Archives de catégorie : Récit

Retour sur la piazza Navona – 2

temps de lecture : 3 minutes 

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Deuxième partie : Marco Ruscone, scootériste et dragueur

Le soleil s’est rapproché de ma table. Un serveur s’excuse de me déranger pour déployer le velum un peu plus. Penché sur mon clavier, je n’ai pas vu arriver le jeune homme qui me tourne le dos. Il est planté debout au milieu des jeunes américaines et il leur parle en anglais. Sa voix est agréable et son accent italien a beaucoup de charme. Il doit le savoir et il est en train d’en user autant qu’il le peut. Il dit que l’année prochaine, il devrait aller à Chicago. Il a un cousin là-bas. Aussitôt, deux des filles s’exclament qu’elles sont justement de Chicago. Il faudra absolument qu’il vienne les voir. Des adresses s’échangent… Je connais bien ce genre de dragueur romain ; il porte un pantalon ajusté et une chemise à manches courtes gris foncé ; il n’a jamais eu l’intention de s’expatrier et les adresses de Chicago ne l’intéressent pas. Ce qu’il veut, c’est savoir où toutes ces filles Continuer la lecture de Retour sur la piazza Navona – 2 →

Retour sur la Piazza Navona – 1

temps de lecture : 4 minutes 

1—Première partie : Enzo Martucci, retraité et promeneur de chiens

Et me voilà de nouveau sur la Piazza Navona. Cette place, je l’ai traversée des centaines de fois, sautant d’un pied sur l’autre pour éviter les scooters à l’époque où ils étaient encore autorisés, zigzagant entre les éventaires clandestins et les touristes avant qu’ils ne soient devenus trop nombreux. Mais ce matin, pour la première fois en quarante ans, je me suis assis à la terrasse de l’un de ses cafés. D’habitude, quand je suis à Rome, pour trainer aux terrasses, je préfère la Piazza della Rotonda ou la Via della Pace. Mais aujourd’hui, la Rotonda est envahie de touristes au point qu’on a dû réduire de moitié la surface attribuée au Café Di Rienzo, et on dirait bien que l’Antico Caffe della Pace est définitivement fermé. Alors, c’est sur la Piazza Navona, à la terrasse de Da Lorenzo, celle qui fait face à l’église Sant’Agnese in Agone, que je suis installé aujourd’hui. Il est dix heures du matin et les tables sont encore à l’ombre. Je n’ai rendez-vous que dans deux heures. La place est presque déserte.
Les tables voisines sont occupées par des jeunes filles. Elles mangent des glaces ou boivent des Coca-Cola. Américaines, seize, dix-sept ans, longs cheveux, souvent blonds, shorts courts en jean élimé, voix hautes, gaies, jeunes. Américaines. Est-ce ce qui m’a fait choisir cette terrasse plutôt qu’une autre ?

Dix heures quinze. Un vieil homme apparait Continuer la lecture de Retour sur la Piazza Navona – 1 →

Une semaine aux Seychelles – 4

Quatrième partie : Queue de poisson

Je passai toute la journée sur les petites routes en lacets de l’ile, ravi par le son clair et joyeux du moteur de la Mini-Moke et l’agréable sensation de jeunesse et de liberté que donne l’absence de portes et de fenêtres. Je m’arrêtais sur des surplombs pour regarder dix mètres plus bas l’océan se fracasser sur les rochers, je prenais à la volée des petits chemins de sable couverts de palmes desséchées pour atteindre des plages étroites et désertes où la pente de sable blond était battue sans arrêt par des vagues tellement brutales que je n’osais pas m’y baigner. Un peu plus loin, je déjeunai à l’ombre d’une toile tendue sur la petite terrasse d’une baraque en bois plantée de travers entre les coques retournées des bateaux de pêcheurs. Je m’offris même un bain de mer et une sieste sous les cocotiers. Vers cinq heures, fatigué, brulé par le sel et le soleil, j’étais de retour à mon hôtel. Une nouvelle chambre m’y attendait. Sa terrasse donnait directement sur l’océan. Une bouteille de champagne dans une vasque en argent remplie de glace et une corbeille de fruits « avec les compliments de la direction » trônaient sur la table basse devant la baie vitrée.

