Chronique des années 50
7 -La Kubik
Citroën appelait ça un fourgon, mais nous l’appelions « la camionnette ». Elle était toute grise. On aurait dit qu’elle était faite de plaques de tôle ondulée soudées pour former une sorte de cube sur quatre roues. Sous son nez court et plat, on trouvait le moteur. Une grande glace presque verticale à l’avant pour le pare-brise, des glaces coulissantes pour les deux portières et une toute petite lucarne dans le panneau arrière constituaient les seules surfaces vitrées. Pour moi, l’attraction principale de cette voiture, c’était la porte latérale coulissante. Ménagée sur le flanc droit du fourgon, elle s’ouvrait et se fermait avec fracas et permettait, même aux grandes personnes, d’y entrer debout, comme dans un autocar !
On l’appelait aussi « la Kubik ».
Dans la Kubik, à l’avant, il y avait deux sièges à lanières de caoutchouc, séparés l’un de l’autre par un capot qui, chose extraordinaire, donnait depuis l’intérieur accès au moteur. Le reste du fourgon était totalement vide.
J’aimais beaucoup cette voiture. Quand elle était arrêtée, je pouvais presque courir à l’intérieur. Quand elle roulait, on pouvait se tenir debout, mais il fallait bien s’accrocher pour ne pas tomber. Quand j’avais droit au siège du passager, Continuer la lecture de Chronique des années passées – 7
Le matin, elle se détache en contre-jour sur le ciel bleu vif d’octobre, si on est en octobre. A midi, s’il ne pleut pas, vous pouvez voir sur le parvis des jeunes gens assis par terre. Ils mangent, boivent, lisent et fument et vivent là les meilleurs moments de leur existence.
Et quand vous serez prêt, contemplez le jubé, compliqué et magnifique, attardez-vous sur la dentelle de ses balustrades, sur la complexité de ses escaliers, sur ses impossibles colonnes asymétriques. Levez les yeux et essayez d’imaginer pourquoi la grand-nef et le chœur sont légèrement désaxés. N’insistez pas trop.
Je vois encore le levier de vitesse à poignée d’ébonite de couleur crème, planté sur l’axe du volant que, selon son humeur, mon père maniait avec douceur ou brutalité, mais toujours avec assurance.