Archives de catégorie : Récit

Paris ! À nous deux (4) – Revisiter le Musée d’Orsay

Mercredi 16 septembre, 16h30… L’esplanade du musée est presque déserte. Deux jeunes filles assises en tailleur face à face sur un socle de statue discutent en mangeant un sandwich. Elles sont jolies et presque parfaitement symétriques. On dirait que l’une est le reflet de l’autre. Je n’ose pas les photographier mais je le fais quand même, de loin, hypocritement, en faisant semblant de photographier une façade. C’était de trop loin : la photo ne présente aucun intérêt.
Les autres êtres humains qui peuplent l’esplanade, à peine une dizaine, sont un jeune couple asiatique et des gardiens, préposés, vigiles, sapiteurs, employés du Musée d’Orsay.
Plusieurs longs chemins zigzaguant entre deux cordons grenats portés par des piquets rutilants conduisent jusqu’à l’entrée tournoyante du Musée. Il y en a un pour les groupes,  un pour les membres de l’Association du Musée et un pour les visiteurs ayant réservé par Internet (car la réservation est obligatoire). . Tous ces chemins sont déserts. Je ne fais partie d’aucune de ces catégories, mais la troisième me parait défendable en cas d’enquête indiscrète. Au bout de cette troisième voie, un gardien m’assure que je vais pouvoir entrer quand même. « Guichet n°6, monsieur, je vous en prie ». Mises à part les quatre guichetières qui occupent Continuer la lecture de Paris ! À nous deux (4) – Revisiter le Musée d’Orsay

Paris ! À nous deux (3) – Les horreurs de Paris

Ce jour-là, j’avais décidé de commencer le tour des horreurs de Paris. Quand je dis « horreurs », je ne veux pas parler du Sacré-Coeur de Montmartre ni de l’Institut Imagine du Boulevard Montparnasse, non, je veux parler des horreurs récentes, celles que nous devons à notre Maire, toujours détestée mais toujours élue, celle dont je croyais bien avoir réglé le compte en révélant ses dictatoriales méthodes et ses perfides intentions dans mon explosif essai : « L’interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes ». Hélas, cet ouvrage, pourtant remarquable ne serait-ce que par le sérieux de ses recherches, n’a pas rencontré le succès escompté, que ce soit auprès de la presse mainstream ou spécialisée, toujours à la botte du pouvoir en place, auprès des éditeurs pusillanimes et terrorisés par les éventuelles représailles d’une administration totalitaire, ou auprès du public (quoique les trois personnes qui l’avaient lu en entier m’aient déclaré spontanément que « ouais, c’était rigolo ».)

Donc, pour ce rallye des horreurs municipales, pour m’échauffer, j’aurais sans doute commencé par Continuer la lecture de Paris ! À nous deux (3) – Les horreurs de Paris

Paris ! À nous deux ! (2)

Couleur café n°38

Les Deux Palais
3 Boulevard du Palais

Vieil et grand établissement classique de Paris, situé dans l’île de la Cité, entre l’ancien Palais de Justice et la Préfecture de Police. Je me demande quel est ou quel était ce deuxième palais qui vaut son enseigne à cette brasserie. Sans doute le Palais de la Cité, autrefois résidence des rois de France.
Pourquoi suis-là ? En général, je ne fais que passer dans cette triste artère qui rejoint le Pont Saint Michel au Pont au Change. Mais aujourd’hui, j’ai pris le bus 21 car je comptais me rendre du côté du Palais Royal. A cette heure de faible circulation, dix heures du matin, le bus a dévalé le boulevard Saint Michel et traversé le pont sans encombre. Tout allait bien, jusqu’à ce qu’il vienne buter sur le feu rouge de la rue de Lutèce. Là, chacun pouvait constater à nouveau la complète réussite de la politique éclairée et volontariste de Notre Drame de Paris, politique qui consiste à décourager les automobilistes, favoriser chaque jour davantage la circulation des vélos, fut-ce au détriment de Continuer la lecture de Paris ! À nous deux ! (2)

Paris ! À nous deux !

Couleur café n°37

C’est la rentrée. Pour moi aussi. Comme un gamin à la rentrée, heureux de découvrir sa nouvelle école. J’ai repris mes traversées de Paris et la découverte de ses cafés et, sans être infidèle à mes lieux favoris, je procède plus systématiquement à la visite d’établissements qui me paraissent mériter un coup d’œil.

Café Delmas
Commençons par ce qui a été pour moi une inauguration après une longue fermeture qui ne doit rien à « la maladie » comme dit mon petit-fils.
Le bruit a donc couru que Le Delmas avait ré-ouvert. C’était vrai. Je me suis installé à sa désormais superbe terrasse qui fait face à la place de la Contrescarpe.
Le café a été rénové de fond en comble. Il a gagné en confort ce qu’il a perdu en charme exotique de vieux bistrot de la rue Mouffetard. Dais bleu marine somptueux qui abrite bien du soleil cette terrasse Continuer la lecture de Paris ! À nous deux !

1er septembre

Le vent s’est levé. Force 4 sans doute. Il fait presque froid, un froid humide. C’est le vent du Sud-Ouest. Peut-être va-t-il pleuvoir bientôt ? Une serviette oubliée claque sur le fil.

Sous le grand séquoia, la vieille balançoire oscille. Les vélos sont rangés, la table de ping-pong repliée, à l’abri avec les chaises longues et le dinghy dégonflé. Devant la porte, les valises sont dressées sur leurs roulettes et les sacs Continuer la lecture de 1er septembre

¿ TAVUSSA ? (72) – Tiendront-ils ?