Ce fut une excellente journée, et je la recommençai le lendemain.

Je vous avais bien dit que ce voyage n’était pas comme les autres.

Le lundi matin, nous nous retrouvâmes tous dans la salle du conseil d’administration de la conserverie. Il y régnait Continuer la lecture de Une semaine aux Seychelles – 4 →

Une semaine aux Seychelles – 3

Troisième partie : Room service

Le lendemain de ma rencontre nocturne avec ce rat d’hôtel était un samedi. Les prochaines opérations d’expertise n’auraient lieu que le lundi suivant, ce qui me laissait tout un week-end pour me remettre. J’avais parfaitement conscience que mon hôtel n’était pour rien, ou pour pas grand-chose dans la présence d’un rat dans ma chambre. On imaginait facilement en effet que celui-ci, entré sans effraction par la baie entr’ouverte, avait exploré la pièce à la recherche de nourriture — contrairement à l’homme, le rat ne pense qu’à ça ; le reste, il le fait fréquemment mais machinalement, sans y penser — jusqu’à ce que, surpris par notre entrée, il se précipite dans la salle de bain et ne trouve rien de mieux pour se cacher que la cuvette des WC. Cette erreur grossière devait, je crois, lui être fatale. A y bien réfléchir, et me connaissant, s’il avait fait front, il aurait conservé une chance notable de s’en sortir, mais voilà…

Donc, l’hôtel n’était pour rien dans ma mésaventure, je le savais. Mais je me dis qu’une petite séance de protestation auprès de la direction pouvait être amusante et, pourquoi pas, source d’avantages. Au matin, je pris donc tranquillement mon petit déjeuner au bord de la piscine, puis je me rendis à la réception. C’était l’heure à laquelle les vacanciers s’y réunissent pour se renseigner sur la température de l’eau, la présence de requins, les cours de Tai Shi et les locations de voitures ou de catamarans. J’attendis sagement mon tour, puis, au moment de Continuer la lecture de Une semaine aux Seychelles – 3 →

Une semaine aux Seychelles – 2

Deuxième partie : Jacob Delafon et le penseur

Il y a deux jours, juste avant une longue digression sur les voyages d’affaire dans laquelle je vous expliquais d’une façon, je dois dire, très vivante que, même quand ils ont pour cadre des destinations réputées, ces déplacements professionnels sont loin d’être des parties de plaisir, je vous avais déclaré que je me souvenais d’un voyage aux Seychelles.

Eh bien, justement, ce voyage aux Seychelles n’avait pas été comme les autres.

Nous étions tous partis de Paris pour une expertise judiciaire à Victoria, la capitale des Seychelles. Peu importe pour le moment de connaître le litige qui la justifiait et peu importe de savoir quel rôle je devais y tenais tenir ; ce qu’il faut savoir, c’est que tout cela devait se passer dans une conserverie de poisson de Port-Victoria. Une expertise judiciaire dans une ile réputée paradisiaque, ça justifie que beaucoup de monde participe. Nous étions donc huit à faire le déplacement, fabricants, assureurs, avocats et experts. L’Expert judiciaire avait décidé de prendre son temps. Il pensait qu’une une bonne semaine sur place serait nécessaire pour procéder à ses opérations : discuter, démonter, expliquer, vérifier, remonter, discuter encore, essayer une fichue machine qui fonctionnait mal, ou ne fonctionnait pas ou qui ne plaisait plus au conservateur de poisson, voilà qui justifiait bien une semaine. En fait, nous eûmes pas mal de temps libre.

