Archives de catégorie : Critiques

Un peu de Vialatte, ça peut pas faire de mal – Critique aisée 111

Critique aisée 110

Dans son émission du 9 décembre dernier, Guillaume Gallienne a rendu hommage à Alexandre Vialatte. Il était temps. Depuis bientôt huit ans que « Un peu de lecture, ça peut pas faire de mal » existe, pas une citation, pas une mention, pas une référence à cet écrivain majeur, « notoirement méconnu » comme il le disait lui-même.

J’ai déjà beaucoup écrit ici-même sur Vialatte, je l’ai beaucoup cité et parfois même pas mal imité mais, disons-le tout net, je n’ai jamais espéré convaincre beaucoup de monde de se lancer à sa découverte. Mais voilà que Gallienne s’y met. Tous les espoirs sont permis. C’est le moment d’acheter. Commandez sur Amazon tous les volumes restants des Chroniques de La Montagne et revendez-les la semaine prochaine au marché noir.

L’émission de Gallienne s’est ouverte sur une interview, malheureusement posthume, de Pierre Desproges. Il y racontait qu’il avait découvert Vialatte, alors qu’il était bidasse en partance pour l’Algérie, en lisant sa chronique qui commence par « Le loup est appelé ainsi à cause de ses grandes dents« . Il disait que cet aphorisme, presque aussi impressionnant que « L’éléphant est irréfutable » qui me sert de devise Continuer la lecture de Un peu de Vialatte, ça peut pas faire de mal – Critique aisée 111

Star Wars – Episode VIII – Les derniers Jedi – Critique aisée n°110

Star Wars – Episode VIII – Les derniers Jedi

Rian Johnson – 2017
Daisy Ridley, Adam Driver, Mark Hamill, Carrie Fisher.

J’ai vu Star Wars pour la première fois en 1977 avec Thomas. Il avait 12 ans. Je n’en avais que trois fois plus.

Je me souviens…

C’était l’épisode IV, un grand écran noir, le vide parsemé d’étoiles, une musique éclatante, papapam !, des prolégomènes qui flottent dans l’espace et qui s’éloignent vers l’infini comme un vaisseau spatial…une musique qui se calme puis se tait tandis que l’œil descend vers un croiseur impérial menaçant de silence, ou un chasseur de la Résistance hurlant sa vitesse, ou une planète bleue vivant sans doute ses derniers instants…

La Guerre des Étoiles, conte médiéval habillé de science-fiction, jeunesse, aventures, générosité, fougue, combats, amitié, trahison, victoire…

Star Wars, somptueux spectacle, enfantin, superbe, généreux, parsemé d’humour et d’inventions…

Avec la Guerre des Étoiles, on revenait au cinéma des années cinquante. Star Wars réunissait Continuer la lecture de Star Wars – Episode VIII – Les derniers Jedi – Critique aisée n°110

Au revoir là-haut – Critique aisée n°109

Critique aisée n°109

Au revoir là-haut !
Albert Dupontel – 2017
Laurent Lafitte, Albert Dupontel, Nahuel Pérez Biscayart, Niels Arestrup
d’après le roman éponyme de Pierre Lemaitre (Goncourt 2013)

Dès le début, j’ai bien aimé Albert Dupontel. Vers 1990, c’était Dupontel tout court. On l’entendait beaucoup sur Rire et Chanson et on le voyait peu chez Drucker. Son type de stand-up comedy était bien trop grinçant, dérangeant. Déjà, on disait : il est fou, Dupontel. Et puis, on oubliait : c’était Dupontel tout court. Et puis, il a eu quelques rôles au cinéma et, au générique, maintenant, c’était Albert Dupontel. Bon, mais dans les cabarets et les cafés-théâtre, c’était toujours Dupontel, tout court. Et puis, il y eu son premier film, Bernie, et là, on a repris en choeur : Il est fou Dupontel, complètement fou. Fou comme réalisateur, inventeur de scènes totalement inattendues, ahurissantes, choquantes, et, la première surprise passée, à hurler de rire. Et fou comme acteur aussi, avec ses yeux exorbités, ses cheveux en bataille, son rire idiot, son accent populaire (du Nord ?). Et puis, il a eu des rôles de plus en plus importants, de plus en plus variés. Alors on a dit : C’est vrai qu’il est fou, Dupontel, mais, comme acteur, qu’est-ce qu’il est doué. Sa folie l’a amené parfois un peu loin dans le lourd : Neuf mois ferme. Mais on ne lui en a pas voulu, puisqu’il est fou, Dupontel.

