Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Truffaut vs Godard

La sortie en septembre dernier du film Le Redoutable d’Hazanavicius, que je n’ai pas encore vu à l’heure où je rédige cette introduction, et une conversation récente entre amis à la campagne autour de Jean-Luc Godard me font écrire ces quelques lignes.

Je n’aime pas Godard.

Après le choc extraordinaire d’A bout de souffle  et le plaisir léger d’Une femme est une femme, Godard ne m’a jamais plus fait vraiment plaisir au cinéma. Bien sûr, après, il y eu Le Mépris. Mais à ma grande honte, je m’étais plutôt ennuyé à Pierrot le fou. Je ne l’avais pas dit à l’époque et j’ose encore à peine le faire aujourd’hui. Après Pierrot, j’ai laissé tomber.

Mais ce qui me déplait le plus chez Godard, Continuer la lecture de Truffaut vs Godard

Complainte amoureuse

Oui dès l’instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que je vous visse
Fallait-il que vous me plussiez
Qu’ingénument je vous le disse
Qu’avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez

Alphonse Allais

ET DEMAIN, LE PLUS BEAU CAFE-TABAC DE PARIS

 

 

Princesse palatine : 2–Une chute de cheval  

Princesse palatine : 2–Une chute de cheval  

Si vous ne savez plus très bien qui était la princesse palatine, descendez à la note de bas de page. Sinon, lisez directement cet extrait de sa correspondance.

14 décembre 1676
Saint Germain

(…) Il faut que je vous conte cette histoire : nous avions déjà pris un lièvre et fait envoler une pie. Comme nous allions au tout petit pas, je m’aperçois que ma robe n’est pas bien arrangée sous moi ; j’arrête mon cheval et je me baisse pour la rajuster. Mais, tandis que je suis dans cette posture, voilà qu’un lièvre part, et tout le monde se met à sa poursuite ; mon cheval, qui voit courir les autres, veut les suivre et fait un saut de côté ; j’étais déjà à demie-désarçonnée ; ce saut me fait quitter presque tout à fait la selle, dont je saisis vivement le pommeau, sans dégager mon pied de l’étrier, espérant me remettre d’aplomb.  Mais au moment où je saisis le pommeau de la selle, les rênes m’échappent et je crie à un cavalier qui était devant moi d’arrêter mon cheval ; ce cavalier s’élance sur moi avec une telle impétuosité que ma monture s’effraye, et, au lieu de s’arrêter, tourne d’un autre côté et s’emporte.  Je me tiens ferme tant que je vois d’autres chevaux auprès de moi ; mais dès que je me vois seule, je me dégage tout doucement et je me laisse tomber sur la verte pelouse avec un tel bonheur que, Dieu soit loué, je ne me suis fait le moindre mal.  Vous qui admirez si fort notre roi pour m’avoir si bien assisté lors de mes couches, vous l’aimerez encore dans cette rencontre, car c’est lui qui s’est trouvé le premier auprès de moi. Il n’a pas eu de repos qu’il ne m’eut lui-même visité la tête de tous côtés.  Enfin, ayant trouvé que j’avais dit vrai, il me conduisit dans ma chambre, resta encore quelques temps auprès de moi pour voir si je ne m’évanouirais pas ; enfin il ne retourna au vieux château que lorsque je lui eu assurer derechef que je ne ressentais pas le moindre mal. (…)

Note

Lorsqu’elle arrive d’Allemagne à la Cour de Louis XIV en 1672 en tant qu’épouse du frère du roi, Elisabeth-Charlotte du Palatinat a 20 ans. Par son mariage, cette princesse palatine devient Madame, duchesse d’Orléans. Voici le portrait qu’en faisait Saint-Simon :

« Madame tenait beaucoup plus de l’homme que de la femme ; elle était forte, courageuse, Allemande au dernier point, franche, droite, bonne, bienfaisante, noble et grande en toutes ses manières ; petite au dernier point sur tout ce qui regardait ce qui lui était dû : elle était sauvage, toujours enfermée à écrire, dure, rude, se prenant aisément d’aversion ; nulle complaisance, nul tour dans l’esprit, quoiqu’elle ne manquât pas d’esprit ; la figure et le rustre d’un Suisse; capable avec cela, d’une amitié tendre et inviolable. »

 

ET DEMAIN, LE RETOUR DE LA CHOSE…

Flaubert à Constantinople

Entre 1849 et 1852, Flaubert effectue un long périple en Orient. Pendant le voyage, il écrit énormément de lettres, dans lesquelles il raconte tout, vraiment tout. Dans cette lettre datée d’Athènes, il raconte Constantinople. Visionnaire, Gustave ? Pas tant que ça ! En tout cas, il n’avait pas prévu Erdogan ! Ni le reste !