Déjeuner fin août à La Coupole. Midi cinq. Il fait beau. Comme toujours à Paris. Il faut attendre à l’entrée de la terrasse que le maître d’hôtel vienne me chercher. On ne rentre plus à La Coupole  comme dans un moulin.

— Deux couverts, sans réservation, à l’intérieur s’il vous plait.

Ma femme n’est pas encore arrivée et, comme je m’y attendais, peu de tables sont occupées. Heure précoce et COVID obligent.

— Un demi pression, s’il vous plaît.

En attendant ma blonde, je compte : en salle, vingt couverts, deux maîtres d’hôtel, trois serveurs, un écailler. D’où je suis, je ne vois pas très bien ce qui se passe en terrasse, mais j’imagine que les proportions ne doivent pas être très différentes.

Ma blonde arrive, portée par Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (72) – Tiendront-ils ?

Suite africaine n°11 – Les éléphants (Seconde partie)

(…) Au bout d’un moment, il me dit : « Dis-donc, il est presque 4 heures. Si on part maintenant, on a des chances de voir des éléphants ! T’en as déjà vu, toi, des éléphants , en vrai? »
Non, moi j’ai jamais vu d’éléphant en vrai… en tout cas pas ailleurs qu’au zoo de Vincennes, je lui réponds. Alors il m’explique qu’un des musiciens lui a juré que le matin, très tôt, sur la route du Ghana, souvent, des éléphants, eh ben, y en a, et que si on part maintenant, on a des chances d’en voir, des éléphants.

Les éléphants (2/2)

Je ne sais pas comment il fait, mais voilà qu’au bout de cinq minutes, je suis d’accord pour y aller, voir les éléphants. Mais, en homme hiérarchiquement responsable, j’y mets une condition : « On n’est pas en état de conduire, ni toi ni moi. Cent kilomètres au moins, de nuit, sur une piste en latérite, on va se foutre en l’air. Faut qu’on réveille Simon pour qu’il conduise. » Mon élocution n’est peut-être pas aussi fluide que d’habitude, mais Antoine comprend presque tout de suite. Il approuve.

Je peux peut-être pas conduire sur cent kilomètres de piste, mais Continuer la lecture de Suite africaine n°11 – Les éléphants (Seconde partie)

Suite africaine n°11 : Les éléphants (Première partie)

Avertissement

C’est la lecture des « Racines du ciel » dans laquelle je me suis lancé il y a quelques semaines qui m’a rappelé l’histoire d’aujourd’hui. . Dans le temps, elle se situe à près de cinquante ans en arrière et plus précisément vers les cinq ou six heures du matin. Dans l’espace, c’est à plus de 4.000 kilomètres au sud de Paris que nous allons nous retrouver et plus précisément sur la Route Nationale 5 entre Ouagadougou et la frontière du Ghana.
Certains détails ne m’étant pas revenus de si loin, j’ai dû les recréer,  mais le fil de l’histoire, le véhicule, le lieu et l’heure sont véridiques. La chute aussi.
C’est parti. Lumière ! Musique !

 Les éléphants (1/2)

Je commence à en avoir assez de ce barouf. Ça doit bien faire deux ou trois heures qu’on est là, dans ce Benbao Club surchauffé à prendre de la musique afro en plein dans le sternum et ça doit bien faire deux ou trois fois que j’essaie de convaincre Antoine qu’il est temps de rentrer à l’hôtel RAN pour dormir un peu avant la réunion de demain.

Antoine, je vous en ai déjà parlé, non ? Mais si ! C’est ce jeune crétin qui m’avait persuadé de l’accompagner à Bamako — 600 kilomètres aller, 600 kilomètres retour, vingt heures de piste, tout ça en un week-end, quand même — dans l’espoir de repasser quelques heures d’intimité avec Continuer la lecture de Suite africaine n°11 : Les éléphants (Première partie)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (61)

RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (61)

24/08/2020

La guêpe1

Tout à l’heure, alors que j’étais en pleine écriture du huitième chapitre du « Cujas », je m’interrompis un instant, le temps de procéder au choix délicat d’un temps de narration : passé simple, imparfait ou passé composé ?  La question est délicate et récurrente. Délicate, parce qu’elle marque souvent plus qu’on ne le voudrait le style d’un texte, compassé, soutenu, percutant ou léger, et qu’elle impose le temps de Continuer la lecture de RENDEZ-VOUS À CINQ HEURES (61)

Leurs vacances

Le jour finissait. Ils ont claqué la grande porte et le spectacle a commencé.
Ils ont jeté leurs bottes dans l’entrée et déposé leurs jeans en tas boueux près de la machine.
Ils ont fouillé dans le placard qu’ils ont vidé, comme aspiré, de tous gâteaux salés, sucrés.
Ils sont partis dans les étages, sur leurs chaussettes et jambes nues. Ils ont glissé.
Tous les garçons se sont battus, se sont fait mal, mais c’est la petite qui a pleuré.
La grande a voulu prendre un bain. Ils ont tous voulu prendre un bain. L’eau chaude a manqué. Ils ont cherché leur brosse a dents, celle avec leur nom dessus et tous craché en même temps. Puis ils sont descendus en pyjama, sentant bon, les cheveux humides et coiffés, enfin calmés. La belle image…
Ils se sont assis près du feu et ils ont dit :
—Grand-Mère, raconte-nous une histoire.

MCC