Et maintenant « Au revoir là-haut« . Il est fou Dupontel, il a la folie Continuer la lecture de Au revoir là-haut – Critique aisée n°109

Les Plateaux de Buren – Critique aisée n°108

Critique aisée n°108

Vous, vous avez toujours appelé ça les « Colonnes de Buren », mais en fait le titre donné par l’artiste à cette œuvre est « Les Deux Plateaux ». Il y a une explication à cela, mais c’est plutôt rasoir.

Avec Klein suivi de près par Arman, j’avais entamé il y a peu une petite série de photographies intitulée « Les bidons de l’Art « . La photographie que je vous présente aujourd’hui aurait fort bien pu en constituer le troisième élément car voici, selon moi, un très joli exemple d’art bidon. Mais Buren, ses plateaux, ses colonnes et le reste de son œuvre méritaient plus que ça. Alors, voilà :

Commandé en 1983 par François Mitterrand à Daniel Buren sous l’impulsion de Jack Lang, alors Ministre de la Culture, cette installation a déclenché de nombreuses polémiques dès la publication du projet. Les travaux ont été stoppés sous la présidence de Jacques Chirac, et le projet de destruction de ce qui avait été réalisé a failli aboutir. Il a finalement été abandonné devant l’assignation lancée par Buren contre François Léotard, successeur de Lang au ministère de la culture, sur la base du droit moral de l’artiste sur son œuvre. Le projet a donc été mené à son terme, et même rénové entièrement tout récemment.

On ne peut associer les noms de Buren et de Lang sans évoquer ce bruit qui a couru très fort en son temps : en 1983, au moment où Jack Lang passait commande des colonnes, les parents de Daniel Buren lui vendaient leur appartement de la Place des Vosges pour une somme dont la modicité pourrait s’expliquer par la générosité de la commande de l’Etat. Je ne sais absolument pas si cela est la vérité, mais ça y ressemble tellement !

Revenons à l’art, ou à l’esthétique, ou appelez ça comme vous voulez.

Les quelques oeuvres que j’ai pu voir de Buren ne m’ont inspiré ni beaucoup d’émotion ni beaucoup d’admiration.

Tout d’abord, les colonnes : leur très onéreuse répétitivité donne une impression de sécheresse, de désert, d’apocalypse froide.  Par ailleurs, on a le droit de se demander ce que viennent faire là les profondes tranchées qui sillonnent le plateau, pratiquement invisibles et parcourues d’eau, sinon de permettre au passant d’y jeter sa cigarette comme dans un vulgaire caniveau.

Ensuite, quelques panneaux verticaux d’altuglass (ou équivalent) à la —par ailleurs très intéressante— Galleria Continua de Boissy-le-Chatel, m’ont fait penser irrésistiblement à un présentoir-nuancier de panneaux de salle de bain chez Leroy-Merlin.

Et puis, l’énorme exposition Monumenta au Grand Palais, avec son accumulation de disques d’altuglass (encore) placés à différentes hauteurs au-dessus des visiteurs comme d’énormes parasols plats décorés à la manière « sucette rock », un peu migraineux, ou un peu écœurant selon les tempéraments.