Lettre de Flaubert à Louis Bouilhet (1)
Athènes, au Lazaret (2) du Pirée (3),19 décembre 1850. Jeudi

(…) Dans un autre lupanar (4) nous avons baisé des Grecques et des Arméniennes passables. —La maison était tenue par une ancienne maitresse de notre drogman (5). On était là chez soi. Au mur, il y avait des gravures tendres, et les scènes de la vie d’Héloïse et d’Abélard (6) avec texte explicatif en français et en espagnol. —Ô Orient, où es-tu ? — Il ne sera bientôt plus que dans le soleil. A Constantinople (7), la plupart des hommes sont habillés à l’européenne, on y joue l’opéra, il y a des cabinets de lecture, des modistes, etc. ! Dans cent ans d’ici, le harem (8), envahi graduellement par la fréquentation des dames franques, croulera de soi seul, sous le feuilleton et le vaudeville. Bientôt, le voile, de plus en plus mince, s’en ira de la figure des femmes, et le musulmanisme avec lui s’en ira tout à fait. Le nombre de pèlerins de La Mecque (9) diminue de jour en jour. Les ulémas se grisent comme des Suisses.  On parle de Voltaire (10) ! Tout craque ici, comme chez nous. Qui vivra s’amusera ! (11) (…)

Notes

1— Ecrivain,1822-1869, ami et « conscience critique » de Flaubert. Il est l’inspirateur de « Madame Bovary » à partir d’un fait divers normand.
2—Etablissement d’isolement, de quarantaine
3—Port d’Athènes
4—Bordel
5—Interprète
6—Couple célèbre, passionné et dramatique
7—Istanbul
8—Résidence des concubines d’un personnage important
9—Ville sainte en Arabie saoudite
10—Ecrivain philosophe français
11—C’est agaçant, toutes ces notes, vous ne trouvez pas ?

L’Univers, ses lois, ses principes et autres âneries (3)

temps de lecture : deux minutes 

Je sais, je sais : cet article a déjà été publié le 14 octobre dernier. C’était une erreur. Comme quoi, le Journal des Coutheillas est soumis, comme le reste de l’Univers, à la Loi de Murphy.

Désolé, mais pour cette troisième leçon, il n’y aura aucune autre création littéraire que l’accumulation de formulations diverses de cette loi universelle, plus pesante que la loi  de la gravitation, plus puissante que la loi du plus fort, plus couteuse que la loi du marché, plus dangereuse que la loi de la jungle et plus hasardeuse que la loi des grands nombres, je veux parler de la loi de Murphy, loi selon laquelle toute entreprise humaine est vouée au mieux au ratage, au pire à la catastrophe.  

Je dois dire qu’après avoir examiné toutes ces formulations, c’est la dixième et dernière que je préfère.

La loi de Murphy (et quelques dérivées)
Edward A.Murphy ­—1918-1990— ingénieur en aérospatiale américain

Première formulation
S’il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une de ces façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu’un quelque part pour emprunter cette voie.

Deuxième formulation
Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal.

Troisième formulation
Le pire est toujours certain.

Quatrième formulation
S’il y a la moindre possibilité pour que ça rate, ça ratera ; s’il n’y en a aucune, ça ratera quand même. (1)

Cinquième formulation
Une tartine beurrée tombe toujours sur le côté beurré (2)

Sixième formulation
La perversité de l’univers tend vers un maximum (3)

Septième formulation
A la fin, tout tourne mal ; si ça semble s’arranger, c’est que ce n’est pas encore la fin.

