rejoint son sous-officier. On comprend qu’il lui demande l’autorisation de s’isoler pour satisfaire quelque besoin naturel. Autorisation accordée.
Et maintenant, c’est Perret qui parle :

« …Mais le dernier homme était resté là, sur le chemin. Il posa son fusil par terre, déboucla son ceinturon d’un geste fébrile, s’empêtra quelques secondes dans ses buffleteries et posa culotte. Sans même nous consulter du regard, Polard et moi prîmes nos dispositions pour épauler.
Un vilain réflexe, mais conforme au métier de franc-tireur qui doit mettre un peu de lâcheté au service de la patrie. L’homme se présentait à nous de trois-quarts, c’est-à-dire que, les fesses encore protégées par le sillage de la patrouille, il faisait face instinctivement au chemin parcouru, comme si les égorgeurs de traînards et les terreurs de la montagne eussent marché à pas de loup, dans l’empreinte des bottes. Tout en lui respirait l’urgence, mais, à dire vrai, le temps qu’il se déboutonnât, impossible d’affirmer si les grimaces de son visage tenaient plus à la peur qu’au travail des boyaux. Il avait une grosse figure plutôt pâle, une figure de paysan en mauvaise santé, mais sans ruse et même un peu simplet, un peu ridicule aussi avec son casque trop petit et couronné de piteux feuillages comme un gros luron bucolique en train de payer ses orgies. Sitôt accroupi, les traits se détendirent brusquement et je garde la vision d’une espèce de béatitude à la sauvette qui est l’une des images de guerre les plus importantes de ma modeste collection. Il arrive un moment où ces choses-là comptent plus que tout au monde, et il y a des gens qui bravent la mort plutôt que de faire dans leur pantalon. L’homme avait une terrible chiasse, une vraie chiasse d’Ostrogoth, qui faisait une pétarade lugubre à travers le vent et la pluie. Je peux même dire que le bruit nous fit une grosse impression et nous ne tirions toujours pas. Le détachement avait pourtant pris de l’avance en bas du chemin, et nous pouvions lâcher impunément notre coup de feu jumelé avant de nous barrer dans les replis de la montagne. Mon fusil était posé, bien immobile, sur un gros caillou, et je tenais l’homme au quart de poil dans ma ligne de mire, en plein dans le ventre, et j’en avais mal au ventre et le coeur sur les lèvres à le prévoir basculant le derrière dans sa crotte ou le nez dans la boue et le fessier au vent. On ne tire pas sur un homme qui débourre ; pas besoin de convention de La Haye pour expliquer la chose. C’est un interdit qui vient du fond des entrailles. Une fois reculotté, l’homme était peut-être un salopard, je ne veux pas le savoir, et cela m’étonnerait parce que les francs salauds s’arrangent toujours pour ne pas se mettre dans des cas pareils, mais, pour l’instant, nous étions liés par une fraternité à l’état brut, une solidarité sans phrase, et bien peu s’en fallut que je n’allasse lui offrir un bout de papier au nom de la condition humaine. »
(c) Gallimard, 1951.

All about Eve (Critique aisée 59)

Critique aisée 59

Je viens de revoir ce film et je ne peux m’empêcher de m’assurer que vous l’avez vu aussi ou que vous le verrez bientôt.

All about Eve
1950-Joseph L.Mankiewicz-Bette Davies-Anne Baxter-George Sanders

C’est une histoire qui se déroule dans le même monde, la même ville, probablement la même rue et le même décor que le récent et passablement surfait « Birdman« . Mais ça se passe soixante-cinq ans plus tôt, c’est en noir et blanc, et ça n’a rien à voir.

A presque quarante ans, Margo Channing (Bette Davies) est la plus grande actrice de Broadway, capitale mondiale du théâtre. Quand commence le film, elle joue le rôle d’une jeune femme dans le succès de l’année, mis en scène par Bill Sampson, son fiancé, comme on disait à cette époque, sensiblement plus jeune qu’elle.  La pièce a été écrite par leur meilleur ami, Lloyd Richards. Son titre est, ironiquement, Aged in wood, (Vieillie en fût de chêne). On comprend là que Margo va vivre une crise de la quarantaine. Arrive dans la vie de la star une jeune admiratrice, Eve Harrington (Anne Baxter). Intelligente, arriviste, manipulatrice, Eve va se placer  auprès de Margo et prendre Continuer la lecture de All about Eve (Critique aisée 59)

Post it n°14 – L’écrit et l’oral

Je préfère l’écrit à l’oral.

Pourquoi ? Parce que la parole s’impose, et que l’écrit se propose. Alors, c’est dans ma nature, je préfère l’écrit à l’oral.

Bien sûr, il y a les conversations idéales, véritables échanges, sans égoïsme ni domination, amicales ou intellectuelles, vives ou tranquilles. Mais, plus souvent, la parole s’impose. Parfois, elle est acceptée de bonne grâce ou tolérée par politesse, parfois elle est subie par découragement ou coupée par impatience, mais d’abord, elle a dû s’imposer.

L’écrit, lui, se propose. Il est là, à disposition, sous forme d’une petite enveloppe de deux millimètres encore fermée sur l’écran de l’ordinateur, ou encore, caché sous le pli  cacheté qui est posé sur le meuble de l’entrée, ou enfin, patient, dans le livre jeté sur la table basse du salon. Il est là, discret, modeste, à disposition.

Et ça, c’est tout moi.

Les guillemets (Critique aisée n°58)

Voici ce que disait Proust il y a cent ans de cette agaçante manie qui consiste à parler entre guillemets. A l’époque du petit Marcel, on ne soulignait cet artifice que par une intonation spéciale (machinale et ironique, comme le dit le narrateur). Aujourd’hui, dans une époque de smileys, d’idéogrammes et d’acronymes infantiles, on croit bon de faire la même chose en y ajoutant ce geste stupide qui consiste à lever les deux mains à hauteur des épaules en dressant l’index et le majeur de chaque main de manière à former deux sortes de V, puis à plier ces quatre doigts à deux reprises. En ayant tracé ainsi dans l’espace deux guillemets de part et d’autre de son visage, on se croit autorisé, par cette typographie virtuelle, à dire n’importe quelle ânerie, pensant s’en être désolidarisé à l’avance par la mimique à la dernière mode.

« …et je remarquai, comme cela m’avait souvent frappé dans ses conversations avec les sœurs de ma grand’mère que quand il parlait de choses sérieuses, quand il employait une expression qui semblait impliquer une opinion sur un sujet important, il avait soin de l’isoler dans une intonation spéciale, machinale et ironique, comme s’il l’avait mise entre guillemets, semblant ne pas vouloir la prendre à son compte, et dire: «la hiérarchie, vous savez, comme disent les gens ridicules»? Mais alors, si c’était ridicule, pourquoi disait-il la hiérarchie?). Un instant après il ajouta : «Cela vous donnera une vision aussi noble que n’importe quel chef-d’œuvre, je ne sais pas moi… que»—et il se mit à rire—«les Reines de Chartres !» Jusque-là cette horreur d’exprimer sérieusement son opinion m’avait paru quelque chose qui devait être élégant et parisien et qui s’opposait au dogmatisme provincial des sœurs de ma grand’mère ; et je soupçonnais aussi que c’était une des formes de l’esprit dans la coterie où vivait Swann et où par réaction sur le lyrisme des générations antérieures on réhabilitait à l’excès les petits faits précis, réputés vulgaires autrefois, et on proscrivait les «phrases». Mais maintenant je trouvais quelque chose de choquant dans cette attitude de Swann en face des choses. »

Marcel Proust     Du côté de chez Swann.