Ce texte a déjà été publié, mais chaque fois que revient la période de chasse, je ne peux m’empêcher d’y penser.
Chronique des années quarante
2 – Les lapins de garenne
C’était en septembre. Vers la fin du mois. Je me souviens qu’il faisait beau.
Ils ont sauté dans le vide. Tous les trois. L’un après l’autre.
Quand Vercors est entré en trombe dans ma chambre en dérapant de ses quatre pattes sur le parquet, quand, à la fin de sa glissade, il a percuté la boite en carton dans laquelle ils habitaient depuis trois jours, ils ont fui vers la fenêtre grande ouverte. Pendant que le chien se rétablissait sur ses pattes, ils ont gravi la petite marche qui menait au balcon. Vercors les y a poursuivis, la gueule au ras du sol. Quand ils sont arrivés au bout, ils ont sauté dans le vide, tous les trois, l’un après l’autre. Le chien s’est arrêté en percutant la balustrade. Et moi qui l’avais suivi, je les ai regardés tomber du cinquième étage, tous les trois, l’un après l’autre. L’espace d’un instant, j’ai espéré qu’ils tomberaient sur le vélum de la boutique de Monsieur Martini. Mais l’élan que leur avait donné leur course les a propulsés au-delà de la toile tendue. Ils sont tombés tous les trois sur le trottoir, devant la confiserie.
Monsieur Martini avait dû les voir tomber car il est apparu de dessous la toile et s’est mis à regarder en l’air. Il m’a vu. Il a écarté un peu les bras et les a laissé retomber d’un air d’impuissance.
parce qu’il a dit que ça, c’était pas des vrais antipasti et qu’il aimait pas qu’on le prenne pour un touriste breton et qu’il voulait qu’on lui amène le patron enchaîné. Comme il était tout rouge et qu’il suait à grosses gouttes (alors qu’il n’avait encore rien bu), on n’était pas tranquille du tout
et on ne savait plus où se mettre. Michèle faisait semblant de chercher ses lentilles sous la table, Anne M. en rajoutait un peu et disait à Francis « Vas-y, casse lui la gueule qu’on rigole un peu », Christian et Laurent, qui ne sont pas doués pour la bagarre, les trouvaient très bons les antipasti bien qu’ils ressemblaient à de banals fayots, Richard, que plus personne ne surveillait, mangeait
Tout là-haut, embarqués dans des nacelles qui oscillent doucement au bout de bras télescopiques vertigineux, des petits Playmobils casqués de blanc et vêtus de
A table, on ne pouvait même pas manger ce dont on avait envie. C’est vrai aussi que Richard, il était un peu agaçant parce qu’il voulait toujours quelque chose qui n’existait pas sur le menu et Livia, elle voulait lui faire comprendre que ce n’était pas possible et alors on perdait beaucoup de temps et quand 
On voit bien que Claudine, elle se sent déjà

Quand le temps est beau, vers le milieu de la matinée et pour une bonne partie de la journée, le trottoir des numéros impairs de la rue Soufflot passe à l’ombre. Les étudiants, les touristes, les habitants du Quartier Latin et les employés de mairie y vont et y viennent en liberté. Ils montent vers le Panthéon ou descendent vers le Luxembourg, se croisant bien à leur aise grâce à la généreuse largeur de l’espace qui leur est réservé. Pourtant, à peu près à mi-chemin entre la place Edmond Rostand et le monument dédié Aux Grands Hommes par la Patrie Reconnaissante, on trouve le magasin de A.Pedone Éditeurs. Cette librairie aux profondeurs boisées insoupçonnables mériterait sans doute que quelqu’un lui consacre un jour tout un article mais, pour aujourd’hui, tout ce qu’il faut en savoir c’est
J’y suis retourné, au Comptoir du Panthéon1. Ce doit être mon côté aventurier. Eh bien, elle était là, ma serveuse2, égale à elle-même3 Elle ne semblait pas se souvenir de notre dernière rencontre. Ou alors, elle ne m’a pas reconnu. Ou elle a fait semblant. Elle m’a servi mon café, sans un mot ni un sourire, bien sûr, mais dans des temps raisonnables. Alors, pour cette fois, je l’ai laissée vivre.