J’avais commencé par changer d’hôtel. Avec ses sept étages au-dessus d’un océan sans plage, presque entièrement refermé sur sa piscine, celui dans lequel une chambre m’avait été réservée était très loin de l’idée que je me faisais d’un séjour dans l’océan indien. Après deux nuits troublées par des clients aux gros bras tatoués qui sautaient dans l’eau en hurlant, leur bouteille de bière à la main, je trouvais un hôtel plus conforme à mes rêves. J’y arrivai vendredi en fin d’après-midi. Une longue allée de cocotiers conduisit mon taxi jusqu’à un large bâtiment ouvert sur tous les côtés. Le toit pentu était couvert en bardeaux de bois.  Deux marches me menèrent sur un parquet sombre et luisant jusqu’au comptoir de réception où une jolie indienne consulta mon passeport tout en me faisant la conversation en français. Le vent du soir traversait la tiédeur du hall en faisant doucement osciller les feuilles des citronniers en pot. Quelque chose dans l’air faisait penser que l’océan n’était pas loin, là-bas, derrière les arbres. A peine audible, le Clair de Lune de Debussy coulait des hauteurs du plafond. C’était l’hôtel qu’il me fallait. On avait justement une chambre pour moi, on allait me faire accompagner car il fallait traverser les jardins.

Je suivis un gros homme en bermuda beige et Lacoste turquoise qui se dandina devant moi en portant ma valise à travers les rangs de cocotiers jusqu’à une construction qui se détachait dans la lumière du soleil couchant. Semblable en plus petit à celui de la Réception, le bâtiment devait abriter quatre ou cinq chambres. Une pancarte en bois gravé, artistiquement plantée de travers dans la pelouse, indiquait que nous étions devant le « Barbaron’s ». L’homme ouvrit la porte B1 et me précéda dans un escalier d’une dizaine de marches qui menait à la chambre. A travers les jambes de mon porteur, dans une demi-pénombre, je voyais le plancher, une table basse et, derrière, un large rideau sombre qui s’agitait doucement, sous l’effet d’un courant d’air sans doute. Il occultait presque entièrement une baie vitrée. Quand je parvins au milieu de l’escalier, en contre-jour, je crus voir une forme, une ombre, je ne sais quoi, passer dans mon champ de vision au ras du sol. L’employé traversa la chambre et, d’un geste presque théâtral, il ouvrit largement le rideau et se retourna vers moi en souriant, fier de me faire découvrir la vue qui s’offrait à moi : quelques cocotiers, une bande d’herbe tropicale, trois ou quatre chaises longues sous des parasols, une bande de sable blond, et au-delà, la mer, l’Océan Indien en majuscules, ses vagues, ses bleus, ses verts… C’était parfait. L’homme ferma la baie vitrée, me montra la salle de bain, le minibar, et la corbeille de fruits exotiques. Il m’expliqua la commande de l’air conditionné puis se retira sans attendre que j’aie fini de fouiller mes poches pour y trouver un billet. C’était parfait.

La soirée le fut aussi. Je pris un bain rapide dans les vagues puissantes de l’océan avant d’aller me jeter dans la piscine. Je m’habillai, passai au bar où je bus un Whisky-Perrier en écoutant le pianiste enchainer un mélancolique « As time goes by » après un « Clair de Lune » très sensible. Sur le papier de l’hôtel, je commençai à écrire les premières lignes traditionnelles de mon futur rapport : « Suite à la mission qui nous a été confiée par la Compagnie X, nous nous sommes rendus à Port Victoria dans l’île de Mahé (Seychelles) afin de …« . Je dinais lentement d’un rougail à la sauce tomate en buvant du vin d’Afrique du Sud, totalement absorbé par la lecture de « Notre agent à la Havane« . J’avais choisi ce livre à Roissy à cause du climat de Cuba, que je pensais semblable à celui des Seychelles. Ensuite, je retournai au bar écouter le pianiste, mais il avait été remplacé par trois Antillais qui tapaient langoureusement sur des bidons sous la Lune. J’allais donc me coucher et je m’endormis rapidement sur Graham Greene. La prochaine réunion n’aurait lieu que le lundi matin. J’avais tout le temps de ne rien faire. C’était parfait. La soirée avait été parfaite.

La nuit ne le fut pas.

