Le corps et l’âme

C’est une chose que connaissent bien eux qui aspirent à apprendre. Au moment où la philosophie a pris possession de leur âme, elle était, cette âme, tout bonnement enchainée à l’intérieur d’un corps, agrippée à lui, contrainte aussi d’examiner tous les êtres à travers lui comme à travers les barreaux d’une prison au lieu de le faire elle-même et par elle seule, vautrée enfin dans l’ignorance la plus totale. Or, la philosophie le discerne bien, ce qu’il y a de plus terrible dans cet emprisonnement, c’est qu’il est l’oeuvre de l’appétit, de sorte que c’est l’enchainé lui-même qui coopère de la manière la plus efficace à parfaire son état d’enchainé. Je répète : ceux qui aiment à apprendre savent bien que, au moment où la philosophie a pris possession de leur âme, elle se trouvait dans l’état que j’ai dit. Aussi, la philosophie lui adresse-t-elle des paroles qui la calme et elle entreprend de la délier. Elle lui montre que la démarche consistant à examiner une chose au moyen de la vue est toute remplie d’illusions, aussi celle qui se sert des oreilles ou de n’importe quel autre sens. Elle persuade l’âme de prendre ses distances dans la mesure où il n’est pas absolument indispensable de recourir aux sens. Elle l’invite à se rassembler et à se ramasser elle-même en elle-même, à ne se fier à rien d’autre qu’à elle-même, quel que soit en lui-même et par lui-même celui des êtres dont l’âme en elle-même et par elle-même cherche à avoir l’intelligence. 

Platon – Le Phédon

1 réflexion sur « Le corps et l’âme »

  1. L’amour de le sagesse vaut-il que l’on y plonge à corps perdu? Se perdre est salutaire car il nous évite de se mettre en porte à faux. Pour faire en sorte d’établir une relation valable, on doit établir la réalité de cette relation et non forcer sa réalité. Cependant le réel nul ne le possède, c’est l’âme qui y est perdu et cherche pour arriver au repos. C’est pour cette raison qu’en terrain connue une plus grande latence produit tout le rituel des relations, et que l’exercice lui est plus favorable quand elle rencontre l’inconnue de par son questionnement. De nombreux poids l’attache et son immobilité n’est qu’apparente dans la mesure où c’est l’âme. Mais là une autre forme de rituel lui rend sa perspicacité et libère de ce poids en établissant des liens.

    Quand les physiciens plongent dans la matière ils établissent des liens, mais pour voir l’invisible il ne vas pas hypostasier ce qu’il observe, mais questionner ce qui relie ce qu’il observe, ce qui le déroute. La condition du réel résulte de la condition de l’observation. On peut se perdre à condition d’être conscient de tout.

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