Archives de catégorie : Citations & Morceaux choisis

Ce soir à Samarcande

Morceau choisi

Voici un conte persan dont on dit qu’il a inspiré à notre lecteur (ou lectrice)  Bételgeuse son propre conte qui porte le même titre, mais avec une virgule en plus, ce qui fait toute la différence : « Ce soir, à Samarcande »

Il y avait une fois, dans Bagdad, un Calife et son Vizir. Un jour, le Vizir arriva devant le Calife, pâle et tremblant :

“Pardonne mon épouvante, Lumière des Croyants, mais devant le Palais une femme m’a heurté dans la foule. Je me suis retourné : et cette femme au teint pâle, aux cheveux sombres, à la gorge voilée par une écharpe rouge était la Mort. En me voyant, elle a fait un geste vers moi. Puisque la mort me cherche ici, Seigneur, permets-moi de fuir me cacher loin d’ici, à Samarcande. En me hâtant, j’y serai avant ce soir”

Sur quoi il s’éloigna au grand galop de son cheval et Continuer la lecture de Ce soir à Samarcande

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (44)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (44)

21/07/2020

Juliette Gréco

On me reprochera peut-être d’avoir choisi l’interprétation de Gréco plutôt que celle de Brel, auteur de la chanson que je propose aujourd’hui. J’ai une très grande admiration pour l’auteur et l’interprète qu’était Brel  — il y a des enregistrements publics véritablement grandioses, dont celui du Port d’Amsterdam — mais pour cette chanson plus intime, je préfère celle de Greco, plus sobre que celle de Brel. Et, en passant, la diction de Greco m’a toujours épaté.

Voir un ami pleurer

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RENDEZ-VOUS A CINQ HEURES (43)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (43)

18/07/2020

Barbara

Les jeux littéraires semblant avoir fait leur temps — il faut avouer que ça agace parfois, toute cette subtilité, cette habileté, cette intelligence — il va bien falloir passer à autre chose pour remplir les colonnes du Journal des Coutheillas et occuper vos après-midi. C’est pourquoi, dans un grand élan nostalgique, et de temps en temps seulement parce qu’il ne faut pas abuser, au cours de ce rendez-vous, la Rédaction va vous proposer de cliquer sur un lien qui vous mènera tout droit à une chanson de ces temps anciens, de cette parenthèse enchantée où, vous et moi, avions vingt, quarante ou soixante ans, enfin moins qu’aujourd’hui.

De temps en temps, ce lien sera précédé d’un commentaire officiel du JdC.

Qu’il y soit ou pas, rien n’empêche que vous donniez le vôtre pour dire que vous aimez, que vous détestez, pour nous confier ce que cette chanson vous rappelle, quand vous l’avez entendue, avec qui…

La série d’ouvre avec Barbara (1930-1997)

Ma plus belle histoire d’amour

Parole et musique de Barbara
Créée en 1965.

 Admirez l’étrange beauté de cette femme, la diction parfaite de cette chanteuse et l’émouvante subtilité de son hommage à son public.

 

 

 