Enfin, la transformation ­—heureusement provisoire— par collage de film aux couleurs habituelles sur les magnifiques voiles transparentes de la Fondation Louis Vuitton au Bois de Boulogne, devenues de la sorte une gigantesque papillote pour bonbon acidulé.

Dans les oeuvres de Buren, Ludovic Moreeuw, son biographe, voit ceci :

« Les œuvres de Buren, qui se mesurent à un ensemble de questions liées à la perception, la couleur, l’architecture ou les relations spatiales, visent à permettre une perception directe et à provoquer une réponse sollicitant la sensibilité et la réflexion du spectateur. Son art envahit l’espace pour en révéler les limites à la fois spatiales, institutionnelles et esthétiques.« 

Et Daniel Buren lui-même y voit cela :

« (une) transformation du lieu d’accueil faite grâce à différentes opérations, dont l’usage de mon outil visuel. Cette transformation pouvant être faite pour ce lieu, contre ce lieu ou en osmose avec lui, tout comme le caméléon sur une feuille devient vert, ou gris sur un mur de pierres. Même dans ce cas, il y a transformation du lieu, même si le plus transformé se trouve être l’agent transformateur. Il y a donc toujours deux transformants à l’œuvre, l’outil sur le lieu et le lieu sur l’outil, qui exercent selon les cas une influence plus ou moins grande l’un sur l’autre. »

En fait, moi qui n’ai reçu aucune éducation artistique, ce que je vois dans l’œuvre de Buren, c’est la volonté de jouer avec les effets d’optique, vingt ans après que Vasarely ait commencé à lasser tout le monde, avec les couleurs de supermarché des années 50 et, comme trop d’artistes contemporains, avec les accumulations, les répétitions et les déclinaisons d’une seule idée. Mais laquelle ?

¿ TAVUSSA ? (33) Le Domestikator

Je vais vous parler du Domestikator.

Le Domestikator est une « sculpture-habitat » de Monsieur Van Lieshout. Selon la plupart des commentateurs, elle représente un homme en train de sodomiser un animal, probablement un chien. Mais selon Le Monde, toujours mieux informé, il s’agit plutôt d’un couple en position de levrette. L’œuvre est de couleur rouge, elle pèse trente tonnes et fait ses douze mètres de hauteur. Tout de même !

Elle devait être présentée dans les jardins du Louvre dans le cadre de la FIAC 2017. Mais voilà, le Louvre a refusé, au grand scandale de l’artiste et de tous les tenants du n’importe quoi. Alors, le Centre Pompidou s’est dit prêt à l’accueillir sur son esplanade. « C’est une grande victoire pour la liberté d’expression… « , a dit Van Lieshout en flamand, « … et pour la promotion de la zoophilie. », a-t-il ajouté in petto, car il parle également cette langue.

Je vais prendre maintenant devant vous le risque, et me donner le ridicule, de commenter non pas cette décision du Louvre de ne pas accepter Domestikator dans ses jardins, mais l’œuvre elle-même. Je suis conscient qu’en faisant cela, je donne dans tous les panneaux dressés par les créateurs et les promoteurs de l’œuvre, panneaux qui consistent à critiquer, protester contre ou rigoler de cette installation et, ce faisant, se ranger soi-même parmi les beaufs, les conservateurs, les réactionnaires, et pourquoi pas les fachos.

J’ai toujours trouvé ridicule l’architecture que j’appelle expressive, je veux parler de celle Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (33) Le Domestikator

L’ordre du jour – Critique aisée n°107 – Prix Goncourt 2017

Critique aisée n°107

Recommandé en fin d’une émission du Masque et la Plume, j’avais acheté et lu ce livre il y a presque trois mois. J’en avais fait aussitôt la critique mais, pressé par une actualité brulante génératrice d’urgences éditoriales, je n’avais prévu sa programmation que pour le 24 novembre prochain. Et voilà que l’Académie Goncourt m’impose à son tour un changement de programmation, car elle vient de lui décerner son prix pour 2017. 
Voici donc ma critique, telle qu’écrite il y a deux mois.