Les piments dont on m’avait assuré qu’ils ne devaient relever que très gentiment la sauce tomate de mon rougail ne devaient pas être aussi gentils que ça. Je m’éveillai brusquement en sueur et mal à mon aise. J’éprouvais intensément le besoin de me rendre aux toilettes. Il devait être deux heures du matin. Je traversai rapidement la chambre dans la faible clarté qui venait de la baie vitrée. Je m’assis sur le siège de style Jacob-Delafon et je me sentis rapidement beaucoup mieux. Pourtant, je restai longtemps ainsi, dans la pénombre, dans la position du penseur. Ce n’est pas pour rien qu’on a donné ce nom à cette fameuse pose de la statue de Rodin. Elle est rassurante, assez confortable et incite effectivement à la réflexion. Je réfléchissais donc aux choses de la vie. Quelle heure était-il à Paris ? Y aurait-il de la neige à Noël ? De temps en temps, sans me lever, je faisais couler l’eau de la chasse. Je finis par retourner me coucher, mais quelques minutes plus tard je revins sur le siège et repris le cours de mes pensées. Faut-il encore croire à l’existence des piments doux ? Et Dieu dans tout ça ? Je me relevai enfin, tirai une dernière fois la chasse d’eau et me rendis jusqu’au lavabo. Quand j’allumais la lumière pour observer dans le miroir l’effet des piments sur mon état général, j’aperçus du coin de l’œil une masse sombre qui surnageait au fond de la cuve des toilettes que je venais de quitter. Je tirai à nouveau la chasse. La masse tournait et roulait dans la trombe d’eau que j’avais déclenchée. Elle s’agitait encore bien que toute l’eau du réservoir se soit écoulée. Je regardais mieux : à moitié immergé, au fond de la cuvette, il y avait un rat. C’était un rat de taille moyenne, pas un rat énorme, pas un de ceux qu’on voit quelque fois la nuit longer un caniveau dans un quartier désert. Mais c’était un rat, un vrai. L’eau dans laquelle il s’agitait le rendait bien noir et bien luisant, très antipathique. Il griffait la faïence pour tenter de remonter la pente. Puis il s’immobilisait pour me regarder d’un petit œil torve avant de reprendre sa tentative d’escalade. Instinctivement, je m’étais reculé d’un bond hors de sa vue. Je réalisais que je venais de passer de longue minutes assis, nu, confiant, au-dessus de cette méchante petite gueule de rat. Je frissonnais de dégout et de peur rétroactive dans la tiédeur tropicale. Je me glissai le long du mur pour atteindre la cuvette sans croiser le regard de la bête. Je fis tomber le rabat de la lunette sur le siège, allais chercher ma valise dans la chambre et revins la poser dessus. J’étais sauvé.

Sauvé, certes, mais très énervé. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais je me rappelle très bien m’être habillé entièrement avant de m’allonger sur mon lit. J’eus beaucoup de mal à me rendormir et ce n’est qu’après avoir vidé sur de la glace et bu lentement aux frais de la princesse deux petites bouteilles de Johnny Walker que j’y parvins enfin. Quand je vous dis qu’il y a de bons moments dans les voyages d’affaire.

Je continuerais bien mon histoire avec la fabrication des boites de conserve, mais là, il est tard. On verra ça un autre jour. Non, inutile d’insister : un autre jour.

A suivre…

ET DEMAIN, UN BIDON DE L’ART

Une semaine aux Seychelles – 1

Première partie : Les frais de la princesse

Je me souviens d’un voyage aux Seychelles. C’était il y a vingt ans, vingt-cinq peut-être. Je dois préciser ce point, car il me permet d’espérer qu’il y a prescription.

—Les Seychelles ! Comme tu as de la chance, me disaient les gentils.

—Eh ben, on ne s’ennuie pas dans ton boulot, dis donc ! Et hop ! Un joli petit tour dans les iles aux frais de la princesse, me disaient les envieux.

—Ras le bol les voyages, me disais-je

Et d’abord, la princesse ! Quelle princesse ? Qu’est-ce que ça veut dire « aux frais de la princesse » ? C’est vrai ça, à la fin !