Balzac par Gautier

Je croyais m’être débarrassé depuis longtemps de tous ces petits Classiques Larousse. Cela faisait des années qu’ils encombraient ma bibliothèque. Comme tout un chacun, je les avais accumulés au cours de mes année de lycée et ils étaient venus s’ajouter à ceux que ma sœur Marie-Claire avait laissés derrière elle avec sa vie de jeune fille. Longtemps je n’ai pas pu m’en défaire, cédant à ce penchant thésauriseur de livres qui me venait sans doute de mon père. Un jour, faute de pouvoir les donner — ça n’intéresse plus grand monde — je les ai tous jetés dans une de ces boîtes à recyclage, mélangés avec les vieux annuaires et les publicités pour les plantes de jardin. Tous ? Je le croyais bien, mais tout à l’heure, ce qui apparaissait comme un espace anormal entre deux volumes de la Série Noire se révéla être un rescapé de cette collection de petits bouquins bleus et souple, les Classiques Larousse. C’était un recueil de pages choisies de Théophile Gautier. De lui, enfant, je n’avais lu qu’une édition abrégée de son Capitaine Fracasse et tout ce que j’en savais c’était qu’à la première d’Hernani, il portait un gilet rouge. J’ai descendu le léger bouquin de son étagère et je l’ai parcouru. D’abord, les poésies. Je n’aurais pas dû, car je ne suis pas un fou de cette forme d’écriture, et j’ai bien failli lâcher l’opuscule. Mais après, la poésie, la prose, et la prose de Gautier, ça, c’est quelque chose. Fracasse bien sûr, et j’en ai déjà donné un extrait ici. Mais aussi les articles, les critiques littéraires, les mémoires. Le récit de la fameuse « Bataille d’Hernani », les cheveux longs, les barbes et les gilets, le scandale. Il faudra que j’y revienne un jour. Mais aujourd’hui, ce sera un petit bout du récit de la rencontre entre Théophile Gautier et Honoré de Balzac.
Vers 1835, en fin de matinée, Gautier et ses amis viennent visiter Balzac en sa maison. C’est la première fois qu’ils se rencontrent. Gautier commence par décrire l’habillement et le physique de Balzac ( froc de flanelle blanche retenu à la ceinture par une cordelière….col d’athlète ou de taureau, rond comme un tronçon de colonne… lèvres épaisses et sinueuses… nez carré du bout, partagé en deux lobes… « Prenez garde à mon nez, disait-il à son portraitiste, mon nez, c’est un monde !… » des yeux à faire baisser la prunelle aux aigles, à lire à travers les murs et les poitrines, à foudroyer une bête fauve furieuse, des yeux de souverain, de voyant, de dompteur ) et puis, on passe à la littérature :
« Selon son habitude, Balzac s’était levé à minuit et avait travaillé jusqu’à notre arrivée. Ses traits n’accusaient cependant aucune fatigue, à part une légère couche de bistre sous les paupières, et il fut pendant tout le déjeuner d’une gaité folle. Peu à peu la conversation dériva vers la littérature, et il Continuer la lecture de Balzac par Gautier

Les comédies au champagne

Morceau choisi

« Jeune garçon, je préférais entre tous ces films que je surnomme « comédies au champagne ». J’adorais les histoires qui se déroulaient dans des penthouses où l’ascenseur arrive directement et où les bouchons de champagne sautent ; où des hommes suaves tiennent des propos spirituels pour faire la cour à de belles femmes qui se pavanent dans des tenues qu’on porterait aujourd’hui lors d’un mariage à Buckingham.
Ces appartements étaient immenses, en général des duplex, avec de grands espaces blancs, et en y pénétrant, le propriétaire ou invité se dirigeait invariablement vers un petit bar facile d’accès pour servir des cocktails préparés dans des carafes. Tout le monde buvait sans arrêt et personne ne vomissait jamais. Personne n’avait le cancer, il n’y avait pas Continuer la lecture de Les comédies au champagne

Les images de Conrad

Morceau choisi

Le héros récurrent de Conrad, Marlow, a vingt ans. Il vient d’embarquer pour son premier poste de premier lieutenant sur la Judée, un vieux voilier en mauvais état. Parti d’un port du Nord de l’Angleterre pour Bangkok avec une cargaison de charbon, la Judée connait de multiples avaries pour finalement réussir à prendre le large. Elle se traine sur l’Océan Indien quand un feu couvant se déclare au cœur de la cargaison de charbon. Pendant des jours, l’équipage lutte sans succès contre cet incendie rampant, tandis que la chaleur et la fumée envahissent le pont. Un jour, vers midi, le pont explose. Dans l’extrait qui suit, Marlow décrit ce qu’il voit immédiatement après l’explosion.