L’ordre du jour
Eric Vuillard – Acte Sud – 2017
150 pages – 16€ttc

Un petit livre hargneux, désagréable, plein de tics, de clins d’œil au lecteur, de listes exhaustives, de commentaires sagaces, de remplissages inutiles, mais un petit livre passionnant.

« Récit » dit-on sur la page de garde. Récit ? Peut-être.

Un récit déstructuré autour de la décision par Hitler d’envahir l’Autriche (mars 1938).
Le récit démonstratif d’une réunion de levée de fonds entre Hitler et le grand patronat allemand (février 1933), le passionnant récit de l’extraordinaire entrevue entre le Chancelier d’Autriche Schuschnigg et Hitler à Berchtesgaden (février 1938), le récit rigolo du dernier diner de Ribbentrop avec Chamberlain et Churchill au 10 Downing Street (mars 1938), le récit incroyable de la panne générale de l’armée envahisseuse à peine entrée en Autriche (mars 1938), le triste récit de l’accueil enthousiaste réservé le même jour au Führer par les foules autrichiennes, l’épouvantable et court récit du bon usage des prisonniers des camps dans la grande industrie allemande, et puis quelques récits individuels, quelques digressions, du remplissage.

Je vous l’ai dit : désagréable, mais passionnant.

ET DEMAIN, UNE CHRONIQUE DU 8 NOVEMBRE, LE 8 NOVEMBRE 1914

Etre moderne – Le MoMA à Paris – Critique aisée n°106

Critique aisée 106

Etre moderne – Le MoMA à Paris
Fondation Louis Vuitton
Du 11 octobre au 5mars

 La Fondation Louis Vuitton présente une partie des collections du Museum of Modern Art, New-York.

Et pour commencer, le titre : Etre moderne. Personnellement, je ne comprends pas bien sa signification. La plaquette n’en donne pas l’explication, alors je cherche :
Etre moderne ? Etre moderne à tout prix, être moderne malgré tout, être moderne parce qu’il le faut, parce qu’il le faut bien, parce que je le vaux bien ?
Etre moderne, être chic et concerné, être de son temps en allant au musée, ou plutôt à la Fondation Louis Vuitton, pour voir le Musée d’Art Moderne de New-York ?
Etre moderne ? Nul, ce titre …

Ensuite, l’exposition : c’est un parcours dont cette même plaquette nous dit que « globalement chronologique, il se déploie sur quatre niveaux dans l’intégralité du bâtiment de Franck Gehry« , qu’il réunit « des chefs d’œuvre et des œuvres significatives des origines de l’art moderne à nos jours« , et qu’il est fidèle à « la pluridisciplinarité fondatrice du musée en mêlant les expressions artistiques : peinture, sculpture, photographie, film, imprimés, dessin, design, architecture, performances et nouveaux médias. »
C’est vrai. Trop vrai même, car l’exposition est aussi plate, aussi peu fournie et à peu près aussi émouvante que la froide et brève description qu’en donne la plaquette.

Tout cela n’est pas très enthousiasmant, mais il y a au moins une bonne nouvelle : le magnifique bâtiment de Ghery a été débarrassé des papiers-bonbons que Buren y avait collé. Quittant son aspect de sac chiffonné de chez Tati, la fondation redevient ce grand vaisseau à voiles transparentes flottant sur la verte canopée du Bois de Boulogne (C’est joli, cette phrase, non ? On dirait un extrait de critique d’art. A la place de Bois de Boulogne, j’aurais pu dire « jungle occidentale de la Ville Lumière », mais ça aurait fait prétentieux.)

Puisque, malgré cette critique, vous irez quand même voir « Etre moderne », choisissez au moins un jour où il fera beau. Suivez le parcours, et quand vous aurez fini d’« Etre moderne« , montez sur les terrasses et regardez le spectacle. Je vous recommande en particulier une vue de La Défense encadrée d’un losange.