J’en ai fait des voyages professionnels dans mon dernier métier ! … Abidjan, Alger, Athènes, Barcelone, Caracas, Casablanca, Cayenne, Clermont-Ferrand, Djakarta, Dortmund, Douala, Edimbourg, Fort de France, Istanbul, Papeete, Rome, Ljubljana, Londres, Madrid, Manchester, Milan, Munich, Prague, Pointe à Pitre, Saint-Denis de la Réunion, Singapour, Tanger et leurs environs… Même en les prenant par ordre alphabétique, je suis sûr que j’en oublie. Et je ne compte pas les villes françaises ni les pays étrangers que j’avais parcourus dans le métier d’avant. Eh bien, à chaque fois, ou presque, le voyage aux frais de la princesse se résumait à prendre un avion très tôt le matin, à se faire bousculer de contrôle en salle d’attente, de salle d’attente en salle d’embarquement et de salle d’embarquement en passerelle avec Continuer la lecture de Une semaine aux Seychelles – 1 →

To my american friends and family

This is the English version* of a text I have published here on December 21- 2016, a few days after the election of the President of the United States. Exactly a year later, should I change anything to it ?  I’m afraid not. I’m afraid.

Si vous voulez lire la version originale de cette lamentation, cliquez ici.

*Thanks to the Pat-Sue-Jim-Paddy Team for helping me not to be lost in translation.

 

 Born in 1942     Or     A reflection of America

I was born in Paris in 1942. I am a child of the War.

And we, children of the War, have been fed, literally and spiritually, with the sweetened condensed milk of America. We have grown up in strength and wisdom thanks to Hershey’s Candy Bars for the good energy, to Wrigley’s chewing-gums for the square jaw and to Coca-Cola for today’s thirst. But we also grew up thanks to John Steinbeck and Franck Capra for social justice, Gary Cooper and John Ford for courage, Howard Hawks and John Wayne for patriotism, Fred Astair and Ginger Rogers for elegance, Stanley Donen and Katharine Hepburn for sophistication… We grew up looking at America.

Then, there was Kennedy in Dallas, Johnson in Washington, the boys in Vietnam, Nixon in the Watergate… but those were accidents, mistakes, series, fatalities. None of these changed America, that survived, recovered, did justice. There would always be a James Stewart to persuade a Senate, a Robert Redford to pop up the truth, a Steve McQueen to save a child from a blaze. There would be other Sidney Lumet to expose, new Oliver Stone to denounce and eternal Woody Allens to make fun of it. America would remain America.

Of course, came 9-11, and George Bush Junior, and the untraceable weapons of mass destruction, and , and … But America came back, one more time, as one expected, like a Norman Rockwell drawing…

And THEN came The Donald, and The Donald said all we did not want to know about America : brutality, cynicism, violence, stupidity, vulgarity, egotism, amorality, immorality, contempt, fear, ignorance, prejudice… all we did not want to hear but heard.

Then, we thought that The Donald was just a clown with a bad hair style, a vulgar, naive and pathetic self-dazzled nouveau riche, a resentful and vain Uncle Scrooge. We thought that he would not go very far, stuck as  he would be with the ridicule from the mockeries of self-satisfied Hollywood comedians and cunning Broadway commentators, morally ruined by the beautiful flights of Mr and Mrs Obama’s speeches, annihilated, blown to pieces and stamped by everyone who can read and write across the fifty states. We were confident, America would not do that.

And then America did it !  In a chaotic, questionable and disputed way, but it did it.

Is America no longer America ?

Is this really happening ?

James Stewart, Robert Redford, where are you ?

What are you playing at, Gary Cooper, John Wayne and Steve McQueen ?

And you, Fifth of Cavalry, what are you waiting for ?

I’m afraid.

 

AND TO-MORROW, AT TOTO’S, A ROMAN BISTRO

 

La Chose dans la Vallée de la Mort

La Chose dans la Vallée de la Mort
Nous avions quitté Las Vegas et le Golden Nugget vers deux heures du matin après une demie nuit de jeu effréné : J’avais gagné dix dollars d’argent à ma quatrième tentative sur une machine à sous et j’avais jugé qu’il était temps de m’arrêter. Ensuite, j’étais resté à danser d’un pied sur l’autre devant une table de black jack ou de roulette sans oser risquer le moindre de mes derniers cent dollars. Les trois autres avaient connu des fortunes diverses, c’est à dire qu’ils avaient perdu plus ou moins d’argent. Vers une heure du matin, une sorte d’accord tacite s’était fait entre nous quand nous nous étions retrouvés errant sous le gigantesque cow-boy lumineux qui dansait joyeusement au-dessus de l’entrée du casino. Encore une heure d’hésitation et pour conclure cette soirée de folie, nous avions décidé de rejoindre la Chevrolet qui nous attendait sur le parking.