(…) Le temps était presque calme, mais une longue houle d’ouest faisait rouler le navire. Les mâts pouvaient tomber à tout instant. Nous les regardions avec appréhension. On ne pouvait prévoir de quel côté ils tomberaient.
Puis, nous nous retirâmes à l’arrière et regardâmes autour de nous. Le pont n’était plus qu’un ramassis de planches de champ, de planches debout, d’éclats de bois, de boiseries arrachées. Les mâts se dressaient sur ce chaos comme de grands Continuer la lecture de Les images de Conrad

Plus sensuel, tu meurs !

Morceau choisi

Dans le groupe des cinglés de Flaubert, on peut distinguer trois catégories principales : les Bovaristes, les Éducationistes et les Absolutistes. Les premiers tiennent Madame Bovary (1857) pour son chef d’oeuvre. Pour les seconds, c’est l’Éducation sentimentale (1869), et pour les Absolutistes, c’est absolument tout . Personnellement, je me situe dans la première catégorie. 
Le problème avec Guillaume Gallienne et son émission radiophonique « Ça peut pas faire de mal », c’est qu’il vous donnerait l’envie de lire absolument tout, et pas que tout de Flaubert.
Sa dernière émission était consacrée à l’Éducation sentimentale, et elle m’aurait presque fait passer de la première à la deuxième et, pourquoi pas, à la troisième catégorie de cinglés, surtout à la lecture par Fanny Ardent de cet extrait des Mémoires d’un fou (1838) .
Le narrateur a quinze ans, l’extrait est autobiographique.
Plus sensuel, plus évocateur des premiers émois d’un adolescent, tu meurs.
Et pardon pour ce titre vulgaire, mais il fallait bien que j’accroche le lecteur.

(…) Chaque matin j’allais la voir se baigner ; je la contemplais de loin sous l’eau, j’enviais la vague molle et paisible qui battait sur ses flancs et couvrait d’écume cette poitrine haletante, je voyais le contour de ses membres sous Continuer la lecture de Plus sensuel, tu meurs !

La vieillesse est un naufrage

Morceau choisi

La vieillesse est un naufrage

Non seulement au lieu de sa barbe à peine poivre et sel, il s’ était affublé d’une extraordinaire barbe d’une invraisemblable blancheur, mais encore tant de petits changements matériels pouvant rapetisser, élargir un personnage et bien plus changer son caractère apparent, sa personnalité, c’était un vieux mendiant qui n’inspirait plus aucun respect qu’était devenu cet homme dont la solennité, la raideur empesée était encore présente à mon souvenir et il donnait à son personnage de vieux gâteux une telle vérité que ses membres tremblotaient, que les traits détendus de sa figure habituellement hautaine ne cessait de sourire avec une niaise béatitude. C’était évidemment la dernière extrémité où il avait pu être conduit sans en crever ; le plus fier visage, le torse le plus cambré n’étaient plus qu’une loque en bouillie, agité de-ci de-là. À peine, en se rappelant certains sourires de M. d’Argencourt qui jadis Continuer la lecture de La vieillesse est un naufrage

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (20)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (20)

3/06/20

Au fil des mots (3)

Crise et changement

« Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise. » (Jean Monnet).

« La crise, c’est quand le vieux se meurt et que le jeune hésite à naître » (Antonio Gramsci)

« L’homme raisonnable s’adapte au monde ; l’homme déraisonnable persiste à vouloir adapter le monde à lui-même. C’est pourquoi le progrès ne peut venir que de ce dernier ». (Mark Twain)

« Dans la vie, il y a deux catégories d’individus : ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi. Ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et qui se disent : pourquoi pas ? » (Georges Bernard Shaw)

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles » (Sénèque)

Petit rappel : l’idéogramme exprimant en chinois l’idée de crise est la réunion de celui signifiant « problème » et de celui signifiant « opportunité ».

Bruno

NDLR : Le règlement d’une nouvelle tentative de Cadavre exquis est en cours d’élaboration. Il sera publié dans quelques jours.

Bientôt publié

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