 

 

ET DEMAIN,  LE PORTRAIT D’UN IMBÉCILE

The Square & Blade Runner- Critique aisée n°105

Critique aisée n°105
The Square
Ruben Östlund – 2017- 142 minutes
Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West 

Même si je n’avais eu aucune intention d’aller voir The Square, l’incroyable séquence de trépignements hystériques et haineux que ce film a déclenché chez le critique Xavier Leherpeur lors de la dernière émission du Masque et la Plume m’en aurait donné envie.
J’ajouterai que l’agressivité continuelle dont il fait preuve, sous l’œil bienveillant de Jérôme Garcin, le meneur de jeu, à l’égard d’Eric Neuhoff, critique du Figaro, devient déplaisante. On peut remercier M. Neuhoff et l’admirer de s’abstenir de répliquer. Bien sûr, les joutes et même les engueulades entre participants à l’émission font partie de son intérêt, mais le niveau d’énervement et de méchanceté qu’atteint M. Leherpeur est devenu gênant.

Maintenant, s’il faut parler du film, je dirai que je l’ai trouvé Continuer la lecture de The Square & Blade Runner- Critique aisée n°105

Detroit – Critique aisée n°103

Detroit 
Kathryn Bigelow – 2017
John Boyega, Will Poulter.

Le Huffington Post, par sa journaliste Jeanne Theoharis, a qualifié Detroit (prononcez Ditroïte) de film de plus inconséquent et dangereux de l’année. Ce professeur en sciences po au Brooklyn College a trouvé que le scenario faisait la part trop belle aux individus, victimes et tortionnaires, au détriment de la communauté noire d’une part et de la police de Détroit d’autre part. En d’autres termes, elle aurait aimé que Kathryn Bigelow nous présente un cours d’histoire sur les émeutes raciales de 1967 à Detroit, qu’elle nous expose ce qui s’était passé avant, pour pouvoir expliquer le pendant et l’après. La journaliste aurait voulu un documentaire historique ou à la rigueur un film plus démonstratif, plus clairement engagé contre le racisme (50 ans après les évènements !). Voilà pourquoi le film est inconséquent. Mais pourquoi il est dangereux, l’article ne le dit pas. Elle nous apprend aussi, et c’est très intéressant, que la communauté noire de Chicago, réagissant au dénouement du véritable procès, avait organisé elle-même un procès « privé » pour rétablir les faits réels et prononcer des condamnations. C’eut d’ailleurs été un excellent sujet que le déroulement parallèle du procès légal et du procès populaire des mêmes évènements (je pense que je devrais déposer le concept). Mais ce n’était sans doute pas le but de Bigelow. Elle n’a pas voulu « expliquer », c’est-à-dire exposer les raisons de ce déchainement de violence, celui des émeutes d’abord, puis celui des policiers. Elle a voulu montrer, tout simplement. Les critiques du Monde, de Télérama et du Nouvel Obs sont positives. Convenues mais positives. Quant à celle de Libération, elle est incompréhensible, mauvaise, mais incompréhensible, sous un inévitable et pénible titre-calambour : « Détroit, un effroi à l’étroit ». Mais dans quelle cour d’école vont-ils chercher tout ça ?

Vous savez maintenant, grosso modo, ce que pense de ce film l’essentiel de l’élite intellectuelle. A moi, maintenant : Le décor est rapidement planté ; les émeutes démarrent à la suite d’une banale descente de police dans un bar clandestin fréquenté par les noirs. Les choses tournent mal, et la ville est rapidement mise à feu et à sac. Dans ce contexte, quelques jeunes noirs et deux jeunes blanches en quête d’aventures font la fête dans un motel de la ville. La Garde Nationale passe à proximité et l’un des fêtards tire un coup de pistolet d’alarme en direction de la garde. Le motel est mitraillé puis envahi par quelques policiers, qui vont se livrer pendant de longues à des actes de torture physique et morale pour connaitre l’identité du tireur. Il y aura plusieurs morts, un procès et des acquittements.