C’était mon tour de conduire. Nous avons roulé une heure ou deux en direction du Nord-Ouest, vers la Vallée de la Mort. Dans la lumière blanche des phares, le ciment de la route 95 avait Continuer la lecture de La Chose dans la Vallée de la Mort →

Je n’ai jamais aimé Gainsbourg

Je n’ai jamais vraiment aimé Serge Gainsbourg. Je sais qu’en avouant cela, je choque beaucoup de gens. C’est un peu comme si je disais « Les films de Godard m’ont toujours profondément ennuyé » ou « À tout bien considérer, Montaigne a dit beaucoup de banalités. » Moins grave qu’avouer ne pas aimer le poète officiel du fan club de Jane Birkin eut été de dire qu’il y avait beaucoup trop de notes dans la musique de Mozart ou pas assez de ketchup sur le foie gras poêlé.
Mais je le dis et je le confirme, je n’ai jamais vraiment aimé Gainsbourg. Pourtant, en mon temps, j’ai beaucoup dansé sur la musique de « l’Eau à la Bouche » (quand une fille acceptait de danser sur ce torride slow jazzie, vous étiez pratiquement certain d’arriver à quelque chose, au moins jusqu’à « second base » comme disent les puceaux américains), ou sur « Je t’aime, moi non plus » (Ça, c’était le « home run » assuré). Mais je ne l’aimais pas, le poète autoproclamé maudit du septième arrondissement. Au début, il était supportable, souvent bon même, et même parfois très. Mais le succès, l’alcool et Jane Birkin l’ont beaucoup abimé. Il est devenu poseur enfumé, perpétuel paradoxal, oxymorique compulsif. Comme aurait dit Pierre Desproges s’il lui avait prêté une quelconque attention, Gainsbourg n’arrêtait pas de faire son intéressant.

Mais je lui pardonne. Je lui pardonne pour deux raisons. Voici la première :

Un jour, Serge Gainsbourg a composé Continuer la lecture de Je n’ai jamais aimé Gainsbourg →

Les nouvelles aventures de William Shakespeare (8)

La date exacte de la rencontre entre Walrus Carpenter et William Shakespeare reste imprécise. Selon le professeur Adderley Sleepsmouth, elle se situe à la fin de l’année 1599, probablement entre la Toussaint et la Saint-Damase. Ce dont ce bon vieil Adderley est certain, c’est que c’était un mercredi.

A cette époque, Shakespeare était en panne d’inspiration. Deux ans auparavant, il avait écrit dans la foulée Richard II et Richard III. L’histoire d’Angleterre ne lui fournissant plus de Richard, il décida d’entreprendre une nouvelle saga sur les Henri. En moins de soixante-douze semaines, il écrivit et produisit sur scène Henri IV, Henri V et Henri VI. Mais les Henri commençaient à lasser le public et l’audience de la série diminuait d’un épisode à l’autre. Et puis William lui-même en avait assez de ces héros récurrents : après Henri VI viendrait forcément Henri VII, puis Henri VIII et pourquoi pas Henri IX pendant qu’on y était ? Il se résolut donc à abandonner les Henri. Et c’est pour cette raison que, depuis au moins une semaine et demie, il n’avait rien écrit de valable, si ce n’est deux alexandrins —et en français s’il vous plait — dont on sait ce qu’il advint (voir les Nouvelles Aventures de W.S. n°4). Bref, William n’écrivait plus. Le Cygne de Stratford-Upon-Avon rongeait sa plume de désespoir et ne buvait pratiquement plus que du thé tiède à peine infusé. Il ne se nourrissait que de fameuses grouses aux petits pois et ce n’était que d’une main molle qu’il continuait à lutiner Emma (Emma Gussip – 1561-1643), la servante de l’auberge du Cygne et de la Cheminée (voir la note n°1 des N.A.W.S. n°2). Bref, il dépérissait.

Walrus Carpenter, lui, était en pleine forme. Tout lui réussissait. Sa jeune épouse Continuer la lecture de Les nouvelles aventures de William Shakespeare (8) →