Huitième formulation
D’abord les ennuis s’additionnent, ensuite ils se multiplient. (4)

Neuvième formulation
L’erreur est humaine, mais pour provoquer une vraie catastrophe, il faut un ordinateur. (5)

Dixième formulation
Murphy était un optimiste (6)

Et maintenant, essayez de passer une bonne journée !

Notes

  • 1—Loi de Finagle
  • 2—Loi de la tartine beurrée
  • 3—Corollaire de O’Tool
  • 4—Loi de Deniau
  • 5—Loi de Turnaucka
  • 6—Commentaire de O’Tool

Princesse palatine : 1-La cour 

Princesse palatine : 1-La cour 

Si vous ne savez plus très bien qui était la princesse palatine, reportez-vous à la note de bas de page. Sinon, lisez directement cet extrait de sa correspondance.

14 décembre 1676
Saint Germain

Je vous supplie de bien vouloir me pardonner si je suis restée une éternité sans vous écrire. D’abord je suis allé à Versailles, où nous étions occupés toute la journée. Depuis le matin jusqu’à trois heures de l’après-midi, l’on chassait ; en revenant de la chasse, on changeait le costume et l’on montait au jeu, où l’on restait jusqu’à sept heures du soir ; puis on allait à la comédie, qui ne finissait qu’à dix heures et demie du soir ; après la comédie on soupait ; après le souper venait le bal qui durait jusqu’à trois heures du matin, et alors seulement on allait se coucher. Je vous laisse à penser si j’avais le temps d’écrire. Depuis que je suis de retour d’ici, je voulais chaque jour vous répondre ; mais j’en étais constamment détournée, surtout par les ennuyeuses visites que m’a values ma chute de cheval. Il faut que je vous conte cette histoire : (…)

Mais ce sera pour une autre fois, Princesse…

Note

Lorsqu’elle arrive d’Allemagne à la Cour de Louis XIV en 1672 en tant qu’épouse du frère du Roi, Elisabeth-Charlotte du Palatinat a 20 ans. Par son mariage, cette princesse palatine devient Madame, duchesse d’Orléans. Voici le portrait qu’en faisait Saint-Simon :
« Madame tenait beaucoup plus de l’homme que de la femme ; elle était forte, courageuse, Allemande au dernier point, franche, droite, bonne, bienfaisante, noble et grande en toutes ses manières ; petite au dernier point sur tout ce qui regardait ce qui lui était dû : elle était sauvage, toujours enfermée à écrire, dure, rude, se prenant aisément d’aversion ; nulle complaisance, nul tour dans l’esprit, quoiqu’elle ne manquât pas d’esprit ; la figure et le rustre d’un Suisse; capable avec cela, d’une amitié tendre et inviolable. »

 

ET DEMAIN, LA LOI DE MURPHY

Rue Monsieur-le-Prince

Avec Pierre. Nous montons au sixième d’une maison de la rue Monsieur-le-Prince, en quête d’un local où je puisse tenir le cénacle. C’est, là-haut, une grande chambre, agrandie encore par l’absence de meubles. A gauche de la porte, le plafond tombe obliquement comme dans les mansardes. Tout en bas, une trappe donne dans un grenier qui longe la maison sous les tuiles. En face, une fenêtre à hauteur d’appui laisse voir par-dessus les toits de l’École de Médecine, par-dessus le Quartier Latin, l’étendue à perte de vue des maisons grises, la Seine et Notre-Dame dans le coucher du soleil, et, tout au loin, Montmartre, à peine distinct dans la brume du soir qui s’élève.

Et nous rêvons tous deux la vie d’étudiant pauvre dans une telle chambre, avec la seule fortune qui assure le travail libre. Et à ses pieds, devant la table, Paris. Et s’enfermer là, avec le rêve de son œuvre, et n’en sortir qu’avec elle achevée.

Ce cri de Rastignac qui domine la Ville, des hauteurs du Père Lachaise : « Et maintenant…, à nous deux ! »

André Gide – Journal – 1889 – Automne

Ces lignes sont les premières du Journal qu’André Gide a tenu pendant cinquante ans, de 1889, année de ses vingt ans, jusqu’en 1939. Le « Pierre » dont il parle, c’est Pierre Louÿs.

ET DEMAIN, UN TABLEAU DE SEBASTIEN COUTHEILLAS, LE 183ème.