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Saloperiedechieriedebordeldenomdedieudemerdedeputaindebordelaqueue !
L’homme qui vient de lancer vers le ciel cette étrange mélopée, mélange de colère, d’incompréhension et de désespoir, n’a ni le physique ni le costume de son interjection.
Nous nous sommes croisés il y a quelques secondes dans une allée du parc de Saint Cloud et j’ai eu tout le temps de l’observer alors que nous nous rapprochions l’un de l’autre.
Cette matinée de printemps s’annonçait bien. J’avais pris ma voiture et mon chien, j’avais payé l’exorbitant péage du Parc de Saint Cloud et m’étais garé dès la première place autorisée. La température était encore fraîche, le soleil brillait et le ciel bleu était transparent. Depuis le Rond de la Balustrade, la vue à contre-jour sur Paris par-dessus les immeubles de Boulogne était splendide et, maintenant, la grande allée de la Lanterne dessinait sa perspective devant moi.
C’est alors que j’ai vu l’homme qui venait à ma rencontre. Il portait un polo jaune vif à manches courtes de chez Ralph Lauren, un pull-over rouge jeté sur les épaules, un bermuda marron clair, des chaussettes de sport blanches à double Continuer la lecture de Viktor
Je me suis installé à la place 446 entre, à ma droite, une jeune fille noire penchée sur un boisseau d’intégrales triples, à ma gauche, un tas de papiers, de bouquins de maths et de mystérieux formulaires, soigneusement étalés pour montrer que la place est occupée, et sérieusement s’il vous plait, et face à deux 
Contre le projet de troisième aéroport dans les environs de Château Thierry où j’ai une maison, j’avais fait le minimum, c’est-à-dire marché trois-cents mètres dans une rue étroite derrière quatre- vingt-seize personnes, quatre banderoles et trois vuvuzellas. Du troisième aéroport, on n’a plus entendu parler.
Contre l’exploitation des gaz de schistes dans les mêmes environs, j’ai eu mon heure, j’ai fait mon devoir : j’ai écrit quelques textes éclairés de vulgarisation, je suis allé à une manifestation où je n’ai pas eu peur — un peu quand même — de me mêler à la CGT et Eva Joly, j’ai assisté à une réunion catastrophiste où une sénatrice — Dieu ait son âme — expliquait aux agricultures comment ils pouvaient violer la loi. J’ai assisté à une conférence à Sciences Po où un député expliquait que le projet était définitivement enterré — c’est le cas de le dire — car mortel électoralement parlant. Il reste bien ici et là au bord d’une route quelque pancarte vindicative à pâlir sous la pluie mais, du gaz de schiste, on n’a plus entendu parler.
Il y a des jours de brouillard et des jours de moisson où leurs silhouettes immobiles sont fantasmagoriques, des jours de beau temps où la brise leur donne une sorte de majesté joyeuse,
et des jours de mauvais temps où le passant humide et
maussade sous la tempête se console en pensant à des kilowatts-heures.

Le Relais de l’Entrecôte Saint Germain