Voilà pour l’histoire. Maintenant, le traitement : les scènes de rues en émeute sont vraiment réussies : violentes, désordonnées, enfumées, confuses. Le huis clos entre les policiers et les « suspects » est absolument terrifiant de violence. Les policiers n’ont aucune excuse, il n’y a pas de fatalité, par d’évènement fortuit, pas de malentendu, pas de panique, rien, rien qui puisse expliquer leur déchainement, si ce n’est leur racisme et leur bêtise. Cette deuxième partie du film est très réussie, très tendue, très éprouvante. On en sort épuisé. La troisième partie du film, l’enquête et le procès, m’a parue bâclée.

Ce n’est pas uniquement à cause de cette dernière remarque que je ne suis pas totalement emballé par « Detroit ». Ce doit être aussi parce que j’ai toujours tendance à faire des comparaisons avec des films plus anciens. Celui auquel on ne peut pas ne pas penser, c’est Mississippi Burning. Mississippi Burning, qui était tout aussi terrible dans sa présentation du racisme, racontait aussi des faits réels, survenus trois ans plus tôt. Mais Alan Parker avait donné à ses personnages principaux (Gene Hackman et Willem Dafoe) beaucoup plus de consistance que Kathryn Bigelowe n’a su le faire avec les siens. Et puis, le procès n’était pas bâclé.

ET DEMAIN, LA SEPTIÈME PARTIE DE HHH, NYC, USA : SAMMY DAVIES JR DANS LE ROLE DE  DAVID COSBY

 

Le sens de la fête – Critique aisée n°102

Le sens de la fête
Eric Toledano et Olivier Nakache -2017
Bacri, Lellouche, Rouve

Il y a de bons acteurs : Jean-Pierre Bacri dans son rôle éternel de râleur mais gentil, Lellouche et son aisance de beauf dragueur mais sensible, Eye Haïdara, une belle jeune femme noire au physique étrange et au vocabulaire chargé, et quelques autres tout aussi bons, un marié, insupportable, sa mère, adoratrice, deux ou trois serveurs, abrutis, quelques extras, tamouls, un photographe, sans gêne, un stagiaire, illuminé, un gendarme, au phrasé de gendarme, tout cela très bien.

L’idée est bonne aussi : l’organisation d’une somptueuse réception de mariage. Il y avait eu l’excellent « Un mariage » de Robert Altman et le grinçant « Mariages !  » de Valérie Guignabodet. Il y avait eu aussi bien sur les célèbres « Branquignols » (Robert Dhéry – 1950), qui décrivait le sabotage grandiose d’une réception. « Le sens de la fête » serait assez dans la ligne des Branquignols, sans atteindre à l’absurde et au délire dont la troupe de Robert Dhéry avait le secret (à voir absolument : Les Belles Bacchantes) : ici le sabotage sera involontaire et du fait d’une brigade d’incapables et de caractériels.

Quelques situations sont drôles, mais je ne les décrirai pas pour ne pas gâcher (spoiler) votre plaisir ; il y a un très beau moment visuel, un envol, je n’en dirai pas plus. Malgré la bêtise de certains personnages, rien n’est méchant, ni aigre, ni vulgaire, ni cliché. On n’est pas dans la farce non plus, on évite le gag de la tarte à la crème, et tout idiots qu’ils soient, les personnages sont sympathiques.

Mais la comédie ne prend pas vraiment et reste au niveau d’une succession de scènes, isolément assez réussies. Est-ce parce que le film est trop long (1h57) ou parce qu’il manque un fil, une intrigue, une évolution ?

Voyez-vous-même. Car, si vous voulez, ce film, vous pouvez le voir.